Des investisseurs institutionnels européens désinvestissent en Israël

Suite aux décisions prises récemment par des grands investisseurs institutionnels européens de retirer leurs investissements de sociétés israéliennes, deux professionnels de la finance attachés à Israël ont adressé un courrier aux ambassadeurs d’Israël en France et en Grande-Bretagne pour que les autorités israéliennes prennent ces mesures au sérieux et ne les confondent pas avec le mouvement BDS.

Philippe Zaouati est un spécialiste français en investissement responsable (directeur général de Natixis asset management et responsable du pôle Mirova d’investissement responsable). Karina Litvack (membre du comité de direction du Revenu Watch Institute) a travaillé au sein de F&C (société britannique d’investissement) où elle dirigeait l’équipe de recherche en investissement responsable. C’est ce qui l’avait amenée à travailler sur le dossier du tramway à Jérusalem afin de conseiller les entreprises en charge du projet sur les questions politiquement sensibles, comme celles liées aux frontières par exemple.

Quand Karina Litvack et Philippe Zaouati ont entendu les annonces de désinvestissement en Israël du fonds de pension néerlandais PGGM et du Fonds souverain norvégien, ils ont observé les réactions irrationnelles qu’elles ont suscitées en Israël et dans le monde juif. A la fois en tant que professionnels spécialistes de l’investissement socialement responsable et Juifs concernés par l’avenir d’Israël, ils ont alors décidé d’agir en adoptant une démarche pédagogique pour expliquer aux autorités israéliennes que les décisions prises par ces investisseurs n’ont pas été prises de manière soudaine et irréfléchie. Elles sont le fruit d’un long processus de plusieurs années de dialogue et de concertation avec les Israéliens. Telle est la portée de la lettre qu’ils ont adressée aux ambassadeurs d’Israël en France et en Grande-Bretagne.

« Le monde des affaires évolue aussi sur ces questions sensibles », précise Philippe Zaouati. « Bien que ces décisions ne puissent être confondues avec des mouvements aussi politisés que BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) ou d’autres initiatives de boycott d’Israël, elles peuvent aboutir à des conséquences analogues, même si elles ne s’inscrivent pas du tout dans la même démarche ».

Ces investisseurs sont des gens raisonnables avec lesquels on peut dialoguer pour aborder les critères précis sur lesquels ils se fondent. Ils ne prennent en compte que des intérêts économiques et commerciaux. Ils n’ont pas de position politique sur le conflit israélo-palestinien. « En revanche, il faut bien comprendre que des décisions identiques à celles prises par PGGM ou le Fonds souverain norvégien ne se modifieront pas sans changement majeur de la situation actuelle par rapport à l’occupation de la Cisjordanie », insiste Philippe Zaouati. « Dès lors qu’ils estiment que la situation est problématique au regard de leurs critères d’investissement, ils n’investissent plus dans des sociétés israéliennes. Si des grands investisseurs adoptent cette ligne de conduite, il y a de fortes chances qu’il y ait un effet boule de neige et que d’autres fonds d’investissement en fassent autant. Les petits investisseurs ont tendance à reproduire ce que font les grands investisseurs institutionnels. On peut donc considérer qu’un tabou a sauté dans le monde des affaires ».

La question est de savoir si d’autres fonds d’investissement ont déjà pris des dispositions identiques. « Aujourd’hui, ce sont les deux seuls cas connus et rendus publiques », estime Philippe Zaouati. « Mais il se peut que d’autres structures financières aient adopté la même attitude sans pour autant la communiquer vers l’extérieur ».

On est face à une tendance qui ne peut laisser les autorités israéliennes indifférentes. Ces décisions de désinvestissement ne visent pas qu’Israël, elles interviennent également dans d’autres cas. « Il y a une dizaine d’années, le Fonds souverain norvégien avait provoqué un véritable incident diplomatique avec les Etats-Unis en se désinvestissant du géant de la distribution Walmart au prétexte que la direction de cette entreprise avait des comportements scandaleux avec son personnel âgé », se souvient Philippe Zaouati. L’effet de contagion est donc beaucoup plus simple à provoquer car, contrairement à BDS, ces investisseurs ne se placent pas dans une logique de boycott, ils ne font que se conformer à leurs critères d’investissement.

Une question que les autorités doivent donc prendre au sérieux sans verser dans la rhétorique hystérique « le monde entier est contre nous ». Pour ce faire, elles seraient bien inspirées de tenir compte des précieux conseils que veulent bien leur prodiguer des Juifs de diaspora actifs dans le monde de la finance.

Retrouver ici la lettre qu’ils ont adressée aux ambassadeurs d’Israël à Paris et à Londres dans sa version PDF. 

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