Les bons chiffres de l’économie israélienne sont encourageants. Mais ils cachent une augmentation de la pauvreté et une mauvaise répartition de la richesse nationale.
A priori, les Israéliens n’ont pas à se plaindre. En effet, tiré vers le haut par les bons résultats de la high-tech ainsi que par les ressources prometteuses provenant des sites gaziers découverts au large de la côte, le taux de croissance de leur économie devrait atteindre 3,75% en 2013 et 4% en 2014. Cela, alors que celui de la plupart des pays de l’Union européenne oscille péniblement entre 0 et 1%.
Quant au chômage, il gravite autour de la barre des 6% en Israël, ce qui n’est pas mal comparé à celui de la plupart des pays occidentaux. Mais la situation n’est pas aussi idyllique qu’elle y paraît. Elle serait même inquiétante…
Ce 8 décembre 2013, Angel Guarria, secrétaire général de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) dont l’Etat hébreu est membre depuis 2009, s’est d’ailleurs déplacé à Jérusalem pour présenter à Benjamin Netanyahou le dernier rapport de ses services concernant l’économie israélienne. Et la conclusion est sans appel : certes, le pays est prospère, mais son développement ne bénéficie qu’à une minorité de privilégiés. La plupart des Israéliens « ordinaires » ne profitent pas des fruits de la croissance, qui leur passent sous le nez sans avoir le temps d’y toucher.
A en croire les experts de l’OCDE, qu’il travaille ou pas, un Israélien sur cinq se situe désormais sous le seuil de pauvreté. Principalement touchés par cette précarité grandissante : les ultra-orthodoxes dont moins de la moitié occupe un emploi; mais également les Arabes israéliens, qui sont, à travail et à compétences égales, souvent moins bien rémunérés que les travailleurs issus de la majorité juive.
A ceux-là s’ajoutent les mères célibataires, les chômeurs de longue durée, et tous ceux dont on ne parle jamais parce qu’ils ne se trouvent pas dans la région du centre : ces petits commerçants et artisans perdus dans les « villes de développement » du Néguev où les clients se font rares, ces prestataires de service de Galilée que personne n’appelle jamais, ces titulaires d’emplois précaires payés au SMIC qui représentent pourtant la majorité des 3.093.000 travailleurs que compte l’Etat hébreu.
Des promesses restées lettre morte
Certes, à en croire le Bureau central des statistiques, le salaire moyen a atteint 9.206 shekels (1.980 euros) en septembre. Mais il ne s’agit que d’une moyenne et la réalité est bien plus crue. En fait, la plus grande partie des salaires ne dépasse pas les 1.000 euros. Ou à peine. Ils correspondent à des emplois précaires dont les titulaires peuvent être éjectés sur le champ.
Cette même précarité s’étend à l’enseignement et à tous les niveaux de l’administration dont les agents ont perdu depuis longtemps le droit de bénéficier de la « kviout » (nomination). Certaines catégories d’agents publics sont d’ailleurs employées par des sous-traitants privés qui peuvent les licencier à tout moment s’ils trouvent du personnel moins cher ailleurs.
A l’instar de leurs homologues d’autres organisations internationales, les experts de l’OCDE plaident en tout cas en faveur de la mise en place d’importantes réformes structurelles. D’une refonte des systèmes d’éducation et de la sécurité sociale par exemple, mais celles-ci ne sont pas à l’ordre du jour pour le moment.
En outre, près de trois ans après les manifestations géantes de l’été 2011 en faveur de plus de justice sociale, rien -à part de belles promesses- n’a encore été fait. Les mesures annoncées pour favoriser la baisse du coût du logement sont restées lettre morte et des produits de première nécessité coûtent toujours aussi cher. Des allocations sociales ont été supprimées ou réduites et -cerise sur le gâteau- le gouvernement étudie la possibilité de démanteler l’important réseau de logement public (HLM) développé par les Travaillistes durant les années 1948-77.