‘Le dernier des injustes’ à Bozar

Avec Le dernier des injustes, Claude Lanzmann revient sur Benjamin Murmelstein, le dernier président du Conseil juif du camp de Theresienstadt, seul « doyen des Juifs » à n’avoir pas été tué durant la Shoah. Filmé à partir d’entretiens réalisés en 1975 à Rome, ce documentaire sur cette personnalité très controversée sera projeté à Bozar le 5 juin 2014 à 19h30.

« J’ai réalisé sept ou huit films sur Israël et la question juive. Et mon empathie pour ce pays ne s’est jamais démentie. Mais pour la première fois de ma carrière, j’attaque Israël, car j’attaque le procès Eichmann », a déclaré Claude Lanzmann lors d’une conférence de presse à Tel-Aviv à l’occasion de la sortie du Dernier des injustes en Israël en 2014. « Il était donc fondamental pour moi de présenter mon film en Israël ».

Car si Le dernier des Injustes -sobriquet ironique dont s’affublait Benjamin Murmelstein- vise à réhabiliter l’ancien grand rabbin de Vienne et l’ultime président du Conseil juif de Theresienstadt, cet homme n’a pas manqué de détracteurs, notamment en Israël où il a été considéré comme persona non grata jusqu’à sa mort. Un intellectuel comme Gershom Sholem a même réclamé la pendaison de Murmelstein ! Et lors du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961, Israël a effectivement refusé d’entendre Benjamin Murmelstein comme témoin, jugeant que son témoignage manquait de fiabilité. Dans son film, Claude Lanzmann a déploré l’absence du président du Conseil juif de Theresienstadt au procès Eichmann, dirigé selon le cinéaste par « un imbécile », le procureur général Guidon Hausner. « Avec l’aide de Hannah Arendt, ils ont tout mis sur le dos des Conseils juifs ».

Les Conseils juifs ont été mis en place par les nazis pour faire régner l’ordre dans les ghettos dont les habitants étaient ensuite déportés vers les camps de la mort. Arrêté en 1945 et incarcéré pendant dix-huit mois par les Tchèques pour faits de collaboration, Murmelstein sera acquitté de tout chef d’accusation en 1946 et vivra en « exil » à Rome. A son arrivée dans la capitale italienne, le Grand rabbin David Prato refuse de l’accepter parmi les membres de la communauté juive, sur la base de témoignages de rescapés de Theresienstadt. Et à sa mort, le Grand rabbin Elio Toaff refuse qu’il soit inhumé à côté de son épouse, de sorte qu’on l’enterre à la lisière du carré juif.

Claude Lanzmann, qui a rencontré Murmelstein en 1975, juste avant de tourner Shoah, a décidé de transformer cet entretien-fleuve en film. « Il s’agit de montrer que la collaboration juive n’a rien à voir avec l’autre, celle de ceux qui soutenaient l’idéologie nazie. Ces Juifs ont collaboré avec un pistolet sur la tempe », a expliqué le documentariste, qui prend la défense d’un homme « d’une intelligence hors pair, fascinant et courageux, d’une absolue sincérité ». Claude Lanzmann rappelle que Murmelstein a réussi à sauver plus de 120.000 Juifs viennois de la déportation, en les faisant partir hors du Reich à l’été 1938.

« Il ne ment pas non plus quand il dit que pour les chambres à gaz, il ne savait pas, c’est absolument vrai », ajoute-t-il. Avant de conclure : « Je pense que ce film sera compris par le public israélien. A l’exception des anciens déportés de Terezin qui n’ont pas conservé un bon souvenir de Murmelstein. On lui a reproché de ne pas avoir accepté de marchandages sur les listes de déportations. Et il criait beaucoup. Mais c’était aussi une façon de hurler devant les Allemands ».

Prévente uniquement à IMAJ : 8€ (au lieu de 10€) avant le 30 mai au n° de compte 210 053 570 728 – Infos et réservations : reservations@imaj.be – Bozar, 23 rue Ravenstein, 1000 Bruxelles.

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