Prié de quitter les lieux pour une nouvelle réhabilitation de l’Hippodrome de Boitsfort, le Cirque Pauwels a été obligé de suspendre ses activités le 13 mars dernier. Près de trois mois plus tard, la relocalisation du Cirque promise par la Région bruxelloise se fait toujours attendre. Une situation dramatique pour la famille Pauwels et un cirque qui se perpétue depuis 8 générations !
L’Hippodrome de Boitsfort se fait bien triste depuis quelques mois. Deux chapiteaux du cirque sur trois ont été démontés. Le dernier permet de mettre le matériel à l’abri des intempéries. Les semi-remorques, quant à eux, sont déjà fin prêts. « On attend le signal et on part dans les 5 jours », assure Marquis Pauwels.
Le patron du Cirque, repris par son fils Samuel Pauwels il y a quelques années, et sa femme paraissent pourtant dépités. A raison, lorsqu’on évalue la situation. Après 12 ans passés à la plaine du Bourdon, à Uccle, le Cirque Pauwels -un des derniers cirques juifs d’Europe- a dû déménager à l’Hippodrome de Boitsfort. Un emplacement qui lui convenait parfaitement, avec un bail de trois mois renouvelé pendant près de trois ans. Jusqu’à ce que la Région bruxelloise décide de réhabiliter le terrain par un appel à projets. « On nous a donc demandé de partir, ce que nous acceptons tout à fait, pour céder la place à des entrepreneurs qui doivent aménager un nouvel espace, pour accueillir plaine de jeux et cirques de façon ponctuelle. On a donc tout replié pour quitter l’endroit… mais on est toujours là ! ».
Depuis le 13 mars, effectivement, point d’entrepreneurs en vue… ce sont les clients de « La Terrasse » estivale voisine qui occupent désormais le terrain du Cirque, « jusqu’au 22 juillet, nous a-t-on annoncé », s’étonne Marquis Pauwels. « Pourquoi ne nous a-t-on pas laissé poursuivre nos activités jusqu’à ce qu’on trouve un nouvel endroit ? », s’interroge-t-il. « Plus de trois mois sans rien pour un Cirque qui fonctionne toute l’année, c’est une catastrophe », poursuit le chef de famille. « Nous avons d’abord dit à nos artistes d’attendre un mois pour voir, et puis ils sont partis pour travailler dans d’autres troupes. Nos animaux ont rejoint le Cirque de ma fille à Paris. Mais que dire à mon fils Samuel, 22 ans, qui a repris la société familiale ? »
Les factures s’accumulent de leur côté, alors que les recettes ne suivent plus. En temps normal, 5 à 15 anniversaires sont organisés chaque week-end, sans parler des événements, fêtes de société, et les stages qui devaient reprendre cet été. « Je reçois des demandes et je ne peux y répondre », se désole la femme de Marquis. « Nous sommes en train de perdre purement et simplement notre clientèle ! »
Prochaine destination : Anderlecht ?
Depuis toujours, le Cirque Pauwels est impliqué activement dans la vie de la communauté juive bruxelloise. On ne compte plus les spectacles qu’il a organisés pour les écoles, Ganenou, Beth Aviv, avec l’ambassade d’Israël et le rabbin Pinson, à l’occasion de Hanoucca… Marquis Pauwels et son fils Samuel n’ont jamais hésité non plus à participer à l’opération Père Noël proposée par le CCLJ à l’Hopital Reine Fabiola, ou à se produire au bénéfice des Pompiers d’Israël et des plus défavorisés. « Nous sommes aujourd’hui les défavorisés », confie tristement Marquis Pauwels. « Nous n’avons aucune reconnaissance alors que nous faisons un métier extraordinaire ! »
Une piste actuelle pencherait vers une relocalisation dans la commune d’Anderlecht, près de l’Hôpital Erasme. Le Cirque Pauwels s’en satisferait à défaut d’un meilleur endroit, mais les frais annoncés semblent des plus dissuasifs. « On nous parle de sommes faramineuses comme 9.000 euros pour le branchement électrique, près de 20.000 euros pour la stabilisation du terrain, sans parler du raccordement à l’eau, alors que nous ne percevons plus aucune rentrée… Si c’est pas un coup de pied au derrière, ça y ressemble fortement, c’est vraiment décourageant », plaide Marquis. « Nous n’avons pas encore reçu l’approbation du bourgmestre Eric Tomas, mais nous ne voudrions pas que la Région nous mette entre les mains de la commune et disparaisse de cette histoire. Après tout, Rudy Vervoort n’était pas obligé de faire ces promesses de terrain, mais il les a faites. Il doit à présent les tenir ».
Et le temps presse, puisque le mois de juin est en principe un mois de grosse saison, sur lequel le Cirque Pauwels espère pouvoir compter pour renflouer les caisses. Faute de quoi, le risque est grand de devoir déposer le bilan. Marquis reste malgré tout combattif, comme l’a toujours été sa famille, même dans les moments les plus difficiles. « C’est très dur, mais nous continuons d’y croire ».
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