Comment Itamar Tubul décide ‘qui est juif ‘ en Israël

Contre vents et marées, la minorité ultra-orthodoxe du Grand Rabbinat continue à imposer sa vision obscurantiste du judaïsme aux Israéliens. Avec l’appui de l’actuel 1er Ministre

Déçu mais pas étonné : dans un article précédent*, on se félicitait du silence empli de dignité de B. Netanyahu face aux critiques de quelques ultra-orthodoxes envers son fils « coupable » de fréquenter une Norvégienne non-juive.

Las, chassez le naturel….  le 1er Ministre cherchait seulement le meilleur moyen de ne pas se fâcher avec d’éventuels alliés. Il a donc fini par rassurer Eli Yishai, le chef du parti Shass (ultra-orthodoxe sépharade) : non, son fils n’avait pas de liaison avec la dite jeune femme.  

On n’est pas obligé de le croire et on n’est pas non plus là pour juger de la manière dont B. Netanyahou traite ses enfants. Par contre, on peut estimer qu’en tant que 1er Ministre, il a adopté une attitude qu’il jugerait à coup sûr raciste chez un autre gouvernement.

Et, en Israël même, il a confirmé à l’intolérante minorité des ultra-orthodoxes leur droit de fourrer leur nez dans la vie et les draps des citoyens israéliens.  A sa décharge, il ne fait là que suivre une règle instaurée par David Ben Gourion en personne.

C’est en effet le fondateur de l’Etat, alors 1er Ministre qui, en 1953, donna au Grand Rabbinat –pour des raisons de basse politique, lui aussi) le droit exorbitant de contrôler le « statut personnel » des Israéliens.

Il en fit un service public, administré par des fonctionnaires salariés par l’Etat et qui décide seul « qui est juif » et donc qui est converti, peut se marier (ou divorcer), avoir des enfants juifs, etc. sur la terre d’Israël.

Le tout selon les critères de plus en plus restrictifs d’une minorité crispée sur sa lecture littérale de la Loi juive. On vient encore d’en avoir un exemple avec une nouvelle polémique (elles sont innombrables) entre le Grand Rabbinat et le judaïsme américain.

Celle-ci a au moins eu le mérite de mettre en évidence la façon de travailler de l’homme qui en définitive, accorde ou non la dignité de Juif à qui la réclame : Itamar Tubul, un rabbin de 35 ans, chef du département « du statut personnel » au Grand Rabbinat.  

Imaginons que vous soyez un nouvel immigrant en Israël. Selon la « Loi du retour », en tant que juif, vous obtenez automatiquement la nationalité israélienne. Vous pouvez donc voter, être appelle à l’armée, etc. Tout cela va bien jusqu’à ce que vous décidiez de vous marier.

Là, vous tombez dans les griffes du Grand Rabbinat, qui se fiche de votre nationalité israélienne comme de sa 1ère kippa. Vous dites être d’ascendance juive ? Prouvez-le ! Si vous n’en avez pas de preuve concrète,  il vous faut l’attestation du rabbin de là ou vous venez.

« Il y a un problème avec sa vision du monde »

Quoique. Encore faut il que le dit rabbin ait l’heur de plaire aux bigots du Grand Rabbinat, I.  Tubul en tête. Déjà, s’il appartient aux courants non orthodoxes,  « libéraux », « massorti », « conservative » etc., son papier est dénué de toute valeur.   

Ce qui fait grincer des dents aux Etats-Unis où ces mouvements sont majoritaires. La situation ne va d’ailleurs pas s’arranger : les ultra-orthodoxes viennent d’étendre ce rejet à des rabbins de leur propre mouvance !

Ils ne considèrent plus les « moderns  orthodoxes » américains comme tout à fait cachère.  Pourtant, ces derniers respectent les lois juives de la même manière et avec autant de scrupules qu’eux.

Mais ces « orthodoxes modernes» ne considèrent pas le reste du monde comme hostile. Ils fréquentent sans problèmes les non-Juifs ou les Juifs d’autres courants. Ils s’intéressent aux savoirs non-religieux ou aux sciences.  Pire, ils, à l’inverse des « haredim » ils sont sionistes !

Moyennant quoi, voici quelques mois,  lorsqu’un couple présenta à  I. Tubul une « attestation de judaïsme » signée par le rabbin « orthodoxe moderne », Avi Weiss, il fut débouté.  Le crime de Weiss ? « Il y a un problème avec sa vision du monde »

C’est ce qu’ont écrit à Tubul deux rabbins, membres comme lui du « Conseil rabbinique d’Amérique » (RCA), la plus importante organisation orthodoxe moderne des Etats-Unis. Sa faute ? Les femmes. Non que Weiss leur coure après. Il a fait bien pire.

Il a fondé une yeshiva orthodoxe où elles peuvent étudier et sortir « rabbines » ! Comment un tel homme pourrait-il des attestations de judaïsme ? C’est ainsi que M. Tubul prend ses décisions au nom du Grand Rabbinat.

Par ses contacts personnels. Aux Etats-Unis, par exemple, les juges de quelques tribunaux rabbiniques. Ou leurs relations à eux, s’ils ne connaissent pas le rabbin en question. En définitive, c’est parfois l’avis d’amis d’amis qui décide du judaïsme d’une personne…

Le rabbin Seth Farber, fondateur d’une organisation israélienne venant en aide aux gens pris dans les méandres de la bureaucratie du Grand Rabbinat  ne dit pas autre chose : « Tout ce système est arbitraire. Ce n’est pas une  façon de diriger un  organisme d’Etat ni de prendre des décisions »

C’est pourtant à eux que B. Netanyahu vient d’apporter son appui par sa déclaration. Car il pourrait avoir besoin des voix des partis ultra-orthodoxes pour former une nouvelle coalition si l’actuelle venait à exploser sur le dossier palestinien.

On voit par là que, comme toujours, face à sa survie politique, rien n’a d’importance pour l’actuel 1er Ministre. Ni les intérêts de son fils, ni ceux des Juifs américains ni ceux des Israéliens eux-mêmes.

 *« Netanyahou, démission ! »  http://www.cclj.be/article/3/5190

http://www.jta.org/2014/01/06/news-opinion/israel-middle-east/meet-the-israeli-bureacrat-who-decides-who-can-marry-in-the-jewish-state

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