‘G’ comme Galout (exil)

La Galout est le terme hébreu pour désigner l’exil. Il fait bibliquement référence aux Juifs exilés à Babylone. Dans la pensée rabbinique, la Galout finit par désigner le tragique état d’exil et d’aliénation dans lequel les Juifs se trouvent après la destruction du Second Temple en 70 de notre ère.

Pour les Sages, la Galout est perçue comme le juste, mais implacable châtiment infligé par Dieu au peuple juif pour les fautes qu’il commet. Toutefois, la Galout n’est pas irréversible dans la mesure où Dieu promet également le retour en Terre d’Israël s’il y a repentance. Si la Galout est le résultat théologique de la faute commise par le peuple juif, la dispersion (tfoutzot en hébreu, diaspora en grec ancien) reflète une réalité historique. Et cette double condition de dispersion et d’exil se terminera lorsque le peuple juif se repentira pour réaliser enfin le Kibboutz Galouyot (le rassemblement des exilés), le retour en Terre d’Israël.

Suite à la création de l’Etat d’Israël en 1948, une réflexion profonde est entamée sur la permanence de l’application du terme « Galout » aux communautés juives vivant en dehors d’Israël. L’immense majorité des Juifs vivant aujourd’hui en dehors d’Israël sont libres et bénéficient de tous les droits que leur confèrent les sociétés démocratiques. « La vie qu’ils mènent en Europe ou en Amérique du Nord n’est pas une punition divine qu’ils doivent subir et qui ne s’achèvera que par le repentir », insiste le rabbin David Meyer. « Cette vision s’est forgée progressivement depuis l’émancipation des Juifs d’Europe il y a deux siècles et elle s’est renforcée après 1945 avec la création de l’Etat d’Israël et la démocratisation des sociétés occidentales. Les pays dans lesquels ils vivent sont devenus leurs pays d’adoption où ils sont citoyens à part entière. La Galout est donc le résultat d’un choix volontaire ».

Cette situation remet en exergue la bipolarité de la vie juive. Il y a toujours deux lieux de tension géographiques, que ce soit entre Jérusalem et Babylone, ou Jérusalem et Vilna, etc. Ce qui signifie que le judaïsme se pense sur un mode bipolaire plus stable qu’on peut l’imaginer. La bipolarité n’est donc pas le résultat des fautes commises par le peuple juif. « On n’a pas d’un côté, le rêve et de l’autre, la dure réalité de souffrance », explique David Meyer. « Aujourd’hui, la bipolarité juive est établie sur des bases stables et durables. On trouve donc une vision positive de la réalité diasporique. Il ne faut pas oublier que le judaïsme rabbinique s’est construit dans la dispersion. Les Juifs ont donc véritablement une fonction à remplir en étant minoritaires parmi les autres nations sans que cela soit considéré comme le stigmate d’une punition ou d’une souffrance liée à l’attitude de peuple juif à l’égard de Dieu ».

En raison des incertitudes qui planent sur l’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif, cette conception bipolaire s’en trouve renforcée. « Sans entrer dans une vision apocalyptique, on voit par exemple de nombreux Israéliens quitter le pays et s’installer en Europe ou aux Etats-Unis », observe le rabbin David Meyer. « Ce n’est ni le climat ni l’économie qui les pousse à partir, mais plutôt des perspectives d’avenir qui font défaut et une certaine insatisfaction profonde de la signification d’Israël pour nombre de ses concitoyens. Il y a donc un phénomène qu’on ne peut ignorer : l’émigration israélienne. Dans ce contexte, la diaspora et la Galout débarrassée de toute notion de punition devient une réponse à une problématique interne à Israël ».

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