Et si le peuple juif avait choisi la Crimée, le Birobidjan ou l’Argentine pour s’y constituer en nation ? C’est dans ces trois contrées que furent imaginées des alternatives territoriales au projet sioniste. David Muhlmann les examinera le jeudi 16 janvier 2014 au CCLJ à 20h30.
Imaginez un riche philanthrope juif allemand, le baron Maurice de Hirsch, souhaitant faire du peuple juif tout entier son héritier suite au décès de son fils unique Lucien. Cela donne un projet inédit de création de colonies agricoles juives en Argentine dans les provinces de La Pampa et d’Entre Rios. A la fin du 19e siècle, l’Argentine a besoin de ces territoires pour garantir son développement économique. Pour ce faire, le baron de Hirsch fonde en 1891 la Jewish Colonization Association (JCA). Sur 100.000 hectares de terres appartenant, quelques milliers de familles juives s’établissent.
Il n’y a pas que les sionistes qui cherchent à régénérer le peuple juif par le travail agricole. Si l’expérience argentine se soldera finalement par un échec dans la mesure où l’immense majorité de ces familles juive s’installeront dans les grandes villes argentines, cette expérience fournira un apport démographique non négligeable à la communauté juive argentine, une des plus importantes de diaspora aujourd’hui.
L’URRS a aussi cherché à concurrencer le sionisme en imaginant deux projets d’installation territoriale de la minorité nationale juive. Le plus connu est évidemment le Birobidjan, ce territoire infesté de moustiques à l’extrême orient du territoire soviétique (au Nord de la Chine) et situé sur les bords du fleuve Amour. Décrétée région autonome juive en 1928, elle sera créée en 1934 par Staline. Le yiddish en est sa langue officielle.
Cette expérience brutale, non démocratique et insensée en raison de l’absence totale d’ancrage des Juifs russes à cette région hostile se solde aussi par un échec. Et lors de la campagne antisémite lancée par Staline en 1952, d’aucuns avaient acquis la certitude que le Birobidjan aurait pu devenir la destination finale d’une déportation des Juifs. Le décès de Staline en 1953 met heureusement un terme à cette vague d’antisémitisme et aux desseins les plus obscurs que le Petit père des peuples imaginait pour les Juifs.
Il y a une troisième tentative beaucoup moins connue : la Crimée. C’est dans cette péninsule située au Sud de l’Ukraine que le Parti communiste d’URSS a aussi envisagé un projet de sédentarisation des Juifs en y créant dès les années 1920 des colonies agricoles. En 1924, un comité étatique est mis en place pour mettre en œuvre le projet : le Comité pour l’établissement des travailleurs dans l’agriculture (KOMZET). En dépit de ses succès économiques, technologiques et culturels, la politique isolationniste de Staline entraîne la liquidation de cette expérience dans les années 1930.
La redécouverte de ces expériences méconnues ou peu connues est aussi l’occasion pour David Muhlmann de nous livrer une réflexion originale sur l’identité juive, l’exil et la nation dans le livre* qu’il leur consacre.
* David Muhlmann, Territoires de l’exil juif. Crimée, Birobidjan, Argentine, éd. Desclée de Brouwer.
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