La relance des accords entre Israël et la Région bruxelloise ?

Lors du débat électoral 2014 organisé par le CCLJ le 24 avril dernier, des candidats bruxellois de cinq partis démocratiques francophones (CDH, Ecolo, FDF, MR et PS) ont eu l’occasion d’aborder la problématique des relations entre la Belgique et Israël. Inévitablement, ils se sont prononcés sur le boycott d’Israël et le problème particulier de la suspension de l’accord de coopération entre la Région de Bruxelles-Capitale et l’Etat d’Israël.

Première bonne nouvelle : ils ont condamné unanimement le boycott d’Israël ainsi que toute mesure de type BDS. Deuxième bonne nouvelle : à l’exception d’Ecolo, ils ont tous dénoncé la suspension de l’accord de coopération entre la Région de Bruxelles-Capitale et l’Etat d’Israël. Troisième et dernière bonne nouvelle, ils se sont dit prêts à lever cette suspension ! Georges Dallemagne (CDH) et Yvan Mayeur (PS) se sont-ils prononcés à titre personnel ou au nom de leur parti respectif ? Ils ont tous les deux répondu qu’ils représentaient bien leurs partis à ce débat.

Une précision fondamentale lorsqu’on évoque l’épisode peu glorieux de cette suspension votée au Parlement bruxellois en mars 2002. Comme le PS gouvernait la Région de Bruxelles-Capitale en coalition avec le MR, cette requête de suspension des accords de coopération a été adoptée par le biais d’une majorité alternative PS, CDH et Ecolo ! C’est ainsi que des accords de coopération scientifique et industrielle civile signés en 1998 et ratifiés en 2000 par ce même Parlement bruxellois sont encore suspendus aujourd’hui. Mais si l’on s’en tient aux déclarations faites par ces candidats PS et CDH à notre débat, le prochain Parlement bruxellois dispose à présent d’une large majorité pour lever cette suspension absurde et inique. Et ils peuvent compter sur le MR et le FDF, qui ont tenté plusieurs fois depuis 2002 de relancer ces accords.

« Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent », a dit un jour Henri Queuille, ce ministre français inamovible de la Quatrième République. Les déclarations sur la levée de la suspension de l’accord entre Israël et la Région de Bruxelles-Capitale s’inscriraient-elles dans cette logique démagogique de la campagne électorale ? Ces propos nuancés et mesurés sur les relations avec Israël prononcés dans un centre communautaire juif ne seraient-ils pas répétés le lendemain devant un parterre d’électeurs d’origine marocaine où tout le contraire serait déclaré ? La liste des arguments confortant le communautarisme électoral est hélas longue et non exhaustive.

C’est la raison pour laquelle les candidats PS et CDH qui ont précisément tenu au CCLJ un langage clair et nuancé ne doivent pas tomber dans cette facilité qui consiste à croire que les promesses sont faites pour ne pas être respectées. En traduisant en actes les paroles sensées que le public du CCLJ a pu entendre, ils honoreront la démocratie et rendront à la politique ses lettres de noblesse. D’autant plus que les membres du CCLJ ne sont pas des adeptes de la démagogie. David Susskind ne se plaisait-il pas à nous répéter qu’il « dit ce qu’il pense, et qu’il pense ce qu’il dit ».

Yvan Mayeur n’est pas un cas isolé au PS. D’autres élus socialistes sont conscients que le gel de ces accords va à l’encontre du bon sens et de ce qu’ils pratiquent déjà dans d’autres circonstances. Les socialistes présents à la Ville de Bruxelles ne sont-ils pas eux-mêmes impliqués dans des projets de coopération avec des institutions israéliennes, notamment dans le domaine médical et hospitalier. Et ces projets constituent un tremplin formidable pour des coopérations trilatérales entre Belges, Israéliens et Palestiniens. Quant au CDH, il ne peut ignorer que la levée de la suspension de l’accord de coopération s’inscrit dans la logique des missions économiques que Benoît Cerexhe et Céline Frémault ont menées en Israël en tant que ministres bruxellois du Commerce extérieur.

Si les députés bruxellois PS et CDH élus le 25 mai prochain n’ont ni l’honnêteté ni le courage de relancer l’accord de coopération avec Israël, il ne leur reste plus qu’à nous expliquer pourquoi les accords que la Région de Bruxelles-Capitale a signés avec l’Algérie, la Chine, l’Arabie saoudite, ou la Russie, c’est-à-dire autant d’Etats peu respectueux des droits de l’Homme, ne font pas l’objet de la même suspension.

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