– « Dessine-moi un ami », demanda le petit Rémi. Et sa mère lui dessina un bonhomme avec un grand sourire qui lui fendait le visage.
– « C’est bien », dit Rémi en regardant le dessin.
– « A mon tour », dit maman. « J’ai besoin de citrons pour faire une tarte. Peux-tu m’en cueillir dans le jardin ? ».
Il y en avait par dizaines dans le citronnier, parfumés et d’un jaune éclatant. Rémi n’eut qu’à tendre le bras pour en cueillir, sans effort.
– « Il me manque aussi du chocolat », dit maman.
Il y avait justement un cacaoyer dans le jardin. Il donnait de très belles fèves. Rémi s’assit et regarda sa mère préparer le gâteau avec le chocolat et les citrons.
– « Maman, j’m’ennuie ».
– « Va jouer avec tes amis ».
– « Tu sais bien que mes amis n’habitent plus ici. Les parents de Sim se sont séparés et Sim habite maintenant avec son père dans une autre ville. Roy est parti vivre en Amérique et Cynthia ne veut plus jouer avec des garçons. Pourquoi ça n’existe pas, un arbre à amis ? »
– « J’ai une idée », dit sa mère en enfournant le gâteau.
Elle ouvrit un tiroir et lui glissa des graines dans la main.
– « Plante ces graines dans la terre. Si tu oublies de les arroser, elles ne germeront pas. Si tu les arroses trop, elles pourriront. Certaines graines germeront, mais s’arrêteront de se développer, sans raison. N’essaie pas de comprendre. D’autres graines ne germeront jamais, même en les arrosant. D’autres encore germeront et croîtront jusqu’à maturité. Ce seront tes amis. C’est ça, l’amitié. Arroser en suffisance avec intelligence et attendre. Donner, sans attendre toujours quelque chose en retour ».
Rémi prit les graines et les planta dans le jardin, les arrosa comme sa mère le lui avait recommandé. Ensuite, il s’assit,
regarda l’endroit où il les avait plantées et se posa la question et que je vous pose aussi, chers lecteurs : la graine est-elle un organe vivant ou seulement lorsqu’elle commence à germer ? Et quels amis peuvent-ils en sortir ?
Rémi se leva et continua à réfléchir. Ses pas le menèrent dans la forêt, jusqu’à la cachette que lui et ses trois amis avaient trouvée pour cacher leur « trésor » : une plume d’oie, un hippo-campe séché, un billet de 20 euros, une lettre scellée avec leurs quatre signatures. Mais ils étaient maintenant tous partis, à part Cynthia qui ne lui parlait plus. Aucun d’entre eux n’était revenu sur le lieu de leur pacte d’amitié. Leur cachette secrète n’avait plus lieu d’être. Tout à coup, il sentit une odeur de chocolat et de citron irrésistible. Il était temps de rentrer.
Il fut surpris de voir trois enfants jouer dans le jardin. Il ne les avait jamais vus et il remarqua qu’il y avait encore de la terre sur leurs vêtements.
– « Bonjour, Do Ré », dirent-ils en riant.
– « Non, c’est Rémi », leur répondit-il tout étonné. « Vous avez poussé bien vite ! »
– « C’est parce que tu as mis de l’engrais dans l’eau d’arrosage ». Ils rirent encore. C’était de joyeux lurons. « Nous sommes tes nouveaux amis. Moi c’est Khèt. Lui, c’est Beth et lui, Résh. Ensemble, Khet Beth Résh, nous formons, le mot “haver”, ami en hébreu ».
– « De l’hébreu ? », dit Rémi. « Cela sonne comme du chinois… Très heureux de faire votre connaissance… et si on allait manger cette fameuse tarte au citron ? »
– « J’adore ! », s’exclamèrent-ils tous les trois, d’une seule voix.
Comme quoi, une tarte au citron peut parfois sceller des amitiés…
Michèle Baczynsky est auteure, conteuse, chanteuse, musicienne et artiste polymorphe.
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