Dans le sport, on le sait, l’important, c’est de participer. C’est ce que pensait le joueur de tennis tunisien Malik Jaziri. Jusqu’à ce que son gouvernement lui « suggère » de déclarer forfait. Avant de se rétracter… mais trop tard.
A priori, seuls les passionnés de tennis étaient au courant : du 7 au 13 octobre, se déroulait le tournoi de Tachkent («Tashkent Challenger 2013 ») dans la capitale de l’Ouzbékistan Et même ceux là n’auraient pas dû remarquer le forfait du joueur tunisien Malik Jaziri pour les ¼ de finales.
Certes, il fait partie de l’équipe de Coupe Davis de son pays, c’est le meilleur tennisman de Tunisie, mais enfin, il pointe à la 173ème place du classement ATP… Semblablement, ils n’auraient pas dû accorder la moindre importance au bénéficiaire de ce désistement. :
Amir Weintraub est classé, lui, 196ème mondial… Mais, si l’affaire a néanmoins fait la « une » des médias, c’est parce qu’il est vite apparu que le forfait de M. Jaziri était bien plus politique que médical.
Certes, officiellement, le Tunisien a abandonné pour « blessure au genou » mais, en réalité, ce sont les autorités de son pays qui lui ont demandé par mail de ne pas jouer contre un Israélien. Bien sûr, cela non plus n’aurait pas suffi à en faire un « scoop ».
Nombre de pays arabes ont des réactions similaires chaque fois qu’un de leurs sportifs court le risque serrer la main d’un citoyen israélien.* Si, cette fois, l’affaire a eu un tel retentissement, c’est pour au moins deux raisons.
La première, c’est que Malik Jaziri et Amir Weintraub se connaissent et sont bons amis : ils jouent ensemble dans l’AAS Sarcelles (France), un club de tennis qui joue en 1ère division des Championnats de France.
Mieux, selon le Président de ce club, c’est Jaziri qui, en 2010, après avoir vu jouer Weintraub, lui a suggéré de le recruter. Depuis, ils s’entendent assez bien pour que l’Israélien ait invité le Tunisien à son mariage, prévu fin février… en Israël.
La 2ème raison, c’est que cette interdiction a fait grand bruit en Tunisie et pas en bien. Ainsi, le président de la Fédération tunisienne de tennis (FTT) Tarak Cherif en personne s’en est-il désolidarisé en s’interrogeant publiquement :
« Est-il normal que des dirigeants palestiniens discutent et négocient avec des Israéliens et que nous autres, Tunisiens et autres Arabes, refusions de donner la chance à nos sportifs de haut niveau de faire leurs preuves dans les grandes manifestations internationales ?»
Double langage et hypocrisie
De leur côté, des médias tunisiens ont fait remarquer ce n’est pas la 1ère fois que Tarek Dhiab, le ministre de la Jeunesse et du Sport fait de l’excès de zèle* « « en signe de solidarité avec la cause palestinienne ».
Au risque de ralentir voire menacer ainsi la carrière de joueurs comme Malik Jaziri, un des rares sportifs tunisiens à être (re)connu au niveau international. Les mêmes parlent de double langage voire d’hypocrisie
Ils notent par exemple que des joueurs de football tunisiens jouent avec (ou contre) des Israéliens dans les championnats européens sans être condamnés par leurs instances sportives ? Devant cette bronca, le gouvernement s’est illico dégonflé.
Le conseiller aux sports du 1er ministre a ainsi nié toute implication dans l’affaire : « Les autorités n’imposent rien à la Fédération ni au joueur » précisant même : « le ministère de la Jeunesse et des sports et son ministre n’ont pas interdit à Malik de jouer»,
Ce serait donc M. Jaziri qui aurait mal interprété un mail que personne ne lui a envoyé. En attendant, le tournoi s’est poursuivi à Tachkent. Par parenthèse, il a eu lieu en Ouzbékistan, un pays dont 90% de la population est musulmane.
Ce qui n’empêche pas son gouvernement d’entretenir depuis plusieurs décennies de bonnes relations diplomatiques avec Israël… et de soutenir la cause palestinienne. Quoi qu’il en soit, Amir Weintraub s’est donc retrouvé en demi-finale face au Russe Teymuraz Gabashvili.
Lequel l’a sèchement battu avant de se retrouver en finale face au… n°1 israélien (et 87ème mondial), Dudi Sela, Après trois sets âprement disputés, c’est l’Israélien qui a gagné le tournoi. Tout est donc bien qui finit bien. Sauf pour Malik Jaziri, bien sûr.
O.W.
Ces autres sportifs arabes à la santé fragile
En juillet 2013, la joueuse de tennis tunisienne Ons Jabeur avait aussi abandonné lors de son quart de finale au tournoi WTA de Bakou. Un « problème à la cheville droite » selon sa Fédération. Rien à voir avec le fait qu’en cas de victoire, elle aurait dû affronter l’Israélienne Shahar Peer…
Mais les soucis de santé ne frappent pas que les tennismen. En 2003, lors des championnats du monde de ping-pong, un Yéménite et un Saoudien avaient été frappés, l’un d’une « fatigue soudaine », l’autre d’un mal inconnu, juste avant de jouer contre un pongiste israélien.
Fragiles aussi, même s’ils ne sont pas arabes, les sportifs iraniens : lors des jeux Olympiques de 2004, un de leurs judokas avait été saisi de terribles maux d’estomac juste avant de combattre un Israélien.
Tout comme un Iranien qualifié pour le 100m/brasse pendant les Mondiaux de natation de 2011. Et bien que cela n’ait, évidemment, aucun rapport, devinez donc de quelle nationalité était le nageur du couloir voisin ?
]]>