Un label alimentaire judéo-musulman casher et halal

Un label commun de certification alimentaire casher-halal « Cashlal » vient d’être créé à Bruxelles par un collectif de rabbins et d’imams européens. Cette initiative inédite rapprochant Juifs et musulmans leur permettra surtout de maintenir leurs prescriptions alimentaires respectives, tout en respectant les réglementations européennes en matière d’abatage et de traçabilité.

A l’initiative de la Union for a Liberal Judaism (Grande-Bretagne) et de la Fédération européenne humaniste musulmane (FEHM), le label CASHLAL vient de voir le jour. Ce label européen délivrera un label de certification à la fois casher et halal aux produits alimentaires industriels et agricoles.

Le label de certification Cashlal apposé sur le produit atteste des qualités et du suivi de règles de fabrication particulières au judaïsme et à l’islam. Les contrôles seront effectués par des organismes indépendants et impartiaux, agréés par les autorités rabbiniques et islamiques compétentes.

L’initiative est née du fait que Juifs et musulmans d’Europe sont confrontés aux modifications restrictives des législations nationales et européennes en matière d’abatage des bêtes destinées à la consommation. Ces législations prescrivent l’interdiction des abatages sans étourdissement préalable afin d’éviter à la bête des souffrances inutiles. Des rabbins appartenant à de la Union for a Liberal Judaism et des imams issus de la FEHM regroupés en collectif ont donc décidé de joindre leurs efforts pour concevoir un processus d’abatage rituel autorisant l’étourdissement préalable, pour autant que celui-ci ne tue pas la bête. Quant aux critères religieux, l’abatage sera exécuté conjointement par un Juif et un musulman. Le premier égorgeant la bête, le second récitant la prière, ou inversement, pour que la parité soit respectée.

Les abatages réalisés selon les règles définies par le label Cashlal permettront également aux Juifs et aux musulmans de satisfaire les revendications des associations de défense des animaux ainsi que celles de défense des consommateurs dans la mesure où des indications claires de traçabilité figureront sur les étiquetages. Autant de particularités appréciées par les professionnels du secteur de la grande distribution qui ont également manifesté leur intérêt pour cette initiative. Par ailleurs, les initiateurs du label Cashlal ont entamé des discussions avec les responsables du label Ecosert pour qu’il octroie son label bio aux produits Cashlal.

Cette initiative judéo-musulmane, dont les fondements reposent sur le dialogue interreligieux, ouvre des perspectives nouvelles pour une entente durable entre deux communautés religieuses souvent présentées comme antagonistes. Non seulement ce label de certification alimentaire rapprochera Juifs et musulmans, mais il leur permettra de maintenir leurs traditions religieuses respectives, tout en bénéficiant de produits alimentaires conformes aux normes de qualité les plus exigeantes.

« Cashlal », « le label du futur »
Plusieurs personnalités réagissent au lancement du label Cashlal qui devrait être appliqué dans l’ensemble de l’Union européenne d’ici au 31 janvier 2015.
Ancien parlementaire socialiste, ami de longue date du CCLJ, Mahfoudh Romdhani a participé plusieurs fois au programme « La haine, je dis NON ! » proposé aux écoles de la Fédération Wallonie Bruxelles et qui rassemble au sein d’un même projet élèves des écoles juives et des écoles à forte population musulmane. Il réagit plutôt positivement à l’initiative d’un label « Cashlal ». « Cela vaut la peine d’essayer, cela constitue un dénominateur commun supplémentaire entre l’islam et le judaïsme », confie-t-il. « Le label « Cashlal » peut rapprocher les deux communautés, en dépit des intégristes des deux bords qui réagiront probablement par la critique. L’identité n’est jamais figée, elles sont les traces que je laisse en marchant sur la plage, comme le dit très justement Tahar Ben Jelloun. Elle évolue avec le temps et l’espace. Le label « Cashlal » rapprochera sans conteste les gens ouverts. Le Prophète n’a-t-il pas dit : « Mange avec un Juif et dors avec un chrétien », je ne vois donc pas où la religion pourrait y voir un problème… ».
Jean-Pierre Abdullah Legrain est imam à la Mosquée Al-Salam, à Schaerbeek. Belge converti à l’islam, il approuve lui aussi l’idée d’un label commun qui garantirait le respect des lois pour les deux communautés. « On peut espérer que le débat dans les écoles soit aussi plus facile pour faire accepter des cantines cashlal qui conviendront à un plus grand nombre d’élèves », se réjouit-il. « Les boucheries pourront de la même manière répondre à la demande d’une clientèle mixte. Ce label est positif parce qu’il contribue par sa mise en pratique à la rencontre et à la fréquentation inévitable de l’Autre ». L’imam de la Mosquée Al-Salam met toutefois en garde : « Il ne faudrait pas, en revanche, y mélanger des questions de politique israélienne. Je pense que ce label doit être strictement limité à l’échelle européenne, au risque sinon de créer la polémique et de le détourner de son objectif initial ».
Du côté de la communauté juive bruxelloise, la plupart des rabbins témoignent en off de leur satisfaction, mais préfèrent rester discrets. A Londres, au contraire, on s’exprime ouvertement sur le sujet. Ainsi, le rabbin Howard Levine, de la Union for a Liberal Judaism, à l’initiative du label, défend celui-ci bec et ongles. « « Cashlal » est sans conteste le label du futur », assume-t-il sans détour. « Il faudra certes que le monde religieux s’y habitue, mais je suis certain qu’il ne faudra pas longtemps pour qu’il soit appliqué avec la plus grande rigueur dans l’ensemble de l’Union européenne. Dans la périphérie de Londres, un premier mariage a déjà eu lieu avec un buffet totalement cashlal, les jeunes mariés voulaient faire figure d’exemple et j’ai eu la chance d’y faire l’office. C’était un honneur ! Je pense que l’ensemble des grandes surfaces suivront rapidement et proposeront très bientôt des rayons cashlal à leurs clients ».
Le logo comme le nom choisi semblent satisfaire, eux aussi, le plus grand nombre, même si, en coulisse, certains disent craindre que le « cash » de « cashlal » ne relance les clichés du Juif lié à l’argent. A tort ou à raison, les ventes des produits cashlal le diront.
——————  Cet article était un poisson d’avril ! ——————–
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