Doublement primé au Festival Millenium 2014, Life Sentences*, le documentaire de Nurit Kedar et Yaron Shani, livre le récit sensible de Nimer, Israélien né d’une mère juive et d’un père arabe… arrêté un jour pour attaques terroristes.
L’histoire, basée sur des faits réels, la voici : deux jeunes Israéliens, lui arabe, elle juive, s’aiment et se marient envers et contre tout, avant de se faire accepter par la communauté judéo-arabe de Saint-Jean-d’Acre. Ils ont une fille, puis un fils. Mais soudain, la famille vole en éclat : accusé d’implication dans 22 attaques terroristes contre des cibles juives, dans les années 60, le père, Fauzi, est emprisonné. Afin de protéger ses enfants, la mère quitte Israël et intègre la communauté judéo-orthodoxe de Montréal. Chamboulés, en quête de repères et d’identité, la fille et le fils se cherchent durant des années avant de s’engager, finalement, dans des voies opposées, juive orthodoxe pour elle, arabe, plutôt libérale, pour lui. Nimer, le fils, raconte sa vie jalonnée de blessures, de rejets, de ruptures, dépressions, fuites, répits, puis, de réconforts. « Cette histoire a commencé il y a 14 ans, alors que j’étais rédactrice en chef d’un magazine d’actualité TV », confie Nurit Kedar. « J’ai rencontré Fauzi dans le cadre d’un reportage pour la télévision. C’est là qu’il m’a raconté sa vie. Je n’en croyais pas mes oreilles… Il voulait qu’on fasse un film ensemble. J’ai ensuite passé deux semaines à Gaza où j’ai rencontré Nimer. Fauzi m’a ensuite demandé de lui permettre de se rendre en Israël, chose interdite aux ex-terroristes. J’ai arrêté le film. Lorsque j’ai revu son fils, plus tard, en Israël, il allait très mal. Je n’ai pas insisté, mais cette histoire m’a habitée durant des années. Il y a deux ans, j’ai repris le projet avec le producteur et réalisateur Yaron Shani. J’ai retrouvé Nimer qui, cette fois, était prêt à se livrer. Il semblait même nous attendre pour se débarrasser de son fardeau. Il nous a parlé 15 heures d’affilée. L’émotion était au rendez-vous. Nous nous sommes ensuite rendus sur les lieux clés de sa vie, de l’orphelinat où il a été placé en Israël [là où le petit garçon qui parlait hébreu et célébrait les fêtes juives se faisait traiter de sale Arabe et était ignoré de ses huit compagnons de chambre] à la yeshiva devenue synagogue, au Canada ».
Si la famille arabe de Nimer -son oncle, sa femme- a accepté de témoigner, sa sœur ultra-religieuse, et légitimement craintive des répercussions de son histoire sur sa vie et celle de ses enfants, a refusé tout contact. La mère n’a pas accepté le mariage arabe de son fils. Ils ne se voient plus depuis des années. Le père qui avait rejoint la direction de l’OLP en Tunisie, après 14 ans de détention en Israël, est aujourd’hui atteint de la maladie d’Alzheimer et ne reconnait plus son fils… Nimer, cet être fragile, fin, sensible, plein d’humanité, gagne à être rencontré.
Un festival d’humanité
Depuis sa création en 2009, le Festival Millenium propose une sélection de documentaires venus des quatre coins du monde, à la découverte de l’Autre, dans sa complexité, dans la beauté de sa différence. Ces films investiguent nos sociétés en pleine mutation et donnent à voir et à comprendre ce qui se passe ici et ailleurs. Subjuguée par la profondeur de ce documentaire, Zlatina Rousseva, directrice artistique du festival, a d’emblée vu dans le documentaire Life Sentences sa dimension remarquable : « Ce film sur l’identité reflète très justement le poids d’une vie lorsqu’elle fait l’objet de déchirements intimes, de divisions politiques, culturelles et religieuses. Nurit Kedar et Yaron Shani ont extrêmement bien rendu la fragilité de ce bonheur qui dépend de la compréhension et de la tolérance des autres. Ce message universel ne peut laisser indifférent. Et, bien que liées à l’histoire d’Israël, on retrouve ces mêmes problématiques en Bosnie, en Yougoslavie et dans d’autres régions en guerre, en Europe même. C’est la troisième année consécutive que nous primons un film israélien dans notre festival. Il semble que les réalisateurs israéliens se posent des questions essentielles. Leur cinéma traite en profondeur des douleurs du conflit, de ses divisions, ce qui est très honorable. Ils créent des ponts et délivrent des messages forts, émotionnels et universels ».
*littéralement : « Condamnations à perpétuité »
Pour se procurer le film : info@catndocs.com. Pour les plus patients, le film sera projeté en octobre prochain dans le cadre du festival d’IMAJ « Sous un même soleil ». A suivre…
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