Pour son premier ouvrage, la journaliste Aude Marcovitch plonge au plus profond de l’âme d’Israël à travers une série de portraits d’habitants de ce pays, parfois tragiques, parfois comiques, souvent surprenants, mais toujours émouvants. Une véritable plongée au cœur d’Israël.
On croit souvent que tout a été dit et écrit sur Israël. Pourtant, il y a encore beaucoup de choses à découvrir dans ce laboratoire social créé il y 66 ans. Et c’est précisément ce que vient de faire Aude Marcovitch, la correspondante de la Libération et de la Radio suisse romande, installée à Tel-Aviv depuis 2008.
A l’époque, la journaliste ne débarquait cependant pas en terre inconnue puisqu’elle y avait déjà vécu en 1991-92 et qu’elle a, durant la seconde intifada, participé à la TIPH, une force d’observation internationale basée à Hébron.
Intitulé Israël, les blessures d’un destin (Ed. Navicata, Bruxelles), son livre n’est pas la énième resucée de l’histoire du conflit israélo-palestinien. Encore moins le recensement des grandes questions politiques et diplomatiques qui agitent la région. Il nous permet, au contraire, de voir Israël de l’intérieur, à hauteur d’homme. De partager la vie de ces Juifs, de ces Arabes chrétiens et musulmans -connus ou non- qui constituent la trame de cette société plurielle.
Tous ont un caractère bien trempé, des choses à dire et des histoires à faire partager. « Ce livre est d’abord une aventure humaine », raconte-t-elle. « J’ai voulu réaliser une sorte de road trip montrant Israël de l’intérieur. Au fil des mois, de Sderot à Tel-Aviv en passant par Haïfa et la Cisjordanie, j’ai rencontré énormément de personnes et je n’ai pas pu intégrer dans mon manuscrit toutes celles que j’ai croisées. Mais celles qui s’y trouvent ont quelque chose de particulier : elles incarnent une thématique, elles permettent de mieux comprendre comment fonctionne ce pays aujourd’hui ».
Israël, les blessures d’un destin se lit aisément. Chaque histoire est prenante. Au fil des pages, on y croise donc Moshé, l’ex-agent du Mossad à la santé fluctuante qui estime « avoir été pressé comme un citron » par son ancien employeur, les membres de la famille Belkind dont les racines plongent profondément dans l’histoire du Proche-Orient, un soldat ultra-orthodoxe, Avner l’agriculteur du Néguev, un colon pétri de foi religieuse et sioniste qui a choisi de s’isoler au sommet d’une colline aride de Cisjordanie, les bobos de Tel-Aviv fascinés par son architecture Bauhaus, et même Marius Schattner*, un ancien soixante-huitard post-sioniste devenu journaliste à l’AFP et qui a eu beaucoup de mal à digérer que sa fille Myriam devienne religieuse pratiquante.
Rebondir pour reconstruire
« Nous sommes tous des traumatisés de l’histoire », assène au début de l’ouvrage l’un de ces témoins au cours d’un entretien avec Aude Marcovitch. Et c’est sans doute dans cette petite phrase que réside le secret de la force et de la vitalité des Israéliens d’aujourd’hui.
« Ce qui est intéressant dans les figures dont je dresse le portrait, c’est qu’elles ont à peu près toutes connu une rupture, voulue ou subie, et qu’elles en ont tiré la force d’aller de l’avant », poursuit Aude Marcovitch. « Elles ont connu des blessures fécondes qui leur ont permis d’accoucher de quelque chose de nouveau. Car Israël est plus qu’un simple pays mosaïque où l’on croise des cultures, des origines et des modes de vie différents. C’est aussi une société dynamique, sans cesse en mouvement, parcourue d’énergies créatrices ». Et de poursuivre : « En Israël, les gens ont souvent rebondi après une blessure, c’est ce qui leur a permis de construire quelque chose. Alors qu’en Europe, on profite des acquis des années précédentes, ici, on bâtit pour l’avenir. C’est cela l’âme de ce pays ».
* Marius Schattner est par ailleurs l’auteur du livre « Kippour, la guerre n’aura pas lieu » (Ed. André Versaille)
Aude Marcovitch, Israël, les blessures d’un destin, Ed. Nevicata, Bruxelles
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