Le voyage en Israël effectué par le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders du 8 au 12 novembre 2013 aura aussi été l’occasion d’entériner l’accord signé il y a plus d’un an entre les deux institutions hospitalières belge et israélienne. Avec l’espoir sur le long terme d’un partenariat tripartite.
La médiatisation de l’accord de coopération entre l’Insitut Bordet et l’Hôpital Hadassah signé le 19 juin 2012 à Bruxelles en présence du recteur de l’ULB, Didier Viviers, et de la ministre de la Santé, Laurette Onkelinx, s’était voulue une « réponse » à la reconnaissance du cercle BDS par l’ULB, lequel prône notamment le boycott académique. Voilà que les relations étroites entre les deux hôpitaux mondialement connus pour leurs recherches et spécialisés dans la lutte contre le cancer prennent une tournure officielle avec le déplacement ce 12 novembre à Hadassah de la mission ministérielle menée par le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders.
Outre ses travaux de recherches dans les nouvelles stratégies thérapeutiques, l’hôpital israélien du Mont Scopus est réputé pour les relations qu’il a su nouer avec les Palestiniens, que ce soit parmi ses patients, son staff de chercheurs comme de soignants. C’est d’ailleurs dans le cadre de la prévention des conflits que le ministère des Affaires étrangères a débloqué un financement de 100.000 euros, budget qui sera consacré à deux projets sur le cancer du sein pour les équipes de Bordet et Hadassah qui travaillent ensemble et en complémentarité. L’Hôpital des enfants Reine Fabiola devrait également d’ici peu rejoindre ce partenariat.
« A la différence de l’aide apportée par les Affaires étrangères à des projets médicaux comme cette clinique mobile à Bethléem ou la fourniture de matériel médical cardiologique au Centre médical de Ramallah, il s’agit ici d’une aide à la coopération scientifique », souligne le professeur Maurice Sosnowski, chef du service d’anesthésiologie de l’Institut Bordet et président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), qui suivait la mission ministérielle en Israël et dans les territoires du 8 au 12 novembre. « Concrètement, mon assistante anesthésiste à Bordet est à Hadassah pour un stage de six mois et nous avons un chercheur en génétique et sénologie de Hadassah qui vient pour un an à Bordet. La recherche translationnelle qui part du fondamental à la recherche clinique est très développée chez nous. Nous pouvons leur apporter l’expérience et la pratique, ils ont ici des pathologies cardiaques, notamment dues à des mariages consanguins, très porteurs pour la recherche, avec une médecine de catastrophe et des soins intensifs dont nous pouvons apprendre beaucoup ». Entouré du nouveau directeur de Hadassah, le professeur Naparstek et le professeur Maurice Sosnowski, le ministre Didier Reynders a pris la parole pour témoigner de sa satisfaction. « Apporter sa modeste contribution dans un tel projet est un privilège », a-t-il déclaré, « une expérience unique en tant que ministre des Affaires étrangères particulièrement attaché à la paix au Proche-Orient et aux relations entre la Belgique et cette magnifique région du monde. Cette signature est aussi l’occasion pour moi, au-delà de sa dimension humaine, sociale et politique, de rendre hommage à un compatriote exceptionnel en la personne de Maurice Sosnowski, un homme qui se consacre depuis des dizaines d’années à sauver des vies, à l’entente au sein de sa communauté et à la création de ponts entre les peuples ».
« Se serrer la main et aller de l’avant »
Maurice Sosnowski a également profité de son voyage pour rencontrer le ministre palestinien de la Santé qui s’est dit très intéressé par une collaboration avec Bordet dans la construction d’un hôpital du cancer dans les territoires qui prendrait en charge l’entièreté des besoins. Ne pouvant actuellement pas subir chez eux de greffe de moelle, les enfants palestiniens atteints de leucémie sont en effet traités à Hadassah, dans le cadre d’un programme du Centre Peres pour la Paix. « Il semble encore trop tôt pour lancer un partenariat tripartite, mais c’est ce que nous envisageons à plus long terme », affirme Maurice Sosnowski. « Les chercheurs palestiniens formés à Hadassah souhaitent devenir autonomes et ne pas forcément continuer à travailler dans un hôpital israélien, avec cette impression de dépendance et on peut les comprendre. Bordet sera donc dans un premier temps au centre de ces deux collaborations bilatérales. Avec l’ambition ensuite de faire travailler ensemble Palestiniens et Israéliens, y compris en dehors d’Israël ».
Persuadé que le terrain économique doit être préparé dans le cas d’un éventuel accord politique, le ministre Didier Reynders a proposé pour le premier trimestre 2014 une conférence économique à Bruxelles à l’attention des investisseurs européens dans la région. « La santé, le travail, c’est tout ce que les gens demandent », poursuit Maurice Sosnowski. « Le manque de confiance entre les partenaires constitue aujourd’hui le plus gros problème. En voyant la concrétisation de notre partenariat médical, Didier Reynders m’a dit être intéressé pour en faire peut être le point de départ de ces investissements ».
Revenant sur l’ensemble du voyage, et malgré la volonté apparente des deux parties politiques d’aller jusqu’au bout des négociations lancées par John Kerry avec pour échéance le 29 avril 2014, le président du CCOJB a toutefois fait part d’un sentiment de « blocage général ». « Aussi bien du côté israélien que palestinien, les dirigeants ont peur de leur opinion publique respective et se savent en danger. On ne voit actuellement pas d’homme fort comme l’était Begin ou Sadate qui pourrait outrepasser les problèmes personnels et entrer dans l’histoire. Se serrer la main et aller de l’avant. Les choses changeraient alors rapidement. Qu’elle vienne des Etats-Unis ou de l’Europe, il faut trouver une solution, il y a urgence ».
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