Etats-Unis- Israël : le temps du désamour.

L’Etat juif ne cache plus sa colère contre Washington après le récent accord irano-américain de Genève. Comme si le gouvernement actuel ne tenait plus tellement à son alliance avec la 1ère puissance mondiale…

Et donc, ce 23 novembre, un accord (un pré-accord, en fait) a été signé à Genève entre les pays occidentaux et l’Iran. Au profit de qui ? Officiellement, de tous : c’est du « gagnant-gagnant ».  Même si, bien sûr, chacun laisse sous-entendre que c’est lui le grand bénéficiaire.

Par contre, tout le monde est d’accord: les grands perdants sont Israël et, dans une moindre mesure, l’Arabie saoudite.  D’ailleurs, les dirigeants israéliens, B. Netanyahou en tête, n’ont pas caché leur colère devant  cette «erreur historique »

Mais le plus déplorable dans ce rude revers diplomatique, ce n’est pas que le 1er Ministre israélien ait eu ou non raison d’évoquer une grande victoire diplomatique pour les mollahs. A ce stade, ni lui ni personne n’en sait rien.

Car, ce qui a été acté à Genève, c’est la (bonne) volonté de toutes les parties de discuter sérieusement et directement du programme nucléaire de Téhéran et des sanctions de l’Occident.  Tout le reste, y compris le succès ou l’échec de ces discussions,  n’est que spéculations.

Non, ce qui devrait vraiment inquiéter les dirigeants israéliens actuels, c’est à quel point ils sont devenus -et ce, quoi qu’ils disent- inaudibles. Y compris auprès de leur principal  allié, les Etats-Unis.   

Une nouvelle étape dans le douloureux chemin de croix de la diplomatie israélienne depuis plus de trois décennies. Car, en dépit de quelques embellies, dont la plus notoire fut le processus de paix d’Oslo (1993-95),  l’isolement de l’Etat juif n’a cessé de croître depuis lors.

Le nombre, la puissance et surtout la capacité potentielle d’aide militaire de ses amis n’ont cessé de diminuer. Restait cependant, le plus important, qui est aussi le pays le plus puissant du monde, les Etats-Unis.

Sauf que, depuis leur retour au pouvoir en 2009, B Netanyahou et ses coalitions ultra-droitières, semblent indifférents à l’idée de perdre de cet allié là aussi. En cause, la volonté affichée de Barack Obama sinon de résoudre du moins de faire avancer le dossier palestinien.

En guise de rétorsion, le gouvernement israélien a contré les initiatives politiques du président des Etats-Unis,  laissé se dégrader les relations politiques entre les deux pays et, avec son flair habituel, ouvertement soutenu Mitt Romney contre Obama en 2012.

Le tout avec un mépris et une indifférence affichée de l’extrême-droite israélienne vis-à-vis du soutien des Etats-Unis. Cela se comprend pour son aile « messianique » dont le réalisme n’est pas la qualité première. Mais que dire d’Israël Beteinu et son chef, Avigdor Lieberman ?

On s’attendrait à quelque compréhension des rapports de forces chez un homme qui a tout de même été ministre des Affaires Etrangères durant plusieurs années. Mais on a pu constater qu’il n’a guère changé depuis son retour aux A.E voici peu

Il ressemble toujours au personnage incarné par Rowan Atkinson dans  le film « Johnny English »* : «  Il ne craint rien/ Il n’a peur de rien /Il ne comprend rien ». Après Genève, sa seule réaction a été qu’Israël devait se chercher d’autres alliés que les Etats-Unis.

« Des pays, a-t-il précisé, qui n’ont pas besoin de l’argent du monde musulman et arabe et qui veulent coopérer avec nous».  Ce serait bien aussi qu’ils disposent d’un droit de véto à l’ONU, d’un bouclier nucléaire et de 3 milliards $ d’aide à offrir à Israël tous les ans.  

Passe encore pour A. Lieberman mais Benjamin Netanyahu ? Il a été ambassadeur, vice Ministre des AE, 1er Ministre à trois reprises. Il connait les Etats-Unis, il y a même vécu. Qui mieux que lui connaît la principale superpuissance de la planète ?

Il devrait donc mieux que quiconque mesurer l’importance de l’alliance entre Washington et Jérusalem. Les échanges commerciaux. Le soutien diplomatique.  L’aide militaire. La coopération en recherche-développement militaire.

Sans oublier le partage de renseignements, les accords de défense, le soutien logistique en cas de conflit. Et même, si on en venait là, le bouclier nucléaire américain …  Les simples d’esprits israéliens peuvent bien croire que l’Etat juif assure seul sa sécurité.

Le 1er Ministre est tout à fait conscient, lui, que sans le bras protecteur des Etats-Unis, Israël, simple puissance régionale, ne ferait pas longtemps le poids face à ses ennemis.  Mais ce réalisme ne va pas jusqu’à adapter sa politique à la situation.

Il s’est opposé, quasi seul, à un rapprochement irano-américain que le monde entier ou presque désire, fut-ce sans trop y croire, jetant ainsi une lumière crue sur la solitude de l’Etat juif. Et, bien entendu, il a relancé la colonisation de la Cisjordanie.

Non qu’elle ait jamais cessé, surtout ces dernières années mais c’est devenu un réflexe pour le gouvernement israélien : dès qu’on le contrarie, si peu soit-il, hop, il accélère le rythme. C’est sans doute défoulant mais est-ce une stratégie ?

Le gouvernement de Jérusalem va-t-il utiliser son influence sur le pouvoir législatif pour contrer l’Exécutif ? Après tout l’AIPAC** se vante de contrôler 60% des députés et sénateurs américains. Mais même si, d’aventure, c’était vrai, cela ne fonctionne pas de la sorte à Washington.

Juste avant l’accord de Genève, des élus pro-israéliens voulaient durcir et non alléger les sanctions contre l’Iran. Depuis, ils ont disparu des écrans : ces gens veulent bien soutenir Israël mais pas se suicider.

Au demeurant, B. Netanyahu peut-il envisager de mener une guérilla indirecte contre B. Obama jusqu’à la prochaine présidentielle en 2016 ? Au risque d’accroître le fossé qui s’élargit entre les deux pays ? Et ce sans garantie sur les idées du futur Président, quel qu’il soit ?

On voit bien que les alliances bougent au Moyen Orient : il y a le potentiel retour de l’Iran dans la géopolitique locale. Mais aussi des Etats-Unis et des pays arabes, notamment l’Egypte. Le retour des Russes. Le rapprochement de facto d’Israël et des monarchies pétrolières.

Mais quoi qu’il advienne, il serait suicidaire pour Israël de s’éloigner, fut-ce d’un pouce des Etats-Unis. Ce qui sous-entend à la fin des fins, de résoudre de façon satisfaisante pour tous,  le conflit avec les Palestiniens.

Le choix entre la survie de l’Etat juif et la conservation de la Cisjordanie est plus que jamais à l’ordre du jour. Et le chemin que semble vouloir emprunter ce gouvernement  devrait inquiéter les amis qu’Israël possède encore.

*Johnny English : film  de Peter Howitt (2003) dans lequel Rowan Atkinson parodie James Bond

**L’Aipac (« American Israel Public Affairs Committee») est un des plus influents lobbies des Etats-Unis. Composé de Juifs et de chrétiens évangélistes, il soutient de toutes ses forces les coalitions de droite-extrême droite israéliennes

 

 

]]>