Où l’on vérifie que dans le temps le gouvernement israélien n’encourageait pas autant l’initiative privée qu’aujourd’hui . Et, comme toujours, la version audio en yiddish se trouve en haut à droite du texte.
Bon, vous pouvez me féliciter, c’est la septième fois que je viens en Israël. On m’a invité à la « Conférence des Millionnaires ». Je suis venu seul, sans ma femme, qui m’a dit avant de partir :
« Je peux déjà m’imaginer la compagnie que tu vas trouver là bas, si toi aussi, on t’a invité ». Je suis seul ici, seul, c’est seul ! Pourquoi riez-vous, est-ce que je n’ai pas l’air d’un millionnaire ?
Non, je n’ai effectivement pas l’air d’un millionnaire, mais je vous souhaite à tous qui êtes ici de posséder seulement mes poubelles. Vous n’aurez plus jamais à travailler de votre vie! Je suis bourré, bourré, un multi, oui, je suis un multimillionnaire.
Vous voulez certainement savoir comment je suis arrivé à ces millions ? C’est l’Amérique ! J’ai commencé par cirer des chaussures ! Oui, oui, ce millionnaire a ciré des chaussures, vous ne voulez pas me croire ?
Si je mens, je me souhaite de voire ma femme sous le dais avec un autre homme ! Pendant cinq ans j’ai ciré des chaussures, pendant cinq autres années j’ai vendu des journaux et puis, ma tante est décédée et j’ai hérité de plusieurs millions.
Maintenant, je veux qu’Israël puisse profiter de mes millions. Je suis arrivé ici pour investir, comment ça s’appelle chez vous ? Enterrer ? Ca ne me dérange pas ! Combien ? Ca n’a pas d’importance, l’important est que ce soit pour une bonne cause, pour une idée,
Malheureusement, il n’y a pas à qui parler ici, personne ! J’avais quelques plans et ils me les ont tous enterrés ! Un de ces plans, c’était : tout le monde sait qu’en Israël on ne peut pas travailler le samedi et qu’en Italie, disons, on ne peut pas travailler le dimanche. Vous savez combien coûte un jour pareil à un pays ?
Que chaque semaine, la production s’arrête pendant une journée entière? Mon plan était d’emmener en Israël deux millions d’Italiens pour qu’ils travaillent ici le samedi et d’envoyer deux millions de Juifs là-bas pour qu’ils travaillent le dimanche.
Ainsi, la production pourrait se poursuivre pendant toute la semaine ! C’est un bon plan, non ? Je suis donc allé avec ce plan chez Golda. Golda n’est pas une commerçante, mais c’est une femme très sympathique, un gentleman, un vrai gentleman !
Elle a écouté mon plan et m’a envoyé chez Dayan. Je ne me suis pas senti insulté et suis allé chez le Général Dayan. Lorsque je lui ai dit que c’était Golda qui m’envoyait, il m’a fichu en l’air tout le plan. Dayan reste Dayan ! C’est à peine si j’ai pu m’encourir pour rester en vie !
C’est la dernière fois que j’essayerai de faire des affaires avec des généraux juifs ! Ils ne sont bons que pour les Arabes ! « Allo ? Allo ? » C’est mon bureau de New York. « Allo, Hilary, oui, parlez. Quoi, l’or est tombé ?
Ok, combien j’ai perdu ? Sept millions ? Ok, et c’est pour une bêtise pareille que vous m’appelez au téléphone pendant que je suis occupé avec des gens ? Vendez un peu d’or et achetez de l’argent. Faites ce qu’on vous dit ! »
Ils sont bouchés, ils ne comprennent même pas d’ici à là ! C’est comme ici en Israël, tous ils sont bouchés. On leur propose des plans géniaux et ils les foutent en l’air. J’avais un autre plan : vous avez ici un Néguev. C’est quoi ce Néguev ? Seulement du sable et le soleil qui brûle.
Il y fait tellement chaud que lorsqu’on dépose un œuf cru sur le sable, il devient dur après quelques secondes. D’accord, mais qu’avons-nous avec ça ? Rien ! C’est tout de même dommage, pourquoi ne prendrions-nous pas ce Néguev pour le louer aux Anglais ?
Ils nous enverraient ici des tonnes d’œufs crus, nous les déposerions sur le sable et le même jour, on leur renverrait des œufs durs. En une semaine, nous pourrions cuire tous les œufs anglais. Et dès qu’on aurait fini avec eux, les Chinois pourraient nous envoyer leurs œufs.
Des milliards d’œufs, est-ce que vous réalisez quelle affaire ce serait ? Une affaire de milliards. Je suis donc allé avec ce nouveau plan chez, comment s’appelle-t-il encore, chez le nouveau Ministre des Finances, Sharf.
Il m’a lancé un de ces regards, ce Sharf, et m’a demandé de lui montrer un plan financier et un calcul de rentabilité. Un décompte pour savoir combien d’œufs, l’Amérique, l’Asie et l’Europe peuvent assembler ensemble.
Quel toupet il a celui-là ! Il a tout un ministère avec des employés, des secrétaires, des comptables et des machines à calculer et il me demande à moi de comptabiliser tous les œufs du monde ! Il veut que je lui fasse des plans financiers et des calculs de rentabilité !
Je l’ai laissé tomber au milieu d’une phrase, il m’a tellement énervé que j’ai déchiré tout le plan. Qu’est-ce qu’il a avec ça, le Sharf ? Je suis resté sans plan et lui est resté sans œufs ! Une minute, c’est Londres :
« Comment, l’argent est tombé ? Combien j’ai perdu, neuf millions. Je vais peut-être me mettre à pleurer pour ça ! Vendez l’argent et achetez du verre, faites ce qu’on vous dit ! ». Des idiots, ils ne comprennent pas de là à là !
J’avais encore un plan, et avec ce plan, j’avais l’intention d’investir beaucoup d’argent, un plan extraordinaire, écoutez. Tout le monde sait qu’en Amérique, il y a des dizaines de milliers d’hôtels, y a-t-il des Américains ici ? Eux, ils doivent certainement le savoir.
Et quand on entre dans un hôtel, il y a dans chaque chambre un gros livre, un livre en anglais. Là, ça s’appelle « The Bible » et ici ça s’appelle aussi « The Bible », quelle importance comment ça s’appelle !
Mon plan était le suivant : si tant de millions de gens lisent cette Bible, pourquoi ne pas la traduire en hébreu ? Je me suis renseigné ici et on m’a répondu qu’un autre Juif m’avait déjà devancé. Va proposer aujourd’hui des plans originaux!
J’avais un autre plan et je suis allé chez le Ministre du Tourisme, chez Moishé Kol, je lui ai demandé : « Monsieur le Ministre » que je lui ai demandé « Qu’est-ce que vous avez à montrer ici, lorsque les touristes arrivent, qu’avez-vous à leur montrer, dites-le moi, quoi ? Le Mur des Lamentations, le Tombeau de Rachel, la Grotte de Machpela ?
Rien que des endroits tristes, bons pour pleurer, pour se lamenter ! Disons qu’après que les Juifs du monde entier, seront venus, auront pleuré et auront payé, que vont-ils faire après, lorsqu’ils auront fini de pleurer et qu’ils voudront avoir quelque chose pour leur argent ?
Qu’avez-vous à leur montrer ? » Moi j’ai le plan suivant : que l’on apporte les deux plus grands bâtiments au monde, celui des Nations Unies et l’Empire State Building et qu’on les place en plein centre de Tel-Aviv !
Spécialement pour les juifs de New York qui ne trouvent jamais le temps d’aller les visiter! Je n’ai pas raison ? Toute la journée, ils sont occupés et le soir ils ont peur de sortir. Quand ils seront en Israël, ils auront tout le temps de les voir.
Ca c’est pour les juifs. Et que pouvons nous faire pour les touristes goyim, que pouvons nous leur montrer ? A eux, il faut seulement montrer ce que les Juifs ont construit de leur propres mains.
Les canaux de Venise, par exemple, ça, les Juifs ne les ont pas creusés, la tour Eiffel, ce ne sont pas des mains juives qui l’ont faite. Alors, j’ai un plan : qu’on emmène d’Egypte les pyramides de Ramsès, pour que les Goyim puissent les visiter et qu’ils osent seulement dire que ce ne sont pas des mains juives qui les ont construites !
Finalement, le ministre Moishé Kol m’a regardé et a souri, c’était donc bien. Il a pris le plan et l’a mis dans son tiroir, c’était certainement bien. Mais je ne sais pas pourquoi il a commencé à me poser des questions idiotes.
Il m’a demandé si, dans ma famille, il y avait quelqu’un qui souffrait de la tête. Qu’est-ce que ma famille a à voir avec le tourisme ? Il m’a aussi demandé si on ne m’avait jamais fait d’électrochocs ? Mais qu’est-ce qu’un choc a à faire avec les Pyramides ?
Je l’ai regardé comme un fou. « Allo, qui est-ce ? La direction de l’asile psychiatrique de Bat Yam ? Qui a bien pu vous donner mon numéro de téléphone ? Non, n’envoyez personne, je viendrai me présenter moi-même »
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