Ceci est un article* qu’on n’a aucune envie de lire et que personne ne devrait avoir à écrire sur un crime qui n’aurait jamais dû être commis. Extraits
« Au soldat X du 77e bataillon du Corps des blindés, qui a visé et tué un garçon du nom de Yousef Abu Aker Shawamreh, mercredi dernier,
Lors du diner de shabbat avec votre famille, avez-vous dit que c’était vous qui aviez tiré ? Vos parents ont-ils approuvé votre acte ? Ou avez-vous mangée votre riz et votre steak en silence ?
Vos officiers supérieurs n’ont pas ce problème. Ils mangent leur steak avec appétit même si leurs ordres ont coûté la vie à un garçon qui avait commis l’erreur d’être allé ramasser des chardons pour aider sa famille à survivre.
Avez-vous perdu le sommeil à cause de Yusef ? Ou estimez-vous avoir obéi à un ordre en bon et loyal soldat ? Pensez-vous que c’est Yusef, qui avait 14 ans et trois mois quand vous l’avez abattu, qui est à blâmer ?
Est-ce que vous réalisez que vous avez commis un crime, ou faudra-t-il quelques années avant que cette idée ne fasse son chemin ? Vous étiez en embuscade mardi soir, juste en face du village de Deir al-Asal al-Fauqa, (…)
A 7 heures du matin, il faisait donc clair déjà, des tirs furent entendus depuis le village. Vous étiez à environ 50 à 70 mètres de trois enfants. Et vous avez ouvert le feu. Après leur arrestation, Zahi 12 ans et Muntaser, 17 ans ont été interrogés
Ils disent que qu’ils ne vous ont pas vu. Que vous portiez des tenues noires et que vos visages étaient cachés. Ils disent ne pas entendu crier, ni vous ni personne : « Arrêtez ! ». Bien sûr, votre récit est différent.
Vous avez affirmé que vous aviez respecté la procédure d’interpellation : crier puis ouvrir le feu. Vous avez tiré. Yusef s’est encouru alors que ses amis se jetaient au sol. Vous avez continué de tirer, et Yusef – c’est ce qu’ont d’abord pensé ses amis– s’est aussi jeté au sol.
Ils ne savaient pas encore qu’il s’était effondré parce qu’il avait été touché. Quand ils sont arrivés près de lui, Yusef a murmuré à Muntaser : « Aide-moi » ensuite, il n’a plus rien dit du tout (…)
Six d’entre vous sont arrivés. Deux ont empoigné le gamin et l’adolescent. Vous le nierez, bien sûr, mais ils disent que vous les avez frappés, menottés les mains dans le dos et laissés tomber sur le sol.
Ils ont dit aussi – et cela, vous n’allez pas le nier – que trois d’entre vous ont donné les premiers soins à Yusef. Ensuite, vous leur avez bandé les yeux avec des pansements de combat. Vous êtes parti et d’autres soldats sont arrivés.
Ils leur ont enlevé menottes et bandeaux et ont commencé à les interroger. Puis une ambulance est arrivée et a emporté Yusef. (…) »
Le soldat X n’y est pour rien
Mais qu’est-ce que c’est que cet article, hein ? D’où soit-il, d’abord ? Ah, c’est Amira Hass**qui l’a écrit. C’est bien cette journaliste israélienne qui vit avec les Palestiniens ? Celle qui est communiste, comme ses parents ? Celle qui n’écrit que pour dire du mal d’Israël ?
Oui, cette Amira Hass là. Et si on commence à dire du mal d’elle, on n’est pas près de s’arrêter : encore une de ces Juives qui sont amoureuses des Arabes. Mal dans sa peau. Souffre de la haine de soi. Donne des armes à nos ennemis. Traître à son pays, à son peuple.
Oui, oui. En vérité, ce ne sont pas les arguments contre elle qui manquent. Même ceux qui partagent son combat trouvent qu’elle est quand même un peu dure parfois. Sauf que la question n’est pas de savoir à quel point Amira Hass peut être antipathique.
Le point important est : ce qu’elle raconte est-il vrai, oui ou non ? Il n’y a pas eu de démenti de l’Armée, ni même, que l’on sache, d’enquête ouverte sur ce qui aurait pu être une « bavure ». A priori donc, tout est normal et le soldat X n’a fait que son devoir.
Voilà donc où en sont les beaux soldats de Tsahal dont les communautés juives étaient si fières. Ceux qui pratiquaient la « pureté des armes », ceux de l’armée « la plus morale du monde », les voilà qui tirent comme un lapin un gamin désarmé, en fuite.
Mais, contrairement à A. Hass, on n’accable pas ce soldat X. Certes, il aurait pu –il aurait même dû- ne pas ouvrir le feu. Il aurait été fidèle en cela au code éthique de l’armée (« Ruah Tsahal », l’Esprit de Tsahal) :
« Les soldats n’utiliseront pas leurs armes et la force pour porter atteinte à des êtres humains qui ne sont pas des combattants ». Mais il aurait fallu pour cela un sens critique et un courage qui n’est pas donné à tous, surtout durant une mission, surtout devant ses camarades de combat.
De même ne s’en prendra-t-on pas à la hiérarchie militaire : elle ne fait qu’appliquer la politique définie par le pouvoir civil. Ceux qui sont responsables de la mort de ce gamin, ceux qui pervertissent l’esprit de Tsahal, ce sont les gouvernements qui soutiennent l’occupation.
Or, qui ne sait qu’on n’occupe pas impunément un autre peuple ? La colonisation de la Cisjordanie est un cancer au flanc d’Israël. Il détruit lentement ses valeurs, rend petit à petit admissibles des actes intolérables aux yeux des Juifs comme de tout être humain.
L’occupation a créé une situation coloniale en Cisjordanie, elle a donné le jour à une génération de petites brutes fascistes qui effrayent jusqu’aux dirigeants des colons. Et en Israël même, une majorité laisse faire, par indifférence, ignorance ou approbation.
Elle brise les miroirs, cassent les thermomètres, rejette tout ceux qui, comme A. Haas, lui indiquent la progression du mal. Pourtant que fait elle, que font-ils sinon mettre en pratique les paroles du prophète Isaïe :
«Pour l’amour de Sion, je ne garderai pas le silence, pour Jérusalem je n’aurai point de repos, » ?
*http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.581532
**Amira Haas : journaliste israélienne au quotidien Haaretz. Depuis 1991, elle est leur correspondante dans les territoires palestiniens, à Gaza et à Ramallah où elle habite. Très critique envers la politique d’Israël tout comme celles de l’Autorité palestinienne et du Hamas
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