Depuis plus de dix ans en Fédération Wallonie-Bruxelles, le programme d’éducation à la citoyenneté « La haine, je dis NON ! » du CCLJ sensibilise les étudiants à l’histoire de la Shoah. Un nouvel outil voit à présent le jour avec le film Paul et Sophie, témoigner entre ombre et lumière qui sera diffusé le 15 janvier 2014 à 20h30. Rencontre avec Ina Van Looy, chef de projet « La haine, je dis NON ! » et Philippe Mesnard, directeur de la Fondation Auschwitz.
Quelle est la genèse de ce film ?
Ina Van Looy : Aujourd’hui, les derniers témoins de la Shoah disparaissent. Face à cette réalité de la vie, nous devons urgemment repenser les témoignages de la Shoah. Ce film se veut donc une réponse à cette question : comment poursuivre la transmission de l’histoire de la Shoah sans ses témoins ? Nous nous sommes concentrés sur deux témoignages représentatifs de l’histoire de la discrimination des Juifs en Belgique occupée : Sophie Rechtman, 8 ans en 1942, a échappé à la déportation grâce au courage de « gens ordinaires » qui l’ont cachée pendant plus de deux ans à Bruxelles. Paul Sobol, ketje bruxellois, déporté à 18 ans, est l’un des rares survivants du centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. Sophie se raconte, puis Paul. Tous deux découpent leur récit autour de l’événement central de leur vie : la Shoah. Enfin, ils évoquent la femme et l’homme qu’ils sont aujourd’hui.
Philippe Mesnard : Une des principales missions de la Fondation Auschwitz est la récolte et la préservation des témoignages des survivants de la Shoah et des documents laissés par ceux qui ne sont pas revenus. Ce fonds, nous nous employons à le rendre accessible aux chercheurs, mais aussi au tout public sensible aux questions mémorielles liées, en particulier, à la destruction du judaïsme européen par les nazis et leur collaborateur et, en général, à la Seconde Guerre mondiale. Parmi ce public, nous portons une attention soutenue aux scolaires qui détiennent en eux la force potentielle de transmission de cette mémoire, et de vigilance contre toutes les formes de ségrégation antisémites, racistes et sexistes.
En quoi ce film est-il différent des documents existants ?
Ph. Mesnard : Ce film se singularise de l’ensemble des productions testimoniales en ce que, réunissant deux destins différents, il accorde une grande place à la jeunesse de l’expérience et, notamment, à une enfant cachée. Ceci n’est pas courant. Il s’inscrit ainsi dans une tendance récente, celle de créer de nouvelles archives, d’une part, en enregistrant ceux qui ont vécu la Shoah à leur plus jeune âge reconnaissant par là même à la parole sur leur expérience une valeur de transmission et, d’autre part, en adoptant un format court et dense à la fois -un véritable travail de professionnel du tournage- pour qu’il soit plus facilement accessible dans un cadre pédagogique.
Comment ce nouvel outil pédagogique pourra-t-il être exploité ?
I. Van Looy : Afin de répondre aux besoins pédagogiques de l’enseignement de l’histoire de la Shoah, chaque témoignage peut être vu indépendamment de l’autre, mais également l’un à la suite de l’autre. Le témoignage de Sophie Rechtman, enfant cachée, peut être exploité avec les étudiants de l’enseignement secondaire inférieur, alors que le témoignage de Paul Sobol s’adresse au public de l’enseignement secondaire supérieur. Chaque témoignage se découpe en trois chapitres : avant, pendant et après la Shoah. Des repères qui permettent d’interrompre la projection afin de laisser les étudiants exprimer leur ressenti, les encourager à exposer leur connaissance du contexte historique, répondre à leurs interrogations, les accompagner dans ce récit de vie qui vient éclairer leur connaissance historique de la Shoah, proposer une étude comparative. L’idée étant d’accompagner humainement cette projection pour que l’enseignement de l’histoire de la Shoah vu par ses témoins se poursuive dans l’interactivité, l’interrogation, la réflexion… et parfois, le silence.
Un documentaire original réalisé par Valentine Roels. Une coproduction CCLJ, Fondation Auschwitz, Les Films de la Mémoire, Création et Mémoire et Gsara. Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Fondation du Judaïsme.
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