Maman : trentenaire un peu débordée
Enfants : un ptit gars de 7 ans et 5 mois, une blondinette de 4 ans et 4 mois
La lecture publique du livre Sophie l’enfant cachée, édité par le CCLJ et racontant l’histoire vraie de Sophie Granos, avec l’intervention très émue de cette dernière en fin de soirée, ont réveillé en moi des interrogations que j’avais préféré oublier…
Comment en effet raconter l’Histoire à ses enfants ? A quel âge leur révéler le passé tragique de sa famille ? Quand devront-ils savoir ? Et surtout, comment réagiront-ils ? Comment se construiront-ils avec ce poids ?
La blondinette est encore petite, mais le ptit gars aura bientôt 7 ans et demi. Ca commence à compter. Certains enfants de 4 ans semblent déjà avoir compris que leur grand-père avait sauté du train. Ce n’est pas son cas, et nous ne le voudrions pas. Nous pensons en effet qu’il entendra mieux les choses dans quelques années.
Mais comment éviter qu’il n’apprenne les événements par d’autres ? Par certains camarades de son mouvement de jeunesse, à peine plus âgés que lui et parfois déjà hantés de cauchemars ? A moins que ce ne soit justement la solution, qu’il l’apprenne comme ça, « un peu par hasard » ?
Il m’est venu une petite frayeur il y a quelques semaines en surprenant le ptit gars à dessiner des véhicules de guerre et des porte-missiles… Si ce genre d’illustrations correspond probablement aux préoccupations de son âge, je n’ai pu m’empêcher de craindre une transmission inconsciente du traumatisme. J’ai toujours considéré la parole indispensable, et le silence trop souvent coupable. Ne dit-on pas qu’il fait généralement plus de ravages ? De mon côté, on n’a jamais vraiment parlé de ce qui s’est passé pendant la guerre, par peur sans doute de raviver des souvenirs trop pénibles. Et c’est bien compréhensible. Même si les conséquences sont parfois pires.
Si en Israël, la population juive est parvenue dans sa majorité à avancer, à passer à autre chose, sans pour autant oublier, les Juifs ashkénazes d’Europe, n’ayant pas connu d’autre guerre, ont bien souvent plongé, sombré, dans cette ambiance noire, dans ces souvenirs qui ne cessent de revenir. Dans cette histoire insupportable et, pour certains même, toujours difficile à croire.
J’ai cette volonté de transmettre à mes enfants leurs origines et à la fois ce regret de devoir ajouter à leur album une page si triste. Vaut-il mieux ne pas savoir et grandir avec les ombres ou se construire avec la mémoire des siens, fût-elle aussi lourde ? En parlant de mes préoccupations avec un ami, celui-ci m’a répondu : « C’est vrai, c’est compliqué d’être juif ». Je ne suis donc pas la seule à le penser. Me voilà rassurée…
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