Viviane Teitelbaum : ‘Osons nous revendiquer féministes’

La présidente du Conseil des Femmes francophones de Belgique présentera son Glossaire du féminisme (éd. La Muette) le mercredi 4 juin 2014 à 20h30 au CCLJ. Un ouvrage qui tient à redéfinir un concept souvent mal compris, en mettant à plat les diverses notions qui le constituent. Au sommaire : diversité, égalité, émancipation, mais aussi harcèlement, domination, patriarcat. Pour un féminisme à réinventer. Interview.

Quelle est l’idée de ce glossaire et pourquoi maintenant ?

L’idée nous est venue parce que nous nous sommes rendu compte que souvent des jeunes femmes ou des femmes professionnelles déjà bien engagées n’osaient pas se déclarer féministes, tout en prônant l’égalité hommes-femmes. Parce que ce concept renvoie à une image poussiéreuse et agressive. La CEO de Belgacom, Dominique Leroy, a dû faire face à de nombreuses remarques machistes à sa nomination, et elle a cru nécessaire de préciser qu’elle n’était pas féministe ! Pourquoi donc ? Claire Lafon et moi avons donc décidé de faire appel à plusieurs membres de la commission « Droits des femmes et Interculturalité » du Conseil des Femmes francophones pour remettre toute une série de termes à plat et redéfinir ce socle commun de valeurs sur lesquelles le féminisme s’appuie. Pour oser se l’approprier et le revendiquer. Nous avons travaillé pendant deux ans à nous réunir, à nous mettre d’accord sur les mots choisis, mais aussi sur les définitions proposées, en venant d’horizons parfois très différents, avec chacune son identité et ses priorités.

Parler de féminisme est-il encore d’actualité ?

Tout à fait, plus encore au vu des nombreux reculs auxquels nous devons faire face. Il faut répondre à l’urgence de notre temps, non seulement aux nouveaux défis, mais aussi à des défis plus anciens que l’on croyait résolus, comme le droit à l’avortement, ou les conditions économiques des femmes qui les rendent plus vulnérables à la crise. Le féminisme n’est pas un concept à géométrie variable, il est ancré dans des valeurs universelles, quel que soit le contexte dans lequel il évolue. Que ce soit en Iran, lorsque les jeunes filles se battent pour aller à l’école, ou en Belgique, quand les femmes réclament une égalité de pension ou s’opposent à la fermeture des plannings familiaux. Il est important de retirer au féminisme cette connotation péjorative d’hystérie et de colère que beaucoup lui collent, et se rendre compte que l’on peut être posé, réfléchi et se battre pour faire évoluer les choses.

La Belgique met-elle tout en œuvre pour l’égalité hommes-femmes ?

On entend souvent : « Mais qu’est-ce qu’elles veulent encore ? » Nous voulons montrer qu’il y a des progrès bien sûr, mais que l’égalité, on n’y est pas. S’il y a eu des avancées grâce aux lois, il demeure essentiel que l’éducation, les médias et les mentalités suivent. Nous comptons sur ce livre pour donner un coup d’accélérateur. Le Conseil des Femmes francophones garde en tête de ses revendications la création d’un ministère des Droits des femmes pour faire de l’égalité hommes-femmes une vraie priorité. Les femmes ne sont pas une minorité à protéger ni une composante de la diversité, dans la mesure où elles constituent 52% de la population. Elles restent pourtant sous-représentées quand elles ne sont pas absentes souvent des organes de décision, comme des hauts niveaux de pouvoir dans le domaine économique ou politique. Leur représentation dans la société ne se reflète donc absolument pas dans la façon dont la société est gérée. La situation de crise économique est aussi souvent révélatrice de beaucoup de choses, et permet notamment aux conservatismes religieux et politiques de resurgir. Par ailleurs, les mesures prises pour enrayer les problèmes économiques impactent d’abord et plus les femmes. Le temps partiel, la régression des salaires, la précarité des emplois avec les contrats CDD touchent des emplois en majorité occupés par les femmes. Bien sûr de nouveaux termes ont été créés, comme le Gender Streaming ou le Gender Budgeting, pour prendre en compte l’égalité hommes-femmes dans les politiques des entreprises, mais il ne faudrait pas que le droit des femmes soit noyé dans le concept de genre. La sensibilisation des jeunes femmes reste essentielle. On invoque souvent à tort le libre choix (de mettre le voile, de s’occuper des enfants) pour justifier le fonctionnement de sociétés qui vont mal. Cet ouvrage ne se veut pas un aboutissement en soit, mais bien un outil de réflexion, une invitation au débat.

]]>