Le Maccabi Brussels, le club sportif de la communauté juive. Et même plus que ça. Les Juifs s’y voient rejoindre depuis quelques années par des jeunes de toutes origines, maghrébins, noirs, chrétiens, sans distinction. Tous sont membres du Maccabi. Une coexistence exemplaire dans un club qui a fait de la non-violence et du respect ses priorités.
Sacha, Mehdi, Amos, Amjad, Antonin, Wahil, Gabriel… On les retrouve chaque mercredi et vendredi aux entrainements. Et ils ne manqueraient pour rien au monde les matchs du samedi. Parés du maillot bleu marine et jaune fluo, arborant fièrement sur leur poitrine l’écusson aux quatre lettres hébraïques épelant « Maccabi » sous la forme d’une étoile de David, tous revendiquent pleinement leur appartenance à ce club d’origine juive. Le Maccabi Brussels, qui tire son nom des Maccabim, courageux combattants qui ont lutté il y a bien longtemps pour la liberté de conscience et de religion, pour l’autonomie et la souveraineté, soit les idéaux du sionisme moderne, s’est en effet ouvert depuis une dizaine d’années aux sportifs non juifs. Par la force des choses, affirment les responsables.
Comme le rappelle Charly Azoulay, président de la section football qui compte 200 enfants sur les 300 que totalise le Maccabi, avec le basket, le volley, le tennis de table et le Krav Maga, « le Maccabi, créé après la guerre, a toujours été le club sportif de la communauté juive ». Mais les années passant, le club établi sur la commune de Neder-over-Hembeek se retrouve de plus en plus éloigné de ses membres. Pour ne pas sombrer, il se résout à déménager au sud de Bruxelles, au début des années 2000. Il vivotera un an à Uccle, sur des terrains communaux situés au Dieweg, avant de s’installer au Complexe sportif du Bempt, à Forest.
« Nos meilleurs ambassadeurs »
« La remontée du nombre d’inscrits a été fulgurante, passant d’une vingtaine de joueurs aux chiffres que nous connaissons aujourd’hui », se souvient Charly Azoulay. Le nombre trop restreint d’inscrits dans certaines catégories d’âges et leur sous-effectif pendant les fêtes juives ont convaincu les responsables de s’ouvrir à l’extérieur de la communauté. Un pari qui s’est révélé gagnant. « Cette ouverture a fait l’objet d’une discussion en interne, au sein du comité », témoigne Serge Silber, président de l’asbl Maccabi et trésorier de la section foot, « mais elle s’est faite ensuite très naturellement, sans heurts, chaque section sportive restant libre de décider de sa politique. Si le football a choisi l’ouverture tout en laissant la priorité à la communauté (75% des membres environ), le Krav Maga garde un public limité ».
Fréquentant le Maccabi depuis… 22 ans, membre du comité et délégué de l’équipe de réserve dans laquelle se trouve son fils, Olivier Pitcho est probablement l’un des plus anciens du club. Il a assisté à son évolution vers plus de mixité. « De façon générale, on sait que la communauté juive pousse aux études », relève-t-il. « Entre les bar-mitzvot, les tyoulim, la Marche de Malines et les Erasmus, on se retrouvait souvent à devoir déclarer forfait aux matchs, faute de joueurs. L’ouverture était donc une nécessité », juge celui pour qui le Maccabi est devenu un véritable hobby. « Quand on entre au Maccabi, on y reste ! ».
S’adressant aux enfants dès l’âge de 4,5 ans jusqu’à l’âge adulte, le club bruxellois est connu et apprécié pour sa diversité et n’en recueille jusqu’à aujourd’hui que les avantages. « Certains découvrent ainsi la communauté juive par le biais du foot », s’amuse Serge Silber, « parce qu’ils adhèrent comme nous aux valeurs de fair-play et de respect. Ils deviennent souvent nos meilleurs ambassadeurs ! Le fait que notre club soit ouvert ne le rend pas pour autant moins exposé aux violences, mais la réponse apportée est peut-être plus constructive, suscitant une vraie prise de conscience (lire encadré, ci-contre) ».
Père de deux joueurs inscrits au Maccabi depuis un an, Ahmed Gharbi a très vite été séduit par le projet du club. « L’esprit d’équipe, la politesse, et l’éducation en plus du foot, cela m’a plu tout de suite », confie celui qui a aujourd’hui adapté ses horaires de travail pour venir voir jouer ses fils. Délégué des U15, secondant l’entraineur, Ahmed Gharbi affirme ne jamais avoir été gêné par la judéïté du Maccabi. « En Tunisie, je vivais en face de la synagogue et mes voisins étaient juifs. La seule chose qui me préoccupe, c’est l’encadrement et il est excellent. Quand mes amis ont appris par Facebook qu’on était au Maccabi, ils m’ont juste dit : “Ah, le club juif ? T’es pas parti bien loin !” ».
Même son de cloche chez Zoubaïr Laroussi, dont les trois fils -le plus âgé, champion de Belgique de Taekwondo- ont, eux aussi, choisi le Maccabi. « Discipline et respect mutuel, ça compte beaucoup. On a d’ailleurs été accueillis à bras ouverts », confirme-t-il. Lorsqu’on lui parle des liens du club avec Israël, il s’étonne : « Est-ce que c’est Israël qui joue ? »…
« Respect et performance, parfaitement compatible »
Comme Odile Margaux, dont la fille de 12 ans est une des rares « joueuses » du Maccabi, Sylvia Perry, maman de deux garçons, a trouvé dans ce club « un autre langage » entre les joueurs. « Le foot est un bon miroir de la société belge. C’est une autre réalité socio-économique », confie-t-elle, « mais la magie du Maccabi est d’être parvenu à mélanger toutes les origines, dans le respect et sans agressivité. La diversité peut alors devenir une force ».
Pas de différence donc, ni entre les joueurs, ni du côté des entraineurs. José Lopez est le coordinateur des jeunes et coach des 12 entraineurs (diplômés de la Fédération belge de football). Il a quitté Anderlecht pour rejoindre le Maccabi en 2001. « Mon travail relève du social, l’enfant compte avant les performances et les résultats », souligne-t-il. « J’ai appris à connaitre la communauté juive à travers le football, avec ses fêtes, son calendrier, et je suis heureux de cette rencontre. On essaie aussi de nouer de bons contacts avec les parents, le partage est tellement enrichissant ».
Peut-on garder un bon niveau et égaler les autres équipes bruxelloises en gardant cet esprit de non-compétition ? « C’est parfaitement compatible », assure José Lopez. « Dans les séries régionales, nos jeunes de U7 à U17 se situent désormais dans le haut du tableau, alors qu’ils étaient en bas de l’échelle il y a quelques années. Et à chaque championnat, on joue dans presque toutes les catégories les trois premières places ! ».
« S’épanouir, tout en apprenant », loin de « l’usine à champions » entretenue par certains clubs, c’est l’une des raisons qui ont motivé Serge Boruchowitch à inscrire son fils au Maccabi, il y a deux ans. Scolarisé à l’école Beth Aviv et fréquentant l’Hashomer, « il était en terrain connu », confie-t-il. « Un club sérieux, convivial et bon enfant, avec des parents qui se conduisent correctement autour du terrain et des entraineurs, qui donnent envie de progresser en faisant jouer tout le monde », ce fervent supporter d’Anderlecht ne tarit pas d’éloges pour ce club dont il est délégué depuis un an. La mixité ? « C’est un plus », assure-t-il.
Surréalisme oblige, le Maccabi belge est le seul parmi les clubs Maccabi du monde entier à compter deux organisations, l’une à Anvers, l’autre à Bruxelles, même si une équipe mixte concourt tous les quatre ans aux Maccabiades israéliennes. Il reste à espérer que là aussi, l’union des deux communautés soit un jour considérée comme une force.
Plus d’infos : www.maccabibrussels.be – Le Maccabi recherche des volontaires très motivés pour aider l’équipe de terrain. Contacter Charly Azoulay : 0475/25.63.47
Le président du Maccabi Brussels, Serge Silber, se souvient des incidents de 2004, lorsque les joueurs du Maccabi avaient dû affronter les insultes antisémites du club adverse, le FC Haren, et de leurs supporters, ainsi que de la médiatisation qui s’en était suivie. « Depuis, nous avons apposé sur tous nos tee-shirts, à côté de l’écusson du club, les mots “No Violence, No Racism”. Nous voulions faire porter ce tee-shirt par tous les clubs bruxellois, mais nous n’avons pas été suivis ».