L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté le mardi 1er octobre 2013 une résolution recommandant l’interdiction de la circoncision religieuse. Cette résolution illustre la détermination de certains politiques européens à tout faire pour interdire cette pratique ancestrale.
L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté le mardi 1er octobre 2013 une résolution portant sur le droit des enfants à l’intégrité physique. Dans le collimateur des parlementaires de cette assemblée, on retrouve la circoncision telle qu’elle est pratiquée dans le judaïsme et l’islam.
Les termes de la résolution sont explicites : « L’Assemblée parlementaire est particulièrement préoccupée par une catégorie particulière de violations de l’intégrité physique des enfants, que les tenants de ces pratiques présentent souvent comme un bienfait pour les enfants, en dépit d’éléments présentant manifestement la preuve du contraire. Ces pratiques comprennent notamment les mutilations génitales féminines, la circoncision de jeunes garçons pour des motifs religieux, les interventions médicales à un âge précoce sur les enfants intersexués, et les piercings, les tatouages ou les opérations de chirurgie plastique qui sont pratiqués sur les enfants, parfois sous la contrainte ».
Par conséquent, l’Assemblée du Conseil de l’Europe émet certaines recommandations aux Etats membres de cette organisation pan-européenne : « Elle recommande vivement aux Etats de sensibiliser davantage leurs populations aux risques potentiels que peuvent présenter certaines de ces pratiques pour la santé physique et mentale des enfants. Elle invite les Etats à définir clairement les conditions médicales, sanitaires et autres à respecter s’agissant de pratiques telles que la circoncision médicalement non justifiée des jeunes garçons ».
Et enfin elle demande explicitement aux Etats membres de prendre des mesures qui risquent d’aboutir à l’interdiction pure et simple de la circoncision religieuse : l’Assemblée « demande également aux Etats d’adopter des dispositions juridiques spécifiques pour que certaines interventions et pratiques ne soient pas réalisées avant qu’un enfant soit en âge d’être consulté ».
La députée ayant rédigé le rapport sur lequel se fonce la résolution adoptée le 1er octobre dernier n’est pas une inconnue pour ceux qui suivent la problématique de l’interdiction de la circoncision en Europe. Marlene Rupprecht, députée allemande social-démocrate, s’était opposée en décembre 2012 à l’adoption par le Bundestag d’une loi autorisant au cours des six premiers mois suivant la naissance d’un enfant la circoncision pratiquée par des représentants religieux qualifiés mais non médecins.
Marlene Rupprecht avait alors déposé une proposition alternative prévoyant que l’enfant devait atteindre l’âge de 14 ans et avoir donné son consentement. Sa proposition n’admettait que la circoncision effectuée exclusivement par un chirurgien pédiatrique ou un urologue. Sa proposition alternative a été rejetée par le Parlement fédéral allemand.
La résolution adoptée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe suscite évidemment le malaise au sein du judaïsme européen qui y voit à juste titre une énième tentative de mettre la circoncision hors-la-loi.
Suite aux nombreuses critiques émises par des organisations juives européennes et par Israël, Marlene Rupprecht a tenu à apporter quelques justifications. « La résolution adoptée mardi dernier sur ‘Le droit des enfants à l’intégrité physique’, n’établit en aucun cas un ‘parallèle’ ou une ‘comparaison’ entre la circoncision et les mutilations génitales féminines ». Et d’ajouter : « Nous avons effectivement évoqué différentes ‘catégories’ de violations de l’intégrité physique des enfants, que nous distinguons très clairement et pour lesquelles aucun amalgame n’a été fait ».
Et de conclure que « Le texte voté par les parlementaires ne cherche à stigmatiser aucune communauté religieuse ou ses pratiques. Au contraire, l’Assemblée appelle au débat public, y compris à un dialogue interculturel et interreligieux, pour dégager un consensus le plus large possible sur le droit des enfants à la protection contre les violations de leur intégrité physique ».
On peut sérieusement douter que la mise au point de la députée allemande contribue à apaiser les craintes des communautés juives d’Europe. Dans le rapport qu’elle a rédigé, Marlene Rupprecht exprime très clairement sa position très arrêtée sur cette question : « Ayant exploré cette question en profondeur lors du récent débat législatif dans mon pays, l’Allemagne, j’aimerais montrer pourquoi la circoncision des jeunes garçons est manifestement une violation des droits humains à l’encontre des enfants, alors même qu’elle est si largement pratiquée tant dans le cadre médical que religieux ». Dans ces conditions, on voit mal comment poursuivre le débat avec cette députée.
Si les pouvoirs publics des Etats européens considèrent un jour dans leur immense majorité que la circoncision constitue une violation des droits de l’enfant, il deviendra alors très difficile pour les Juifs, qu’ils soient religieux ou laïques, de maintenir cette pratique ancestrale.
Il est désormais inutile pour les Juifs de n’opposer que le caractère obligatoire de la circoncision dans le judaïsme. Cette réponse est insuffisante et ne fera pas avancer la cause d’un millimètre. Comme le suggèrent déjà certains rabbins, un débat serein et sans tabou doit être entamé au sein du monde juif afin d’apporter une réponse cohérente et adapté à la modernité. Et ce débat doit impérativement prendre en considération la question du non-respect de l’intégrité physique d’un nourrisson qui ne donne pas son consentement à l’acte posé sur son corps.
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