La Fondation du judaïsme de Belgique, créée avec le solde des sommes versées à l’issue du processus de restitution des biens juifs spoliés souffre d’un déficit de visibilité. Suite aux rumeurs selon lesquelles ses administrateurs s’enrichiraient personnellement, son président actuel, Elie Ringer, revient sur la situation de cette fondation d’utilité publique.
Quels sont vos objectifs en tant que président de Fondation du judaïsme de Belgique ? Elie Ringer : La Fondation du judaïsme n’est pas une institution nouvelle dont j’ai découvert l’existence il y a six mois. J’y siège comme administrateur depuis sa création et j’ai également participé aux travaux du Comité national de la communauté juive de Belgique pour la restitution (CNCJBR) dans le cadre de la restitution des biens juifs spoliés. La Fondation est une institution unique en son genre, car elle réunit toute la communauté juive de Belgique, pas seulement sur le plan linguistique : toutes les organisations juives, quelles que soient leurs orientations philosophiques ou idéologiques peuvent bénéficier de subsides de la Fondation du judaïsme. Une cinquantaine d’organisations francophones bénéficient d’allocations fixes et une trentaine de projets ponctuels sont subsidiés. Côté flamand, essentiellement à Anvers, 45 organisations se voient octroyer une allocation fixe et une vingtaine de projets ponctuels sont subsidiés par la Fondation. Et la coupole nationale de la Fondation du judaïsme finance une dizaine de projets par an. Nous nous efforçons aussi d’étendre notre action en dehors de la communauté juive; nous finançons notamment des projets de la communauté Rom.
L’action de la Fondation du judaïsme est donc essentiellement financière. Peut-on la considérer comme le « tiroir-caisse » de la communauté juive ? E. Ringer : Je n’aime pas cette expression en raison de la charge négative qu’elle suppose. Par ailleurs, il faut reconnaître que grâce à la Fondation, les administrateurs eux-mêmes actifs au sein des différentes organisations juives ont l’occasion de se rencontrer, de tisser des liens et de renforcer la solidarité au sein même de la communauté juive de Belgique. Le lien qui nous unit n’est donc exclusivement lié au « tiroir-caisse ».
En raison du poids financier incontestable de la Fondation du judaïsme n’y a-t-il pas une tentation dans le chef de ses dirigeants de se placer au-dessus des institutions juives représentatives ? E. Ringer : Cette prétention n’existe pas et je ne pense pas qu’elle s’exprimera dans le futur. Nous voulons tous que la communauté poursuive son existence à travers ses institutions représentatives : le Consistoire ; le CCOJB et le Forum. La Fondation du judaïsme n’est pas habilitée à prendre des initiatives ni à entreprendre des activités. Elle ne fait qu’apporter son soutien financier aux organisations juives.
Quelle est votre priorité pour 2014 ? E. Ringer : Nous souhaitons vivement que des organisations ou des gens nous soumettent des projets nouveaux portant sur la mémoire de la Shoah. Si on veut toucher et sensibiliser la jeunesse, il faut absolument éviter que cela devienne répétitif. La flamme doit être ravivée pour qu’on puisse transmettre le flambeau aux jeunes générations.
La Fondation du judaïsme de Belgique est organisée sur un mode fédéral dans lequel la division Flamands/francophones est évidente. Le monde politique vous a-t-il imposé ce schéma ? E. Ringer : Non. Nous avons anticipé la future Belgique. Elle sera de plus en plus régionalisée tout en préservant, je l’espère, l’unité du pays. Au sein de la Fondation, chaque communauté linguistique est pratiquement autonome même si la solidarité nationale est maintenue. Chaque communauté linguistique reçoit 44% et le national 12%. Les projets nationaux sont liés à la mémoire (le pèlerinage à Malines, le Musée de la déportation, le Musée du judaïsme de Belgique et le Mémorial des martyrs juifs d’Anderlecht). La communauté juive s’est donc adaptée à la situation actuelle et future de l’Etat belge.
La Fondation du judaïsme ne souffre-t-elle pas d’un manque de visibilité, voire de transparence ? E. Ringer : Cela a pris du temps pour créer cette institution et la mettre ensuite sur ses rails. Je suis conscient que nous souffrons d’un déficit de visibilité. Je me suis donc assigné comme tâche de mieux faire connaître la Fondation du judaïsme auprès du grand public. Ainsi, lors de la visite en Israël du ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, j’étais présent à Yad Vashem en tant que président de la Fondation. Il s’agissait précisément de montrer que la communauté juive de Belgique est représentée à travers une institution chargée d’entretenir la mémoire de la Shoah. De la même manière, on m’a demandé de prendre la parole à l’occasion de la cérémonie de 75e anniversaire de la Nuit de cristal à la synagogue de la Rue de la Régence. Concernant le site internet, nous avons mis en ligne tous les rapports d’activité [Malheureusement, il faut constater qu’aujourd’hui encore, seul le rapport annuel de 2008 est en ligne sur le site de la Fondation du judaïsme de Belgique, ndlr]*. Nous sommes en train de travailler sur la mise en place d’un nouveau site internet pour permettre à chaque personne intéressée par la Fondation d’y trouver toutes informations nécessaires.
Et la transparence… E. Ringer : Nos bilans sont publiés chaque année par la Banque nationale de Belgique. Si quelqu’un a des doutes, il peut les consulter quand il le souhaite. Rien n’est donc caché. J’ajoute que 25 personnes approuvent le bilan qui est ensuite examiné par deux réviseurs.
Le site internet Agence diasporique d’information (ADI) a affirmé en octobre 2013 que lors de la première année (2004-2005) d’existence de la Fondation du judaïsme présidée alors par Roger Lallemand, la Fondation a attribué au CNCJBR 71% des montants distribués cette année-là, soit 318.250 euros, pour un projet dont on ignore la nature. Face à ces allégations selon lesquelles Roger Lallemand et les membres du CNCJBR se seraient enrichis personnellement, pourquoi n’avez-vous pas réagi ? E. Ringer : Si quelqu’un nous pose une question, nous tâchons d’y répondre. Si en revanche, ce sont des insinuations, des insinuations ou des rumeurs non fondées, cela ne nous intéresse pas, nous n’avons rien à dire. En ce qui nous concerne, Roger Lallemand a été un bon président de la Fondation du judaïsme. Tout le monde a toujours reconnu sa probité et sa droiture au sein de la Fondation.
Mais que représente donc ce montant de 318.250 euros ? E. Ringer : Comme je vous l’ai indiqué, chaque bilan est publié annuellement. Si l’on évoque un montant spécifique lié au CNCJBR, il faut savoir que cette institution représentant toutes les tendances de la communauté juive a œuvré pendant une dizaine d’années en vue d’obtenir la restitution des biens juifs spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale dans le cadre de la Commission Buysse sous l’égide du Premier ministre. Tous ceux qui ont participé à ces travaux étaient des bénévoles. Il n’empêche que ce long processus a occasionné des frais administratifs et juridiques car des procédures ont été engagées. Cela signifie donc que des avocats sont intervenus et ils ne travaillent pas bénévolement. Si l’on retient un montant de 300.000 euros de frais engagés sur un montant global de 110 millions d’euros que nous avons récupérés, cela ne représente que 0,27% ! Si vous trouvez une organisation au monde qui a engendré 0,27% de frais pour une tâche qui s’est étalée sur environ dix ans avec un tel résultat, je vous demande de me l’indiquer tout de suite. A l’époque, les membres du CNCJBR ont avancé personnellement l’argent pour couvrir tous ces frais, il me semble normal qu’une fois la restitution réalisée, on leur rembourse les montants qu’ils ont avancés. Et si quiconque souhaite savoir où cette somme de 318.250 euros a été versée, il lui suffit de consulter le bilan de la Banque nationale de Belgique.
Ayant accompli sa mission consistant à œuvrer pour la restitution des biens juifs spoliés en Belgique, cette institution n’a plus de raison d’être. Pourquoi le CNCJBR existe-t-il alors encore aujourd’hui ? E. Ringer : Il est vrai que la restitution est pratiquement terminée à l’exception de quelques problématiques spécifiques, comme celles des œuvres d’art ou du statut d’enfant caché côté flamand. Les représentants du CNCJBR ont donc proposé en octobre 2013 aux trois institutions juives représentatives (CCOJB, Forum d’Anvers et Consistoire central) d’agir ensemble en vue de résoudre les problèmes éventuels liés aux victimes de guerre.
*Rectificatif : suite à la publication de cet article, le secrétariat de la Fondation du judaïsme nous fait savoir que leur ancien site internet n’est plus actif aujourd’hui. C’est pourquoi les rapports annuels seront mis en ligne sur le nouveau site internet en construction et disponible pour le début de l’année 2014.
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