Chochana Boukhobza, Métal, Denoël, 393 p.
Pourquoi ce nouveau roman de Chochana Boukhobza me touche-t-il tant ? Sans doute parce qu’il y est question d’un bilan fait avec sincérité. Bilan d’une vie, d’une vie d’artiste.
Les vies d’artiste sont des vies ordinaires, comme tout le monde, avec malgré tout quelque chose en plus : une ambition démesurée au départ, un rien mégalomane, toute-puissante, qui s’origine probablement dans quelque obscur désastre inaugural. Ce n’est pas seulement : se marier, avoir des enfants, gagner sa vie, être et rendre heureux. Ou bien c’est tout cela, mais avec une dimension supplémentaire : prouver, par son talent, qu’on appartient aussi à cette sphère extraterritoriale, incommensurable, divine : l’Art. Comme disait Sartre, on est justifié. Et puis, à l’autre bout du parcours, l’artiste peut évaluer le chemin parcouru. C’est à quoi se livre l’héroïne de Métal, Tania Breitman, une sculptrice originaire de la Roumanie de Ceausescu. Elle a une fille qu’elle adore, un ex, quelques amis, une voiture, un atelier dans une ancienne imprimerie à Montreuil dans la banlieue parisienne. Elle est courageuse, volontaire, elle n’hésite pas à s’attaquer à des matériaux titanesques. Mais outre ses soucis d’argent qui font qu’elle est sur le point de céder son atelier, elle doit se rendre à l’amère évidence : quelque chose a cloché dans sa vie, sa vie personnelle et sa vie d’artiste. Ce n’est pas ce qu’elle espérait, ce qu’elle entrevoyait, elle n’est pas devenue celle qu’elle avait ambitionné d’être… Ce roman est touchant parce qu’il est sans concession; l’héroïne se dit les choses sans fard, sans faux-fuyant. Et ça fait mal.
Yannick Haenel, Les Renards pâles, Gallimard, coll. « L’Infini », 175 p.
Ce roman me rajeunit. Il me ramène dans ma jeunesse, dans les années 70 pour être précis, au temps où nous rêvions de tout arrêter, de faire table rase, de faire en sorte que la société reparte du début, mais sur d’autres bases (« le monde va changer de base », chantions-nous…). Je dis « nous », mais c’est abusif. Disons : certains. Certains rêvaient de rompre radicalement avec le monde marchand de la consommation moutonnière. L’utopie, camarades ! Le narrateur de Yannick Haenel, l’auteur du si controversé Jan Karski en 2009 (controversé à tort, à mon avis), a procédé à une telle sécession. Il dort désormais dans sa voiture, car il n’a plus de quoi payer son loyer. Le jour, il arpente les rues du 20e arrondissement de Paris, entre le Père-Lachaise, la place Gambetta et Belleville et ses sans-papiers clandestins et porteurs, si l’on comprend bien, d’une subversion salutaire, annonciateurs d’un monde où nous serons enfin délivrés de tout papier, où la notion même d’identité aura volé en éclats. Il entend à la radio un président de la République vanter les mérites insignes du travail, alors qu’il n’y a plus de travail ! Il relit En attendant Godot de Samuel Beckett. Il songe à Guy Debord et son Internationale situationnisme, pour qui la Révolution était le synonyme de la vie… La Révolution, au fait, est-elle à l’ordre du jour ? C’est bien cela la question. Quand les soixante-huitards parlaient de la Révolution (et la faisaient éventuellement), c’était dans un monde où le chômage n’existait pas. On pouvait refuser le travail; ce n’était pas le travail, par son absence, qui nous refusait, faisant de l’homme un déchet. Sommes-nous bien encore avec Haenel dans ce temps qui semble lointain où le gauchisme s’opposait à tous les variantes de l’ordre, y compris communiste ? Les « renards pâles », le titre de ce roman sombre, renvoient à un aspect de la mythologie dogon au Mali, et désignent ce qui du monde fermé peut s’échapper, s’envoler, acquérir de la souveraineté, s’insurger. Echapper à la société semble bien le rêve ultime de notre héros. Jadis, déjà, existaient deux lignes : échapper à la société en réalisant l’utopie ici et maintenant (genre élever des chèvres dans le Midi) ou bien changer la société, voire la détruire, selon toutes les variantes du marxisme. De Marx, justement, l’auteur réécrit la formule. Au lieu de « Un spectre hante l’Europe : c’est le communisme », nous trouvons « Un spectre hante la France : c’est l’Afrique ». Tant il est vrai que dans ce livre, la France (et l’Occident avec elle) apparaît comme essentiellement criminelle, et l’Afrique parée de tous les prestiges, de tous les espoirs de rédemption. Nous voici dans un tiers-mondisme bien connu où l’Occident a tous les torts et les pays anciennement par lui colonisés toutes les vertus. L’Afrique, par définition, ignorerait les massacres, la corruption généralisée, le Mal. L’Afrique va nous délivrer de l’aliénation. Cours, camarade ! • H.R.
Marvano, La Brigade juive, Tome 1er Vigilante, éd. Dargaux
Dans ce premier tome de La Brigade juive, Marvano nous entraîne dans les rangs d’une des unités les moins connues de l’armée britannique. Il faut attendre septembre 1944 pour que Winston Churchill donne son accord à la fondation d’une Brigade juive comabattant aux côtés de l’armée anglaise. Elle prend part à la campagne d’Italie et est composée de soldats juifs venus de tous les pays. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Brigade juive se met à la recherche des nazis qui voulaient fuir et en éliminera un certain nombre.
Leslie et Ari, deux soldats de la Brigade juive, sillonnent en Jeep les routes de la Pologne. En juillet 1945, ce sont les Soviétiques qui occupent le pays. Leslie et Ari sont à la recherche de criminels de guerre nazis et les éliminent quand ils les trouvent. Leur nouvelle proie est un SS, chef d’un camp de concentration, qui se cache déguisé en prêtre dans un orphelinat. Pendant l’opération, une jeune fille juive, Safaya, d’origine allemande, rescapée, leur demande de la prendre avec eux pour rejoindre la Palestine. Tout le long du dangereux retour vers leur base, Leslie et Ari racontent à Safaya comment ils se sont retrouvés dans la Brigade. Devant leurs yeux, des survivants des camps vont être abattus par des Polonais qui ne voulaient pas leur rendre leurs terres.
Premier volet d’une trilogie où se pose la question de la création d’une unité spécifiquement juive au sein des armées alliées. Vigilante mêle Histoire et aventure sur fond de Shoah et de naissance de l’Etat d’Israël. • N.Z.
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