Alain Berenboom : ‘C’est très rassurant, surtout pour un angoissé comme moi !’

C’est l’écrivain Alain Berenboom qui s’est vu attribuer cette année le Prix Rossel, le Goncourt belge comme l’appellent certains. Il faut dire que depuis sa sortie, Monsieur Optimiste ne cesse de faire parler de lui. Un onzième livre dans lequel le romancier, avocat et professeur d’université spécialisé en droit d’auteur a choisi de raconter son histoire et celle de ses parents. Un retour aux origines pour cerner son identité belge et juive. Entretien.

Quelle a été votre réaction lors de la proclamation des résultats ?

Quand on est un des cinq finalistes, on s’attend à avoir une chance sur cinq bien sûr, mais cela a été une très bonne surprise. C’est formidable, parce qu’on sait en Belgique combien il est difficile pour les livres d’avoir une visibilité. Les livres français, comme les films français d’ailleurs, arrivent en Belgique avec la grosse artillerie déployée par la presse française, alors qu’un livre écrit par un écrivain belge commence généralement sa carrière sur le marché belge. Il doit donc se faire sa place et le Prix Rossel est une manière extraordinaire d’y arriver. C’est un prix qui jouit d’une très grande crédibilité dans la mesure où il est décerné par un jury d’écrivains renommés et de libraires. Depuis plusieurs années, les lecteurs ont pris l’habitude de se fier à la bandelette « Prix Rossel ».

Cela peut-il permettre à Monsieur Optimiste de dépasser les frontières ?

Tout à fait, il a d’ailleurs déjà commencé à le faire, puisqu’il est sorti en France, mais cela peut servir d’argument, d’adjuvent pour que des journalistes français s’y intéressent. Surtout qu’eux aussi se retrouvent parfois perdus face aux auteurs belges. Ils connaissent le plus souvent les auteurs qu’ils croient d’ailleurs français, comme Amélie Nothomb ou François Weyergans. Mais les auteurs belges ont généralement bien du mal à se faire une place au soleil en France, comme des auteurs français pas connus bien sûr, le terrain est finalement assez petit et assez bien occupé par les « vedettes ».

Vous avez publié votre premier roman assez tard pour le milieu, à l’âge de 42 ans, avec La position du missionnaire roux. Monsieur Optimiste est votre onzième roman, ce prix constitue-t-il tout de même un plus ?

C’est une façon de me dire que je suis reconnu par mes pairs, par le monde littéraire en quelque sorte. C’est une consécration d’un type d’écriture, d’un univers littéraire, et c’est très important pour moi. Tout au long de mon parcours, que ce soit dans mes romans ou recueils de nouvelles, je racontais des histoires assez personnelles, qui ne ressemblaient à aucune autre. Etre reconnu pour cet univers-là, c’est donc très rassurant, surtout pour un angoissé comme moi.

Parmi vos romans, c’est votre histoire la plus personnelle qui est aujourd’hui reconnue…

Une fois de plus oui, c’est grâce à mes parents qui sont un peu les co-auteurs de ce livre, que je suis récompensé. Il y a quelque chose même d’émouvant à ce que soit un récit aussi personnel avec une façon de raconter mon identité mêlée de belge et de juif, qui ait été sélectionnée. Que ces deux immigrés juifs de l’Est obtiennent aujourd’hui une place marquante dans l’histoire littéraire est assez exceptionnel. C’est une étonnante coïncidence aussi de voir que les deux livres les plus distingués par le jury du Rossel 2013 étaient ceux de deux auteurs juifs, le deuxième étant Max, en apparence de Nathalie Skowronek, et évoquaient chacun à sa façon le destin de parents qui ont traversé la guerre plus ou moins douloureusement et plus ou moins heureusement.

Qu’est-ce qui a justement, selon vous, fait la différence ? On a parlé de votre livre comme d’un «  remède contre la morosité ».

Ce livre a tout de suite été accueilli, c’est vrai, de manière très positive. Je pense que ce succès vient du fait qu’il essaie, et peut-être pour la première fois, de regarder la période de guerre et l’Holocauste de façon différente.

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