Bernard Fenerberg : ‘La réalité peut parfois dépasser la fiction’

Reconnu pour son action dans le sauvetage des 14 fillettes juives et de leur accompagnatrice du Couvent Très Saint Sauveur à Anderlecht, Bernard Fenerberg l’est moins pour son parcours personnel, sa vie clandestine dans la Résistance et les rencontres qui lui ont permis de survivre à la Shoah. L’occasion d’un livre Ces enfants, ils ne les auront pas ! (éd. Couleur Livres) qu’il présentera au CCLJ le mercredi 27 novembre 2013 à 20h30.

Comment vous êtes-vous décidé à écrire votre histoire ?

Cela faisait des années que j’y pensais, au départ pour la mémoire et pour ma famille. Pendant très longtemps, les rescapés de la Shoah n’ont pas parlé. On ne voulait pas penser à tout cela, pour réussir à avancer, pour se reconstruire. Ce n’est que 30-40 ans après la guerre que les gens ont commencé à témoigner sur ces événements. Mon parcours est tout de même peu ordinaire, dans la mesure où je n’avais que 16 ans lorsque j’ai commencé à vivre dans la clandestinité, et 17 lorsque je suis entré, grâce à Paul Halter, chez les Partisans armés. La plupart des jeunes de mon âge étaient alors cachés dans des orphelinats, des colonies, peut-être plus en sécurité. J’ai vécu toute cette période dans la peur et sur le qui-vive, en manquant deux fois d’ailleurs de me faire arrêter.

Etes-vous de nature très optimiste ou n’avez-vous vraiment rencontré, à quelques rares exceptions, que des personnes bienveillantes ?

Je n’ai en rien voulu changer la réalité que j’ai vécue. Si je n’ai pu sortir vivant de cette terrible période, c’est effectivement uniquement grâce aux gens bienveillants que j’ai croisés sur mon chemin : l’abbé Bruylandts, Marieke chez qui j’allais manger, mais aussi le patron de l’atelier qui m’a engagé, les camarades de la Résistance ou encore la comtesse d’Aspremont-Lynden qui nous a beaucoup aidés ma mère et moi. J’écris tout mon récit au présent, je n’entends donc pas forcément à l’époque parler des dénonciations, en dehors de celles du « gros Jacques » et de la mère de mon épouse qui sera arrêtée sur dénonciation. Il ne faudrait pas laisser entendre que tous les Belges ont dénoncé des Juifs ! Je me suis aussi vite rendu compte heureusement des gens en qui je pouvais avoir confiance, comme les jeunes de la JOC qui étaient comme moi des anti-nazis, la voisine du bas de notre appartement, ou la dame qui m’a loué une chambre dans cet hôtel de passe…

…où vous croisiez régulièrement un ancien SS !

En effet. J’ai appris à me raisonner avec les événements. Si la première fois, je me suis retrouvé totalement pétrifié en le croisant dans le couloir de mon logement, j’ai vite estimé que ce n’était certainement pas dans cet hôtel de passe qu’il fréquentait qu’il ferait arrêter un Juif ! J’ai donc gardé cette chambre.

Votre parcours peut montrer à d’autres « ketjes » de Bruxelles que l’on peut se sortir des situations les plus difficiles…

Je me suis retrouvé seul malgré moi, mais je suis finalement heureux d’avoir choisi la Résistance dans laquelle d’ailleurs des non-Juifs agissaient également. Dans des circonstances où la réalité a parfois dépassé la fiction, j’ai pu compter aussi sur les heureux hasards. Cela m’a permis de sauver les 14 fillettes du Couvent d’Anderlecht le 20 mai 1943, de rencontrer Paul Halter et d’entrer chez les Partisans. De rencontrer ma femme aussi, Cécile, qui a perdu toute sa famille dans la guerre et avec qui je suis marié depuis 67 ans maintenant.

Bernard Fenerberg, Ces enfants, ils ne les auront pas ! (préface d’Anne Morelli), éd. Couleur Livres.

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