Lieberman blanchi !

Totalement  blanchi par la justice israélienne, Avigdor « Yvette » Lieberman retrouvera son fauteuil de ministre des Affaires étrangères dés la semaine  prochaine.

« Innocent sans aucune équivoque ». Dans le jugement de 115 page qu’ils ont rendu mercredi matin, les trois juge du tribunal d’instance de Jérusalem ont rejeté une par une les charges de fraude et d’abus de confiance qui plombaient la carrière politique d’Avigdor « Yvette » Lieberman depuis dix-sept ans. Au point que ce dernier s’était vu contraint à la démission peu avant les élections législatives de  janvier dernier auxquelles il n’avait d’ailleurs pris qu’une part mineure. Certes, il avait alors été réélu et il occupait une présidence de commission à la Knesset, mais on l’entendait beaucoup moins qu’auparavant.

Tout  cela fait  désormais partie du passé puisque le Parquet, qui a été vertement critiqué par le tribunal en raison de la vacuité du dossier visant le leader du parti « Israël Beitenou » (extrême droite),  ne dispose d’aucun élément neuf lui permettant d’envisager de faire appel dans les 45 jours, comme le prévoit la procédure.

Résultat ? Lieberman effectuera son grand retour sur le devant de la scène politique dès la semaine prochaine. Concrètement, le gouvernement statuera sur sa réintégration dès dimanche et la Knesset se prononcera le lendemain. Sans surprise puisque le vote se déroulera majorité contre opposition.

Interdit de séjour en Egypte depuis qu’il a exigé publiquement qu’Israël bombarde le barrage d’Assouan, reçu avec des pincettes en Europe parce qu’il est un colon et parce qu’il multiplie sciemment les déclarations incendiaires, Lieberman contribue largement à renforcer l’image négative d’Israël à l’étranger. D’autant qu’il affiche publiquement son scepticisme à l’égard de tout processus de paix avec les Palestiniens et l’ensemble du mon arabe. « Nous ne serons jamais tranquilles », assène-t-il. « Il y aura des haut et des bas, des accalmies et des rémissions, mais la paix, c’est exclu. Il faut vivre avec cette idée ».

Homme fort de la droite ?

Par une étrange coïncidence, « Yvette » effectue son come back au moment où les négociations de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne sont entrées dans une phase tellement tendue que le secrétaire d’Etat américain John Kerry vient d’être appelé à la rescousse.

Lorsqu’il débarquera en Israël d’ici quelques jours, il se pourrait bien que Didier Reynders  se retrouve  rapidement face à Lieberman et non plus face à la série de ministres et de vice-ministres qui ont, durant près d’un an, représenté l’Etat hébreu dans un concert de voix discordantes.

A Jérusalem, les commentateurs s’attendent en tout cas à ce qu’il profite de la venue de François Hollande dans la région, du 17 au 19 novembre, pour sonner la fin de la récréation. Et pour lâcher quelques vacheries sur les dirigeants palestiniens et sur les leaders arabes. Des phrases cinglantes qui amusent beaucoup les électeurs d’« Israël Beitenou » mais contribuent à isoler davantage l’Etat hébreu.

« Lieberman est tout ce que l’on veut sauf un excité, c’est un renard, même s’il ressemble à un ours doté d’une très grosse voix », affirme le chroniqueur politique Oudi Segal. « Malgré son image d’ex-portier de discothèque, ce n’est pas un violent. C’est un homme réfléchi qui n’avance jamais un pion à la légère. S’il multiplie les petites phrases et les postures extrémistes, c’est tout simplement parce qu’il veut grignoter l’électorat d’un Likoud rongé par les querelles intestines ». Et de poursuivre : « En fait, « Yvette »  se voit en successeur de Netanyahou. En Premier ministre à poigne et en homme fort de la droite. Voilà pourquoi il tonne souvent ».

Fort de sa victoire judiciaire, Lieberman réunira en tout cas les instances de son parti le 24 novembre prochain. C’est alors que l’on saura s’il poursuit l’alliance électorale conclue avec le Likoud où si « Israël Beitenou » reprend ses billes dans la perspective des prochains scrutins.

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