Depuis le 25 avril et jusqu’au 30 septembre 2014, pour la seconde édition de « Artview », l’artiste israélien Arik Levy expose son RockGrowth, pour ne citer que lui, au pied de l’Atomium. Les amateurs d’art contemporain devraient être ravis.
Il vit à Paris depuis 22 ans, mais c’est à Bruxelles que nous le rencontrons, au lendemain du vernissage de son œuvre, le RockGrowth, réalisée pour l’occasion. Haute de 9 mètres, composée en acier inoxydable et peinte en rouge, pour se refléter à l’infini dans les sphères de l’Atomium, la sculpture ne passera pas inaperçue. Auprès du public qui semble très vite s’y être attaché. Comme dans la carrière d’Arik Levy.
Originaire de Tel-Aviv, Arik Levy a commencé à peindre à l’âge de 14 ans, en se demandant déjà comment ne pas connaitre la situation peu enviable des artistes en Israël. Il quitte le pays après l’armée pour compléter ses études dans le design à Genève et élargir son champ d’action. Après une première exposition de sculptures en extérieur en Israël en 1986, c’est à Genève qu’il réalise sa première installation d’art contemporain sur scène. Il rejoint ensuite Paris, où il continue de peindre, avec le design en activité complémentaire, décidant de devenir son propre mécène. « Im ein ani li mi li… » (« si je ne suis pas pour moi, qui le sera… »), se plait-il à répéter.
Pendant une dizaine d’années, l’intérêt d’Arik Levy pour l’art et le design ne cessera de progresser. « Les deux se rejoignent en plusieurs points », assure celui qui voit toutefois dans le premier « la liberté propre de l’esprit », et dans le second, « une identité visuelle » née de la création de mobilier, luminaires, packaging, etc. Une double casquette et « une schizophrénie parfaite », sourit Arik Levy, qui tente de produire 48h en 24, en ajoutant à son agenda une famille de trois enfants.
Le pouvoir de l’espace public
L’événement ArtView, lancé il y a deux ans, s’intéresse de manière originale à l’art contemporain et cherche à provoquer de nouvelles formes de rencontres entre amateurs d’art et créateurs. Pour sa deuxième édition, le président de l’Atomium Henri Simons a fait appel à Arik Levy pour orner le parvis du monument bruxellois. « C’est la première fois qu’une sculpture est placée aussi près de l’Atomium et c’est un vrai honneur quand on sait que deux millions de personnes pourront circuler autour », confie l’artiste. « Le travail a demandé beaucoup de réflexion : l’Atomium est un édifice très puissant, il fallait trouver comment exister à côté, sans être écrasé ». Le site étant classé, il a fallu respecter plusieurs contraintes, un cas difficile pour l’installation d’une sculpture monumentale. Construite dans un atelier en Italie, l’œuvre ne pouvait qu’être posée. « Elle a donc atterri là comme un papillon », confirme Arik Levy.
Aussi bien dans les dimensions que la composition et les couleurs, tout est ici nouveau pour l’artiste. Mais l’idée est bien claire et dans la lignée de son projet artistique qui consiste à créer sa propre nature, en intégrant ses gènes dans ses sculptures. « L’espace public offre quelque chose de différent à l’art », poursuit-il. « Je voulais que le public soit proche, qu’il puisse toucher l’œuvre, y participer en quelque sorte. L’effet réfléchissant lui permet d’en faire partie ». Avec cette synergie entre l’Atomium, œuvre fermée, et la sculpture ouverte d’Arik Levy. Et ce qui réunit les deux œuvres : « le développement vers le futur avec un regard sur l’homme, pour le remettre à sa juste place ».
Arik Levy ne se limite d’ailleurs pas à l’œuvre elle-même, puisqu’il conçoit son art en constante évolution. « Mon rocher va germer et grandir », se réjouit-il. « Chacun de ses bras, chacune de ses facettes grandira dans une direction différente, par les images renvoyées par les polymiroirs placés sur les extrémités et reflétant paysages, lumière, couchés de soleil, arbres, nuages et, bien sûr, les gens ». Des reflets qui paraissent ainsi sortir de l’intérieur de la sculpture, « de sorte qu’une sculpture en crée mille nouvelles », souligne-t-il. « Le ressenti émotionnel m’importe avant de toucher l’intellect. On sent, avant de voir. Dans un monde envahi d’écran, où l’on est attaqué par les images, cela me semble essentiel ».
Outre la sculpture monumentale, deux œuvres plus petites d’Arik Levy (un cratère, rocher creusé, antithèse du RockGrowth et le RockStone, introduction à la grande sculpture) seront visibles à l’extérieur. Trois vitrines à l’intérieur de l’Atomium présenteront le « making off », soit les douze mois de travail que ces œuvres ont demandé à l’artiste, qui ne peut dissocier les efforts des sentiments qu’il a pu éprouver.
Arik Levy ne manque pas non plus de projets… et d’humour. Son livre « A Saint for a day », recueil de 365 saints contemporains, est en cours de réalisation. « La religion n’est plus adaptée à la vie que l’on mène », estime-t-il, entouré de quidams de tous pays photographiés et auto-désignés « Saints » par la seule auréole qui surplombe leur visage. « Mon livre n’est pas une critique de la religion, mais bien une vision nouvelle, pour une pratique religieuse personnelle », conclut l’artiste.
ARTVIEW 2 : ARIK LEVY. A voir jusqu’au 30 septembre 2014. L’entrée au « making off » est inclus dans le tarif normal de l’Atomium. Ouvert tous les jours de 10h à 18h (heures d’ouverture de l’Atomium). Plus d’infos : www.atomium.be/artview – www.ariklevy.fr
Photo Arik Levy (c) Daniele de Carolis
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