Israël connait sa tempête du siècle

Surpris par des chutes de neige plus importantes qu’annoncées, des milliers de conducteurs israéliens ont passé la nuit dans leur voiture pendant que d’autres étaient secourus par l’armée. Jérusalem est paralysée et de nombreuses routes sont inutilisables.

« C’est vrai que l’on souffre. On fait ce qu’on peut, mais nous n’imaginions pas en arriver là ».  Légèrement penaud, le maire de Jérusalem Nir Barkat reconnaît volontiers que ses services sont totalement dépassés par l’ampleur des chutes de neige et de la vague de froid qui s’est abattue sur sa ville, sur le nord d’Israël et sur l’ensemble du Proche-Orient. « Nous ne sommes pas vraiment équipés pour affronter ce genre d’évènement climatique qui s’apparente beaucoup plus à celui que connaissent certains pays européens que notre région », poursuit-il. « J’espère qu’il s’agit d’une anomalie ».

En effet, en deux jours, de 30 à 60 centimètres de poudreuse de qualité se sont abattus sur les rues de la capitale israélienne, obligeant la municipalité à fermer les écoles et la plupart des services publics. Dans certains quartiers de la ville où l’électricité est coupée, les congères peuvent atteindre un mètre de hauteur. Les magasins sont fermés et les rares épiceries ouvertes manquent de produits frais, car l’approvisionnement se fait vaille que vaille.

De toute façon, les clients sont rares, car les Hiérosolymitains sont cloîtrés chez eux en attendant que ça passe. « Sans doute dans le courant du week-end, mais ce sera progressif », affirment les prévisionnistes de l’Institut météorologique national.

Jeudi soir, bloqués dans des embouteillages inextricables, des conducteurs, des chauffeurs d’autobus et des chauffeurs livreurs ont été contraints d’abandonner leur véhicule au milieu de la rue pour rentrer chez eux à pied. Dans un froid polaire. Les élèves de l’Alliance, une école de Tel-Aviv, qui avaient eu le malheur de choisir la date du 12 décembre pour effectuer leur excursion annuelle de Hanoucca à Jérusalem ont gelé dans leurs six autocars durant près de dix heures avant de pouvoir rejoindre un centre de secours improvisé situé à quatre kilomètres de là où ils se trouvaient.

Soupe populaire au Congrès

Malgré les instructions de la police, des milliers d’automobilistes qui avaient décidé de rejoindre Jérusalem en venant de Tel-Aviv ont dû abandonner, eux aussi, leur véhicule au milieu de la route. Sauf qu’ils se trouvaient au beau milieu de nulle part. Si certains ont trouvé refuge chez l’habitant après une marche nocturne de plusieurs heures dans les bois, près de 2.000 -y compris des femmes enceintes et des enfants en bas âge- ont dû être secourus par l’armée. Ils ont été regroupés dans des bases, dans des hôtels et des centres culturels, voire dans le palais des Congrès de Jérusalem (Binyaneï Hahouma) transformé en dortoir occasionnel où des associations caritatives improvisaient une soupe populaire.

A Tel-Aviv, les perturbations sont graves, mais elles ne sortent pas de la norme. Elles se caractérisent par des pluies abondantes et glacées perturbant le trafic et l’approvisionnement électrique. En revanche, plus au sud, dans le désert du Néguev où certaines routes sont interdites à la circulation, plusieurs villages bédouins ont été inondés. Des conducteurs se sont retrouvés bloqués au milieu de zones inondées par des wadi (rivières) débordant soudainement. Ils ont dû leur vie sauve aux soldats de Tsahal venus les récupérer en hélicoptères.

Cette « tempête du siècle » est originaire de Russie. Elle est la plus sévère qu’ait connue Israël depuis soixante ans, mais elle frappe également les pays voisins où des centaines de milliers de victimes de la guerre civile syrienne, parquées dans des camps de tentes en Jordanie, manquent cruellement de vêtements chauds et produits de première nécessité.

Dans la bande de Gaza, les inondations provoquées par les averses ininterrompues corsent une situation rendue difficile par l’arrêt de la centrale électrique locale ainsi que par le débordement de nombreux égouts qui transforment certaines avenues en cloaques malodorants.

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