Inspiré de faits réels, le dernier film de George Clooney relate la détermination d’une poignée d’hommes à sauver, au risque de leur vie, des œuvres d’art volées par les nazis, durant la Seconde Guerre mondiale, afin de les restituer à leurs propriétaires légitimes…
De la réalité…
Si pendant des siècles, les armées conquérantes ont considéré les œuvres d’art des vaincus comme butin de guerre, cette pratique a pris des proportions inégalées avec les nazis qui ont dérobé quelque 5 millions des plus grands trésors culturels en Europe. C’est qu’Hitler, artiste frustré notoire, rêvait de créer à Linz, en Autriche, le Führermuseum où auraient été exposées les plus grandes œuvres d’art. Son bras droit, Göring, ainsi que d’autres esthètes, ne se privaient pas d’ailleurs de se servir à la source…
Informés de ces spoliations, destructions d’églises, de musées et de monuments, des représentants de la communauté artistique américaine se sont organisés afin de « sauver l’histoire culturelle du monde occidental »… Soutenue par le Président Franklin D. Roosevelt, l’American Commission for the Protection and Salvage of Artistic and Historic Monuments in Europe mit en place le département Monuments, Fine Arts and Archives (MFAA), incluant la brigade chargée de la protection des monuments historiques menacés, de la récupération des œuvres volées ainsi que de leur restitution à leur pays d’origine.
George Stout, à l’origine des Monuments Men et restaurateur d’art de renom, s’était alors entouré de James J. Rorimer, futur directeur du Metropolitan Museum of Art de New York et à l’initiative du Musée des Cloîtres du Met; de Walker Hancock, sculpteur américain de renom; de Robert Posey, célèbre architecte; de Lincoln Kirstein, futur fondateur du New York City Ballet; ainsi que de Harry Ettlinger, réfugié juif allemand de 18 ans, traducteur de l’équipe. Leur entreprise n’aurait sans doute pas pu aboutir sans la coopération de l’historienne de l’art, membre de la Résistance et conservatrice au Musée du Jeu de paume sous l’occupation nazie, Rose Valland. Alliée de poids à Paris, elle conserva la trace de chaque œuvre transitant par le musée -lieu de stockage et de tri d’environ 20.000 œuvres d’art-, notant ici leurs destinations, signalant là, à la Résistance, les trains chargés d’œuvres inestimables. Ses instructions ont permis de retrouver quelque 6.577 tableaux, 230 esquisses ou aquarelles, 137 sculptures, 122 tapisseries et 1.200 à 1.700 caisses de livres rares dans la seule mine de sel d’Altaussee en Autriche…
… à la fiction
En adaptant, avec son coscénariste Grant Heslov, le livre Monuments Men de Robert M. Edsel et Bret Witter, l’homme engagé qu’est George Clooney joue de sa notoriété pour rendre hommage à ces hommes de l’ombre et au passage, encore et toujours dorer le blason des Américains. Avec ce film grand public, historique et volontairement divertissant, gageons que le sujet des œuvres spoliées par les nazis et autres collaborateurs durant la Seconde Guerre mondiale s’émancipe des entrefilets de certains journaux pour devenir un sujet universel. Suivant les péripéties de George Clooney, de Matt Damon, Bill Murray, John Goodman, Bob Balaban, Hugh Bonneville, Dimitri Leonidas, Jean Dujardin et Cate Blanchett, le film rend néanmoins l’ampleur de cet incroyable projet d’anéantissement*.
On se surprend à peser le poids d’une vie humaine, la survie d’une œuvre historique, à poser un regard désolé sur les destructeurs de l’Humanité. « Cette histoire ne s’est pas achevée en 1945, la recherche de ces œuvres se poursuit encore aujourd’hui. Certaines sont exposées chez des particuliers, d’autres sont bien en vue dans les salles des musées », rappelle Grant Heslov qui évoque encore les 1.500 tableaux estimés à 1,5 milliard de dollars, retrouvés récemment dans un appartement munichois. En interview, Clooney exprime encore sa consternation face aux désastres et destructions de monuments en Irak.
Et quand le beau George prend la parole ou la caméra pour traiter de certains sujets, ça s’entend tout de suite mieux…
* En mars 1945, face à l’avancée rapide des troupes alliées, Hitler publie le célèbre décret de démolition du Reich, surnommé « décret Nero », lequel ordonne la destruction des infrastructures allemandes afin qu’elles ne puissent pas être utilisées par les forces alliées. On a cru qu’il s’appliquait également aux vastes collections d’art volées…
« Monuments Men » de George Clooney
D’après le livre de Robert M. Edsel avec Bret Witter
Durée : 1h58 – Sortie le 12 mars 2014