‘E’ comme Elie (le prophète)

Le prophète Elie apparaît dans le Premier livre des Rois. Il vécut sous le règne d’Achab. Il se distingue par la lutte qu’il mène contre le culte idolâtre des Baal dont la tentation auprès des israélites est forte.

Elie l’emporte sur les prêtres de Baal lorsqu’il les convoque sur le Mont Carmel pour qu’ils accomplissent un miracle divin. Seul Elie pourra le faire.
Cet épisode est suivi par son errance dans le désert de Judée, où il sera emporté par un énorme tourbillon de feu. Une voix lui dit que Dieu n’est pas dans le tourbillon de feu, mais qu’il est en réalité dans la voix fine du silence du cœur. En ayant réussi à démontrer l’existence de Dieu face aux prêtres idolâtres, Elie a cru à tort que la démonstration de force de l’existence divine était suffisante.
« D’une part, l’audace d’Elie est saluée par Dieu lorsqu’il défie les prêtres idolâtres, mais d’autre part, ce dernier réprimande Elie pour lui rappeler qu’on ne convainc pas les gens par la démonstration de force », souligne le rabbin David Meyer, professeur de littérature rabbinique. « Cela ne fait qu’illustrer un des plus grands paradoxes de l’histoire biblique : toutes les générations ayant été témoins de la démonstration de force de la présence divine sont toutes retombées dans l’idolâtrie. A contrario, toutes celles qui ont été fidèles à Dieu n’ont jamais connu de miracle ni une quelconque manifestation de la présence divine ». D’où la conclusion terrible : l’extériorisation de la présence divine ne constitue pas une garantie de la fidélité à l’esprit divin.
Selon la légende biblique, le tourbillon de feu dévore le prophète Elie vivant et le fait monter directement dans les cieux. Il est donc le seul prophète ayant atteint les cieux sans mourir. Comme il n’est pas mort, de nombreuses légendes circulent sur sa réapparition, destinée à sauver les Juifs lorsqu’ils sont en danger. Cet attribut lui confère un statut messianique qui se voit renforcé par la croyance selon laquelle le prophète Elie apporte aux Juifs l’entente harmonieuse entre les générations, entente considérée comme condition préalable à la rédemption du peuple juif.
La préfiguration messianique du prophète Elie est mise concrètement en exergue lors du Seder de Pessah. Ce soir-là, on place sur la table un verre de vin supplémentaire qu’on appelle le verre d’Elie. Et dans l’espoir qu’Elie apportera la rédemption le soir de Pessah, on ouvre aussi la porte de la maison pour qu’il puisse entrer. « Cette tradition met paradoxalement en lumière notre scepticisme à l’égard de notre attente messianique », observe le rabbin Meyer. « Nous savons bien que le verre ne sera pas consommé et qu’Elie ne viendra pas célébrer Pessah. Si le prophète Elie se manifestait, cela nous poserait un sérieux problème, car l’histoire du peuple juif n’est pas salvatrice. Si c’était le cas, pourquoi le Messie n’est-il pas venu sauver les Juifs lorsqu’ils étaient dans la détresse » ? Elie Wiesel avait bien résumé cette problématique lorsqu’on lui avait demandé ce qu’il dirait au Messie lorsqu’il lui apparaîtrait. Wiesel a répondu : « C’est un peu tard ».

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