L’actuel 1er Ministre est-il un assez bon Juif pour diriger l’Etat d’Israël ? Dans sa majorité comme dans l’opposition, certains en doutent.
L’antisémitisme est public, flagrant, indéniable. Et le scandale menace de tourner à la crise politique en Norvège. Non sans raisons : voici peu, la presse a révélé qu’un des fils de la 1ère Ministre, Erna Solberg entretenait une liaison avec une jeune Israélienne !
La nouvelle a choqué dans un pays dont les habitants sont à 77% membres de « l’Eglise luthérienne évangélique de Norvège ». Plusieurs dignitaires de cette Eglise ont fait part de leur désapprobation tout comme des membres de la coalition conservatrice au pouvoir.
Tous sur le même thème : « il y a assez de jolies Norvégiennes pour que le fils de la 1ère Ministre se sorte pas avec une Juive ». Devant un antijudaïsme aussi patent, les principales associations juives européennes mais aussi américaines fourbissent leurs protestations.
Et la conversation discrète qu’Erna Solberg a eue avec B. Netanyahou lors du récent Forum de Davos n’a pas non plus, apaisé l’ire des Israéliens scandalisés par un chauvinisme religieux affiché avec autant de brutalité.
Hum… Oui. C’est embarrassant mais il semblerait qu’on se soit quelque peu emmêlé les pinceaux. En réalité, c’est un des fils de B. Netanyahou qui sortirait avec une Norvégienne non-Juive, ce qui suscité l’ire de certains religieux juifs
La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas d’antisémitisme là dedans. La mauvaise, c’est que de mauvais esprits pourraient trouver raciste ce refus de laisser un jeune Juif fréquenter une non-Juive. Pas du tout, répliquerait le rabbin Nissim Zeev. C’est une question de valeurs »
Et d’ailleurs, au père qu’il en fait reproche : « En tant que Premier ministre d’Israël et du peuple juif, il aurait dû faire preuve de responsabilité nationale en défendant ces valeurs à l’intérieur de sa propre maison ».
Le problème, selon le rabbin, relève plutôt de l’agriculture : « Tout Juif qui veut maintenir ses racines veut voir son fils épouser une jeune fille juive. Et on trouve assez de belles filles chez nous pour ne pas semer dans les champs d’autrui ».
L’association Lehava, qui lutte contre l’assimilation, interpelle elle B. Netanyahou avec plus de virulence : « Votre père Benzion, qui était juif et sioniste doit se retourner dans sa tombe. Les actes de votre fils sont graves à la fois pour votre famille et au niveau national ». Et toc.
Une partie des médias israéliens sont aussi entrés dans la danse. Les uns pour minimiser le crime : la jeune fille vient d’une famille pro-israélienne. Sa sœur aînée s’est convertie au judaïsme. Par contre, d’autres ont fielleusement rappelé que « bon chien chasse de race » :
L’obsession raciste des partis ultra-orthodoxes
L’actuel 1er Ministre n’a-t-il pas épousé en deuxièmes noces une « shiksè* » anglaise ? Riposte des partisans de « Bibi » : d’abord, elle s’est convertie au judaïsme. Ensuite, le mariage a peu duré (de 1981 à 1984). Et d’ailleurs, il semblerait que son père était juif…
Certains enfin, ont évoqué le précédent du propre fils de David Ben Gourion, le fondateur de l’Etat, Amos, qui a aussi épousé une non-Juive ! Laquelle s’est convertie pour lui. Et leur propre fils, Alon Ben Gourion a fait de même, sauf que celle là n’a pas rejoint le judaïsme.
Bref, un débat animé mais parfaitement creux et qui n’a que l’intérêt de confirmer quelques dérives : la 1ère , qui est dans l’air du temps, c’est que la « peopilisation » des personnalités politiques s’accélère en Israël.
La seconde, plus grave, c’est l’obsession raciste des partis ultra-orthodoxes. Car le rabbin Nissim Zeev, qui n’est pas loin de réclamer la démission de Netanyahou, trop mauvais Juif pour gouverner le pays, est membre du parti Shass.
Un parti ultra-orthodoxe sépharade dont le leader spirituel était un homme qui durant les dernières années de sa vie n’a cesse de vomir sa haine de tout ce qui n’était pas masculin, sépharade et ultra-orthodoxe.
Toutes les femmes, tous les non-Juifs –et spécialement les Arabes- les Juifs laïcs, les Juifs noirs, les Juifs orthodoxes, les Juifs ultra orthodoxes mais ashkénazes, ont tous été tour à tour insultés, maudits, condamnés à mort.
C’est dans cette lignée que s’inscrit ce Zeev, qui hait aussi les homosexuels (comparés à des toxicomanes à désintoxiquer de gré ou de force). L’association religieuse Léhava est tout aussi d’extrême droite et xénophobe.
Fascinés, eux aussi, par les people, les membres de ce groupuscule se sont déjà ridiculisé en exhortant Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook, à ne pas épouser sa compagne dont le nom, Priscilla Chan, disait tout le mal qu’un Juif devait en penser.
Les mêmes ont incité le mannequin israélien Bar Rafaeli à quitter l’acteur américain Leonardo Di Caprio avec toujours le même excellent argument qu’il ne manque pas de beaux hommes, juifs (ET religieux), en Israël
A part ces quelques obsédés de la pureté du sang, la majorité des Israéliens n’est absolument pas intéressée de savoir avec qui les fils Netanyahou sortent ou rentrent, d’autant qu’ils ne jouent aucun rôle politique.
En tiendraient-ils un que les gens seraient bien plus intéressés de connaître leurs opinions économiques et politiques que de découvrir leurs compagnons de lit. Ni le 1er Ministre ni ses porte-paroles n’ont cru devoir commenter ces pseudo-révélations.
Et, une fois n’est pas coutume, on est tout à fait d’accord avec eux.
* « Shiksè » : désigne en yiddish le cauchemar de toute mère juive : une non-Juive, ce qui est déjà grave, mais qui, en plus, en veut à son propre fils.
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