Les Dix commandements constituent le cœur du code moral du judaïsme développé ensuite par les 613 commandements de la Torah. Dans le Livre de l’Exode, Moïse se rend sur le Mont Sinaï où Dieu lui donne les Dix commandements gravés sur des tables de pierre.
Après avoir cassé une première fois ces tables, Moïse en reçoit une nouvelle version. Cet épisode intervient alors dans le Deutéronome.
Pour bien saisir la portée des Dix commandements, il est nécessaire d’interroger les deux termes : « dix » et « commandements ». Du point de vue terminologique, il ne s’agit pas de commandements, mais bien de paroles : Asseret HaDibrot (les Dix paroles). Toutefois quand on les lit, on les perçoit comme de véritables commandements adressés aux Juifs. Pourquoi alors ne les désigne-t-on pas explicitement comme tels ? « Ce sont des concepts si importants qu’ils deviennent des principes intégrés à la vie de chaque Juif », répond le Rabbin David Meyer. Pour ce faire, il est entendu que l’individu a bien réfléchi sur la nature de ces Dix paroles. Ce ne sont donc pas des commandements qu’il faut systématiquement rappeler aux Juifs puisqu’ils les ont pleinement intégrés dans leur vie quotidienne. « Ce sont des commandements qui ont pour vocation de ne pas l’être », résume le Rabbin Meyer. Le cœur du débat se situe dans le basculement de la Mitzvah (commandement) vers le Dibour (parole). Cela nous rappelle que l’homme est libre et responsable de ses actes. Il n’est pas un enfant qu’on doit constamment rappeler à l’ordre.
Pourquoi Dieu a-t-il inscrit dix commandements ? Cette question nous renvoie aux deux premiers commandements dans lesquels Dieu s’adresse directement aux Enfants d’Israël. Il leur rappelle qu’il est l’Eternel leur Dieu qui les a fait sortir du pays d’Egypte, qu’ils n’auront pas d’autres dieux que lui, et qu’il est un Dieu jaloux.
« Il ne peut y avoir de théologie des Dix commandements dans le judaïsme s’il n’y a pas de structure sous-jacente à la responsabilité de l’être humain », insiste le Rabbin Meyer. « L’homme est libre de les transgresser. Même si c’est Dieu qui ordonne, les hommes sont libres et responsables de leurs actes ».
Peut-on contraindre les hommes à être libres ? « Il existe une tentation d’imposer la liberté alors qu’on sait pertinemment qu’elle doit être intégrée par les hommes sans qu’on les y contraigne. Cette question se pose aujourd’hui très concrètement aux hommes et aux femmes des pays arabes où l’avènement de la démocratie et des libertés fondamentales peine à s’installer », explique David Meyer. D’où l’idée des paroles à intégrer et non pas des commandements à exécuter. « Soit on suit une démarche où la liberté et la démocratie s’intègrent progressivement à la culture du pays, soit on suit un processus vertical d’imposition de la démocratie, de la même manière qu’on donne un ordre, un commandement. Dans ce cas, on prend le risque de s’exposer à de mauvaises surprises ».
Il est intéressant de rappeler qu’à chaque fois que les Enfants d’Israël ont eu l’occasion de retourner en Egypte pendant la traversée du désert, ils l’ont fait. Comme si la servitude offrait aux hommes la sécurité et que l’idée d’être libres et responsables les effrayait !