La libération de prisonniers palestiniens a suscité l’indignation des familles de victimes du terrorisme. Le gouvernement leur a expliqué que ces sacrifices étaient nécessaires à la paix. Mais est-ce vraiment le cas ?
Ce 30 octobre, le gouvernement israélien a donc relâché 26 nouveaux prisonniers palestiniens (26 autres l’avaient déjà été le 14 aout) sur les 104 que l’Etat juif s’est engagé à libérer afin que reprenne les pourparlers de paix.
La nouvelle a suscité pétitions et manifestations chez les parents des victimes du terrorisme. Même si elles ont un côté politique, comment ne pas comprendre leur colère et leur douleur ? 25 de ces 26 Palestiniens ont assassinés des hommes, des femmes ou des enfants israéliens.
Moshé Yaalon, ministre de la Défense, a tenté de leur répondre : « Que cela nous plaise ou pas, et cela ne nous plait pas, nous avons la responsabilité en tant que gouvernement de conduire le pays en s’appuyant sur des réflexions stratégiques à long terme »
Il a aussi précisé qu’il s’agissait de « vieux » prisonniers, incarcérés dans les années 1980. De son côté, Benjamin Netanyahou a assuré : Libérer ces prisonniers est une des décisions les plus difficiles que j’ai eu à prendre (…) Mon cœur est avec les familles en deuil »
Autrement dit : en tant qu’hommes d’Etat, les deux hommes acceptent ces de lourds sacrifices pour la paix. On les comprend aussi. Mais peut-on les croire ? En octobre 2011, le même 1er Ministre avait rendu 1000 prisonniers au Hamas en échange du soldat Gilad Shalit.
Et cela les valait : qui sauve une vie… Mais n’est-il pas étrange que la paix, qui préserverait, d’innombrables existences, n’en vaille, elle, que 104 ? Au-delà de ces chiffres, la question persiste : ce gouvernement entend-il vraiment conclure un accord avec l’Autorité palestinienne (A.P.)?
Certes, il est revenu à la table des négociations…. sous l’amicale pression des Etats-Unis, comme les Palestiniens d’ailleurs. Et il a accepté de relâcher cette centaine de détenus. Mais, même si c’est déjà trop pour les parents des victimes, le geste n’en reste pas moins symbolique :
Israël en retient toujours 6.000 autres dans ses prisons. Et les libèrerait-il tous –hypothèse improbable- que cela n’aurait toujours qu’une portée limitée. La paix, nul ne l’ignore, passe par bien davantage : la création d’un Etat palestinien aux côtés de l’Etat juif.
Et bien, dira-t-on, tel est précisément le sujet des négociations actuelles. Sauf que le gouvernement israélien continue à manger le gâteau qu’il prétend avoir accepté de partager : durant le 1er semestre de cette année, la colonisation de la Cisjordanie n’a cessé de s’accélerer.
Entre janvier et juin, le ministère de l’Habitat a commencé la construction de 1.708 logements a commencé ( 995 en 2012). Dont 1.040 (61%) dans des colonies isolées, celles qui sont supposées être évacuées en cas d’accord de paix. Pourquoi y bâtir alors ?
Des gesticulations politiciennes
Sans parler des 180 logements (9%) construites dans des implantations « sauvages », c’est-à-dire des colonies dont les autorités israéliennes elles-mêmes ne reconnaissent pas la légalité….
Et, quelques heures après la dernière libération de prisonniers, Israël annonçait la construction de 1.500 logements supplémentaires. A Ramat Schlomo, cette fois, un quartier ultra-orthodoxe situé au nord de Jérusalem-Est.
Un territoire situé hors des lignes d’armistice de 1949 et annexé par l’Etat juif. Une annexion que rejette la communauté internationale, comme l’ensemble des colonies au demeurant.
Là aussi,, on dira qu’il s’agit de stratégie politique et que le 1er Ministre jette un os aux ultra-nationalistes de sa coalition pour les calmer et pouvoir continuer d’avancer vers la paix. Une fois encore, on comprend. Si on estime que c’est là que M. Netanyahu veut aller.
Mais comment le croire quand on le voit accumuler, comme à plaisir, conditions inacceptables pour le camp d’en face et difficultés de toutes sortes ? Déjà, il refuse le retour aux lignes d’avant la guerre des Six Jours.
Il entend aussi annexer les grands blocs de colonies situés près de celles-ci. Et conserver près de 40% des territoires occupés dont, (pour des raisons de sécurité) l’ensemble de la vallée du Jourdain. Il a accepté un projet de loi prévoyant un référendum en cas d’accord de paix.
Et un autre est en préparation qui exigerait l’accord des 2/3 des députés (80 sur 120) du Parlement avant toute modification du statut de Jérusalem. Et tout cela est encore de trop aux yeux de l’extrême droite israélienne qui peut, à sa guise, faire chuter le gouvernement.
Au reste, les négociateurs palestiniens finiraient-ils, de guerre lasse, par accepter toutes ces conditions qu’ils seraient désavoués dans l’heure non seulement par le Hamas qui règne à Gaza mais par l’ensemble de leur peuple.
On le voit, la colère des parents de victimes n’est pas dénues de fondement : on a libéré les assassins de leur proches non pour la paix mais pour des gesticulations politiciennes destinées à faire croire aux Etats-Unis que, oui, le gouvernement israélien cherche un accord avec l’A.P.
Fin septembre, le Secrétaire d’Etat John Kerry, a annoncé que le rythme des réunions entre négociateurs israéliens et palestiniens allait augmenter et que les médiateurs américains allaient s’impliquer davantage. On aimerait croire que cela sera d’une efficacité quelconque.
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