Ce n’est pas tous les jours qu’un projet de résolution israélien est adopté par l’Assemblée Général de l’ONU avec 138 voix sur 193. Analyse de ce qu’un diplomate a nommé «un miracle de Hanoukka ».
On est plutôt habitué à voir l’AG de l’ONU condamner avec régularité Israël: rien qu’en 2012, sur 26 résolutions s’en prenant à un pays, 22 ciblaient l’Etat juif, soit 85%. Au point qu’en juillet 2013, Ban Ki-Moon, son secrétaire général, a trouvé lui même cela excessif :
« Malheureusement, en raison du conflit israélo-palestinien, Israël est accablé par la critique, il souffre de préjugés, et parfois même de discrimination ». De fait, on ne saurait nier le rôle et l’influence du puissant bloc arabe (34 voix) dans ces condamnations.
De même qu’on ne peut en dédouaner la politique de colonisation du gouvernement israélien. Car c’est à sa volonté de multiplier les « faits accomplis » en Cisjordanie que répond en général, le mécontentement et l’impatience de l’ONU.
Quoi qu’il en soit, c’est donc avec étonnement et plaisir que les amis d’Israël ont accueilli l’adoption début décembre d’une résolution israélienne sur « le développement technologique agricole et la lutte contre la faim dans le monde ».
D’autant que cela ne s’est produit que trois fois depuis la création de l’Etat juif. Et celle-ci ne pouvait être repoussée au vu des incontournables techniques israéliennes dans le domaine agricole. Et surtout de la micro-irrigation, rebaptisée de nos jours « goute à goutte »
Car si le procédé existe depuis l’antiquité, sa version moderne a été inventée par deux Israéliens, Simha et Yeshayahu Blass et leur société Netafim*. Leur méthode a permis de réduire d’au moins 50% la consommation d’eau pour un rendement agricole triplé.
Autres domaines d’expertise israéliens, les usines de dessalement et l’usage des eaux saumâtres dans l’agriculture et l’élevage. Moyennant quoi, la quantité d’eau douce utilisée par l’agriculture israélienne a diminué de moitié depuis 1990, passant d’environ un milliard de m3 l’an à 530 millions.
Inutile de préciser l’intérêt de toutes ces techniques pour les pays du sud, surtout ceux où, comme en Afrique subsaharienne, l’absence de pluie est souvent synonyme de famine. Mais en réalité, c’est tout la planète qui est concernée :
On sait que les ressources d’eau douce suffiront de moins en moins aux besoins de la population mondiale. Tout ce qui permet de l’économiser va donc devenir primordial. Et c’est le rôle majeur d’Israël en ce domaine qu’a reconnu l’ONU en adoptant la résolution.
« Le monde arabe n’a pas besoin de la technologie d’Israël »
Les dirigeants israéliens –et c’est de bonne guerre- récupéré de leur mieux l’événement. La Mission israélienne de l’ONU a évoqué un « miracle de Hanoukka ». Quant à Ron Prosor, ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies, il a fustigé les pays arabes qui se sont abstenus
« Il y a un groupe de nations qui a tenté d’empêcher Israël de parvenir à un consensus sur cette résolution. Ironie du sort, ce groupe des pays arabes est celui-là même qui aurait le plus besoin des technologies agricoles israéliennes ».
Effectivement, le représentant de l’Arabie saoudite à l‘ONU, Abdallah Al-Mouallimi, a expliqué que « le monde arabe n’a pas besoin de la technologie d’Israël. Il a les savants musulmans capables de fournir ce qui est nécessaire au développement de l’agriculture dans tous les domaines »
Et une diplomate israélienne a même cru pouvoir affirmer que « ce vote montrait que les membres des Nations Unies étaient fatigués de la question palestinienne », ce qui est pour le moins optimiste.
Car ni cette dame ni son gouvernement ne semblent voir que ce que l’ONU a soutenu, c’est « l’autre Israël », celui qui est ancré dans la modernité, celui qui va de l’avant, celui qui pourrait faire d’Israël ce qu’en rêvaient ses fondateurs : une Lumière parmi les Nations »
Mais cet Israël là est enseveli sous le voile noir et étouffant d’une idéologie mystico-nationaliste archaïque et sclérosée. Les dirigeants actuels avec leurs rêves de conquêtes bibliques et leurs espoirs messianiques empruntent un chemin exactement inverse.
Les deux sont inconciliables. S’ils réussissent, à s’emparer de la Cisjordanie, si la force l’emporte sur l’intelligence, si, petit à petit, la théocratie remplace la démocratie, il n’y aura plus de place dans l’Etat juif pour la liberté de pensée, l’invention, l’innovation.
Et, plutôt que de rêver d’une ONU « fatiguée» du problème palestinien, les diplomates israéliens seraient bien inspirés de se demander combien de temps peut survivre un Etat isolé du reste de la planète…
*Netafim : cette compagnie d’irrigation fondée en 1959 est le leader mondial de la technologie du goutte à goutte. Ses méthodes et ses instruments sont déjà utilisés dans une centaine de pays et irriguent environ 10 millions d’hectares de par le monde.
Cet article est librement inspiré de : http://www.lemondejuif.info/onu-nouvelle-victoire-diplomatique-pour-israel-et-la-lutte-contre-la-faim/#comment-6846
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