Tout le monde les condamne mais personne n’agit vraiment contre eux : en Cisjordanie, les « jeunes des collines », partisans du « prix à payer » peuvent se livrer à des ratonnades en toute impunité. Ou presque.
Cela s’est passé voici un mois à peine dans les territoires occupés/disputés/administrés/libérés (rayer les mentions inutiles) de Cisjordanie : le 7 janvier, une douzaine de colons israéliens ont pénétré dans le village palestinien de Qusra au sud de Naplouse.
Ils étaient furieux parce que deux jours auparavant, l’armée israélienne était entrée dans la colonie sauvage dite « Esh Kodesh » afin d’y arracher des oliviers plantés sur des terres palestiniennes privées.
Ces colons avaient donc décidé d’appliquer la loi du talion, rebaptisée par eux « prix à payer » en allant arracher des oliviers dans le village palestinien voisin. Pas de chance, les habitants de Qusra leur sont tombés dessus et leur ont donné une bonne raclée.
Cela aurait même pu finir en bain de sang si quelques Palestiniens ne les avaient pas protégés de la foule jusqu’à ce que des hommes de Tsahal viennent les récupérer. Si, cette fois, ces « jeunes des collines » comme on les surnomme, ont eu ce qu’ils méritaient, c’est rarement le cas.
Selon le « Bureau de coordination des affaires humanitaires » (OCHA) de l’ONU, les agressions de colons israéliens contre les Palestiniens ont augmentée de quasi 400%. Une violence qui semble sans limites et rappelle les « ratonnades » des colons français en Algérie.
Elle va de « tags » injurieux à des passages à tabac en passant par la destruction d’arbres fruitiers, l’incendie de maisons ou la mise à sac de mosquées. Et les brutes du « prix à payer » ne s’attaquent pas qu’aux musulmans : ils s’en prennent aussi aux lieux de cultes chrétiens.
Tout comme à l’armée israélienne elle-même, accusée de trahison et de lâcheté devant les Arabes. Pour l’instant, ils se contentent de menacer de mort les Israéliens membres d’organisations pacifistes ou des droits de l’homme. Mais on sent bien que cela les démange…
Leurs rares partisans –parmi lesquels nombre des très énervés médias juifs francophones – tentent de les défendre en arguant de la barbarie des Palestiniens. Laquelle est indéniable et n’épargne ni les civils ni les femmes ni les enfants.
Et personne n’a oublié l’assassinat, le 11 mars 2011, de la famille Fogel dans la colonie d’Itamar durant lequel les parents, deux enfants de 4 et 11 ans ainsi qu’un bébé de 3 mois furent poignardés à mort.
Organisation « terroriste » ou « illégale » ?
Mais quoi, c’est l’ennemi, lequel est par définition, lâche et cruel. Nous, qui sommes les bons, devons-nous nous comporter comme lui pour prouver la justesse de notre cause ? Tel est l’argument qu’utilisent les Israéliens qui condamnent le soi disant « prix à payer ».
A savoir, à peu près tout le monde, y compris, le Yesha, le lobby des colons dont un des dirigeants a déclaré être « fatigué des voyous masqués qui attaquent les soldats juifs, des policiers et des Arabes innocents ; fatigués des casse-cou qui font des actes illicites».
Y compris aussi le gouvernement israélien lui-même, qui s’indigne avec régularité de ces attaques. Et avec quelle violence verbale ! Le ministre de la Défense, Moshe Yaalon, a déclaré à plusieurs reprises en 2013 qu’il s’agissait de « terrorisme pur et simple ».
« Nous agirons contre les auteurs, fermement et avec une tolérance zéro » a-t-il précisé en ajoutant : « C’est une tache sur Israël qui sape l’entreprise de colonisation»….Et le 1er Ministre Netanyahou, donc :
« Ce qui se passe va à l’encontre des commandements du judaïsme et des valeurs de notre peuple et de notre Etat. » (18 juin 2013). Sauf que, le jour précédant ces mâles paroles, deux ministres avaient soutenu une demande du Shin Bet (Service de sécurité intérieure) :
Dans une rare unanimité, la centriste Tzipi Livni (Justice) et le très droitier Ministre de la Sécurité intérieure Itzhak Aharonovich, (Israël Beteinu) avec réclamé que l’on classe «Le prix à payer » comme « organisation terroriste ».
Mais, dans sa sagesse, le même B. Netanyahu avait préféré la qualification « organisation illégale », une façon de ne pas la mettre dans les priorités du Shin Beth comme le sont, par exemple, les terroristes palestiniens…
C’est que, « tolérance zéro » ou pas, les membres de « Prix à payer » jouissent d’une indulgence que les naïfs jugeront incompréhensible : prenons Qusra, le village palestinien dont on parlait au début.
Entre 2011 et 2013, ses habitants ont déposé auprès de la police israélienne 21 plaintes contre les colons. Pas une seule n’a abouti. En fait, selon l’organisation israélienne Yesh Din*, 97% des plaintes des Palestiniens sont classées sans suite….
La situation va-t-elle changer à présent qu’on a affaire à une « organisation illégale » ? En tous cas, voici 2 jours, le Shin Bet a inculpé 3 membres de la colonie sauvage de Havad Gilad, (nord de la Cisjordanie), pour destruction de véhicules dans le village palestinien de Farata.
Reste encore à voir si le tribunal les condamnera et si oui, à une peine assez dissuasive pour calmer les autres…
*Yesh Din : organisation de défense des droits de l’homme.
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