A quelques exceptions près, tous les dirigeants du monde se sont retrouvés à Johannesburg pour les funérailles de Madiba. Parmi les absents, le 1er Ministre israélien. Le voyage était trop coûteux, a-t-il expliqué.
Les 70.000 Juifs d’Afrique du Sud hésitent entre l’incompréhension, la déception et la colère : après avoir annoncé sa présence et celle du Président Pères aux obsèques de Nelson Mandela,ce 10 décembre à Johannesburg. Benjamin Netanyahu a annulé leur venue.
Dans le cas de Shimon Pérès, l’excuse pour ce désistement est crédible : il est rentré fatigué et grippé d’une visite officielle au Mexique. Il a tout de même 90 ans… Par contre, celle du 1er Ministre peine à convaincre : le voyage aurait été trop couteux !
Et ses collaborateurs de décliner les chiffres : 600.000 euros pour la location d’un avion, 650.000 autres pour assurer sa sécurité plus quelques autres bricoles indispensables et voilà une note d’1,4 millions € que le très économe M. Netanyahou n’entend pas gaspiller.
Bien sûr, comme l’opposition et les médias n’ont pas manqué de le signaler, cette noble démarche serait plus crédible n’était le très « bling-bling » train de vie du couple Netanyahou.
Et de citer, le cout pour les contribuables de l’entretien de ses trois résidences, l’officielle et les deux privées : 687 000 euros l’an. Plus quelques fantaisies : un lit double dans l’avion pour se rendre aux obsèques de… Margaret Thatcher (110.000€)
Ou les frais « annexes » imputés à l’Etat, depuis les voyages privés jusqu’au budget « boissons » en passant par l’Internet et les GSM des assistants. Dans ce contexte, le payement de 2000€ l’an de crèmes glacées « spécial 1er Ministre » semble anecdotique..
Bref, ce soudain sens de l’économie chez le dirigeant le plus dépensier qui ait jamais présidé aux destinées de l’Etat laisse incrédule. Bien plus probable semble l’idée qu’il a préféré ne pas se faire siffler par la foule sud africaine, ce qui se serait très probablement produit.
Non à cause des relations poussées qu’Israël a longtemps entretenues avec le régime de l’apartheid. Tous les pays occidentaux, des Etats-Unis à la Belgique en ont fait autant. Et Mandela aidant, l’Afrique du Sud a décidé de passer l’éponge sur ce passé là.
Ce qui l’aurait fait huer, c’est la politique des derniers gouvernements israéliens vis-à-vis des Palestiniens. Car, si les relations entre les deux pays sont correctes, Pretoria condamne l’occupation de la Cisjordanie et vote avec régularité les résolutions anti-israéliennes de l’ONU.
En fait, comme si souvent, le 1er Ministre ne semble pas avoir pesé les avantages et les inconvénients d’une décision. Déjà, être absent à ces funérailles revient à s’exclure volontairement de la communauté des nations qui s’y pressent.
Une occasion idéale pour un « beau geste »
Quand on se plaint d’être isolé sur la scène internationale, est-il vraiment habile de manquer une occasion de communier avec le reste du monde ? Sans parler de l’étrange idée de se faire représenter par le président de la Knesset, Youli Edelstein, un colon installé en Cisjordanie.
Là où la présence de Netanyahu aurait pu être une opportunité de se rapprocher des dirigeants de Pretoria, cette venue a, au contraire, tout d’un camouflet. D’autre part, ce genre de réunion où se côtoient les dirigeants du monde était une occasion idéale pour un « beau geste »
C’est ce qu’a fait B. Obama en serrant la main du Cubain Castro. Cela n’engage à rien mais cela lui a donné l’image d’un président ouvert, chaleureux, compréhensif. Tel aurait aussi pu se présenter le 1er ministre en donnant l’accolade à Mahmoud Abbas, qui était présent, lui.
C’est tout cela qu’a ressenti la communauté juive d’Afrique du Sud, qui a toujours été en majorité sioniste, sans que cela empêche d’ailleurs une partie de ses membres de s’engager aux côtés de l’ANC dans le combat contre l’apartheid*
Une communauté avec laquelle s’entendait fort bien Nelson Mandela et qui s’est pressée en masse dans les synagogues pour rendre hommage au Président défunt. Pour elle, l’absence des dirigeants israéliens a constitué une blessure voire une insulte.
Et le pire pour elle a sans nul doute été l’excuse du voyage trop couteux. Outre son côté minable au vu de l’événement, elle a choqué des Juifs qui ont toujours été exceptionnellement généreux avec Israël.
Les 120.000 Juifs qui vivaient à l’époque dans le pays ont versés des dons hors de proportion avec leur importance. Ainis, de 1948 à 1966, ont-ils offert 40 millions $, presque autant que les Juifs canadiens, trois fois plus nombreux.
De même durant la guerre des Six Jours, où ils ont réuni en quelques jours 27 millions de dollars. Et cela a duré jusqu’aux années 1980 quand Israël a commencé à pouvoir se passer des fonds de la diaspora.
Alors, après tout cela, s’entendre dire qu’Israël n’a pas d’argent à dépenser pour envoyer son 1er Ministre rendre hommage à ce héros mondial que fut Nelson Mandela, c’est davantage qu’une injure : un outrage .
Mais que pèsent les Juifs d’Afrique du Sud aux yeux de l’actuel gouvernement israélien ? Autant que le reste de la diaspora. Autant que ses amis de par le monde. Que les autres Etats. Et que les Etats-Unis, semble-t-il : rien, gournicht, nitchevo.
C’est que B. Netanyahu a ses propres priorités : la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, son propre maintien au pouvoir et, à présent, découvre-t-on, une réduction de ses frais de déplacement. Au nom de l’intérêt supérieur de l’Etat d’Israël, bien sûr.
*Sur le sujet : « Nelson Mandela, les Juifs et Israël, une histoire singulière » (http://www.cclj.be/article/3/5047
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