Laurent Louis, le zéro qui se prenait pour Zorro

Le 27 mars 2014, le député Laurent Louis traitait Elio Di Rupo de « pédophile » à la tribune de la Chambre. Cette semaine-là, sa page Facebook enregistrait plus de 900 nouveaux abonnés (« j’aime ») par jour. Une semaine plus tard, il n’en venait plus qu’un tiers. Mais à chaque nouvelle provocation, les visiteurs affluent.

Les pics plus ou moins réguliers d’arrivée de nouveaux « amis » sur Facebook révèlent la méthode du député Laurent Louis (Debout les Belges !) : d’abord, il se pose en justicier en lançant un « coup » ponctuel sur un thème choquant au possible – la soi-disant pédophilie du Premier ministre, des photos d’autopsie de Julie et Mélissa, la quenelle, le sionisme qui aurait sciemment provoqué la Shoah. Ensuite, la presse exprime son dégoût. Enfin, Laurent Louis répercute les critiques des médias sur les réseaux sociaux, se posant cette fois en victime. Le message est limpide : il est le seul vrai défenseur de la « démocratie », et donc, les méchants politiciens et les journalistes, forcément à leur solde, lui veulent du mal. C’est Zorro rencontrant Caliméro.

Piètre orateur, incapable de rédiger un texte politique cohérent, le député a compensé ses lacunes en adoptant une stratégie purement communicationnelle, celle du super héros qui aide le peuple et à qui les grands veulent du mal. A cela s’ajoutent des qualités de GO (gentil organisateur du Club Med) : il anime au quotidien une communauté de followers, rassemblant des gens déboussolés par la crise, des victimes de discrimination qui pensent trouver en lui un défenseur sincère, et des citoyens révoltés par « l’Etat qui leur vole leur argent », en les prenant à témoin de sa résistance et des affronts qui lui sont faits. Mais la réalité ne le concerne pas. Il entraîne en fait ses adeptes dans un monde fantasmé, entre mégalomanie et paranoïa. Une sorte de Truman Show, version glauque. S’il ne parvient pas à convaincre la masse, sa page Facebook est « aimée » par près de 25.000 personnes et il est crédité, dans le dernier baromètre RTBF-La Libre, de 2,8 % des voix à Bruxelles.

Sa prétendue sympathie pour l’islam

Il faut dire que Laurent Louis a réussi à attirer ceux qu’il rejetait il y a à peine quatre ans. En 2010, il voulait imposer un « permis de nationalité à points » aux nouveaux Belges, entendez : les musulmans. Aujourd’hui, il a trouvé un public dans cette communauté, notamment en faisant croire qu’il défend les Palestiniens. Il affirme aussi qu’il a beaucoup fait pour le Congo… Il se permet même de continuer à utiliser des vieux amalgames rabougris. Ainsi, dans un statut Facebook, il évoque le sacrifice de l’Aïd, comme pouvant « paraître un comportement barbare (sic) à certains », reconnaissant benoîtement qu’il en « a fait partie ». Cette pseudo barbarie lui sert ensuite à affirmer que les « sionistes [USA, France, Israël, Arabie, Qatar…] sacrifieront [ce même jour] des enfants de Palestine, de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan ». Et il finit par une question : « Quels sacrifices préférez-vous [celui] de moutons ou les sacrifices humains ? ». Ou comment abuser d’une prétendue sympathie envers l’islam pour inciter son public à l’antisémitisme en créant de toutes pièces un monstre sioniste coupable de tous les maux.

Pour créer l’info, il ne recule devant aucune absurdité. Il affirme ainsi que « l’Ukraine est actuellement victime de ses richesses en gaz », alors qu’elle en produit près de 30 fois moins que la Russie, dont elle est largement dépendante. Tout ça pour conclure que « la Russie, que la presse est en train de faire passer pour l’oppresseur, est en réalité le défenseur de l’Ukraine libre ». Il fait ainsi d’une pierre deux coups : il présente « la presse » comme un producteur de contre-vérités à la solde « des USA » et « de l’Europe », forcément « sionistes », et invite ses lecteurs à le considérer comme seule source crédible. Son public, peu informé, ne verra que du feu au fait qu’il vient encore de le désinformer en prétendant que l’Ukraine est riche en gaz.

Ensuite, toute personne qui viendra sur les réseaux sociaux redresser les faits sera accusée de complot anti-Louis. Il joue habilement de son statut de Danton d’opérette, s’affichant par exemple avec un panneau « Laurent Louis, victime d’un procès politique ». S’il dérange, c’est forcément qu’il est dans le vrai. Alors, il anime son club : il appelle à se « mobiliser » pour le soutenir. Il appelle même à harceler le journaliste Diederick Legrain par téléphone parce qu’il a osé publier un billet critique dans Rue89. Et le député donne sans vergogne son numéro personnel. Résultat : Legrain a reçu des dizaines d’appels et de SMS haineux. Aucun homme politique n’avait osé exercer une pression aussi antidémocratique sur un journaliste. Mais Laurent Louis ose et s’en tire avec les honneurs auprès de son public. C’est juste un show de plus. Demain, il y en aura un autre. Quand un zéro politique parvient à se faire passer pour Zorro, il y aura toujours des gens pour y croire.

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