Février 2014. Excédés par le non-respect du règlement intérieur du Consistoire central, une cinquantaine de cadres de la communauté juive française parmi lesquels plusieurs rabbins, Grands rabbins et présidents de communautés, demandent au président du Consistoire, Joël Mergui, de hâter l’élection du Grand Rabbin de France.
Ils le font par l’intermédiaire d’une lettre qui se retrouve d’abord entre les mains de l’AFP (cette dernière fera ensuite l’objet d’articles dans la presse nationale). Voilà bien une déflagration dans le petit monde tranquille des responsables communautaires : d’habitude, on préfère laver son linge sale en famille… Cette fois, pourtant, les enjeux étaient trop cruciaux pour passer inaperçus. Selon le règlement intérieur du Consistoire central, l’élection du Grand Rabbin aurait dû intervenir dans les six mois suivant la démission de Gilles Bernheim. Or, cette élection se fait attendre depuis le 11 avril 2013, soit désormais une année. Une anomalie doublée d’une stratégie attentiste qui alerta nombre d’observateurs. Ajoutez à cela un projet de fusion très contesté entre le Consistoire central et le Consistoire de Paris et vous obtenez là tous les ingrédients d’une polémique à même de menacer la quiétude de l’institution créée sous Napoléon.
En attendant l’élection prochaine, deux hommes assurent les fonctions de Grand Rabbin de France, les rabbins Michel Gugenheim et Olivier Kaufmann. Mais la solution s’avère peu efficace et ce leadership bicéphale complique grandement la mission de représentation qui est normalement celle du Grand Rabbin de France. Depuis l’instauration de ce système à deux têtes, l’existence médiatique du duo rabbinique est en effet proche de zéro. Faites le test autour de vous : rares sont les Juifs français capables de citer les noms des hommes prenant
aujourd’hui la suite de Gilles Bernheim. C’est d’autant plus regrettable qu’en ces temps mouvementés pour la communauté juive de France, le Grand Rabbin aurait eu un véritable rôle à jouer. En off, on nous explique que « le prochain Grand Rabbin ne devra faire le choix d’aucune tendance du judaïsme français pour toutes les faire vivre; il ne doit pas être un énième gardien du temple, mais bien s’inscrire dans le dialogue, en interne comme vis-à-vis de l’extérieur, pour apaiser et rassurer ».
Finalement, face aux critiques, le conseil du Consistoire central a décidé de fixer la date de l’élection du Grand Rabbin de France au 22 juin 2014. C’est là une bonne nouvelle, mais surtout la preuve qu’une opposition raisonnée peut influer sur les décisions des instances religieuses. Pourtant, ce n’est qu’une étape et les Juifs de France doivent rester mobilisés. Face au soutien affiché de Joël Mergui au rabbin Gugenheim, un homme que l’on dit peu ouvert sur l’extérieur, il faudra faire contrepoids, autrement dit faire le choix du progressisme et du dialogue avec la société plutôt que celui du repli. Il en va de l’avenir du judaïsme français…
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