Chantre du racisme anti-arabe et de la colonisation à outrance, Shalom Dov Wolpe devra rendre des comptes à la justice pour avoir refusé les ordres « au nom de la Torah ».
« C’est une grave atteinte à la liberté d’expression. Je suis victime d’une persécution politique digne de l’Union soviétique ». C’est ainsi qu’a réagi le rabbin Shalom Dov Wolpe (66 ans), l’une des figures les plus extrémistes et les plus racistes des colons de Cisjordanie, en apprenant son inculpation pour « incitation de soldats à la désertion ». Un dossier qui risque de lui coûter quelques mois de prison puisqu’il s’agit d’une récidive.
Membre du Habad et « leader spirituel » de nombreux militants d’extrême droite israéliens, ce rabbin résidant dans l’implantation de Beitar-Illit mène campagne de longue date contre l’évacuation unilatérale de la bande de Gaza (été 2005). Il tente également de « conforter la présence juive en Judée-Samarie » (la Cisjordanie) en prônant l’expulsion des Palestiniens qui y vivent et l’expansion à outrance des colonies.
Jusqu’ici, rien d’extraordinaire, car Wolpe n’est pas le premier ni le dernier à défendre cette thèse. Mais lui va plus loin que les simples discours incendiaires dont les militants de l’extrême droite israélienne sont familiers. Il y a quelques années, il a en effet pris la tête d’un « Comité pour le sauvetage du peuple et de la terre d’Israël » qui encourage les soldats à refuser les ordres en cas d’évacuation des « outpost », ces petites colonies dites « illégales » parce qu’elles n’ont pas été reconnues par le gouvernement israélien. Mieux : l’association les pousse à déserter sous le prétexte que « l’on peut déroger aux instructions de son supérieur hiérarchique, mais pas aux préceptes sacrés de la Torah ».
Les héros du peuple juif ?
Financé par des conservateurs juifs américains, ainsi que quelques Français semble-t-il, le Comité organise régulièrement des réunions publiques qui n’attirent pas grand monde à part des convaincus. Mais il propose également de l’argent aux soldats qui déserteraient ou refuseraient d’exécuter les ordres : 1.000 shekels (200 euros) par journée de détention dans une prison militaire. C’est d’ailleurs le « cadeau de Dieu » qu’ont reçu deux jeunes conscrits de l’unité Shimshon condamnés à vingt jours de privation de liberté pour avoir brandi le calicot « Shimshon n’évacue pas l’implantation de Homesh » au cours d’une cérémonie devant le mur des Lamentations.
A l’époque, l’incident avait fait d’autant plus de bruit qu’il était transmis en direct par plusieurs chaînes de télévision devant le gratin du monde politique ainsi que de la hiérarchie militaire. Quant à Wolpe et aux membres de son comité, ils avaient profité de l’impact médiatique de cette opération inédite pour lancer une campagne nationale exigeant la libération des deux soldats, qu’ils présentaient comme des « prisonniers de Sion ». Au cours d’une cérémonie publique, ils avaient fait monter les parents des deux détenus sur scène et leur avaient offert un chèque de 20.000 shekels devant l’objectif des photographes. « Vos enfants ont fait ce qu’il fallait faire », avait alors déclaré le rabbin. « Ce sont les nouveaux héros du peuple juif ».
Quoi qu’il en soit, le Comité ne manque pas de soutiens. Ni d’argent. Voilà pourquoi il aide certains soldats à financer leur défense en justice. Du moins, ceux qui ont abattu un Palestinien sans raison et qui doivent rendre des comptes à l’auditorat militaire, par exemple. En décembre 2008, l’un de ceux-là a ainsi perçu un chèque de 1.800 shekels (400 euros) après avoir tiré sur un prétendu « terroriste » -un civil, en réalité- qui se dirigeait vers la colonie de Kiryat Arba (Hébron).
D’ici quelques mois, Wolpe ne comparaîtra pas seul devant ses juges. Il sera accompagné de Shabataï Weinstraub (42 ans), un militant d’extrême droite connu résidant à Kyriat Malachi. Selon l’acte d’accusation, c’est lui qui était chargé de remettre l’argent dans les mains des soldats séduits par les diatribes enflammées de Wolpe.
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