‘H’ comme Halakha (loi juive)

La Halakha consiste en l’ensemble des prescriptions, règles et décisionnaires auxquelles doivent se soumettre les Juifs, aussi bien dans leurs relations avec leurs contemporains que dans leurs rapports à Dieu.

Le terme Halakha est utilisé de manière générique pour désigner toutes les normes juridiques de la tradition juive, par opposition à la Haggada qui regroupe toutes les réflexions de la tradition rabbinique qui ne s’inscrivent pas dans l’ordre du prescriptif. Sans portée normative, ces réflexions suggèrent un sens au cadre normatif envisagé par la Halakha. Mais les deux sont intimement liées : « Sans la Haggada, la Halakha est chose morte, mais sans la Halakha, la Haggada s’égare dans toutes les directions », a bien résumé le rabbin et théologien américain Abraham Heschel (1907-1972).

La Halakha est donc synonyme de la loi juive. Elle contient les 613 commandements de la Torah, ainsi que la loi orale transmise de maître à disciple. Dérivée du verbe Holekh (marcher), la Halakha est en perpétuelle évolution depuis des siècles. Il existe cependant une confusion entre la Halakha en tant qu’objet d’étude et la Halakha en tant que référence à un corpus de textes rabbiniques. Il y a ainsi des codes rabbiniques, comme le Choulkhan Haroukh du 16e siècle, ayant figé la loi juive, alors même que la Halakha n’est pas figée par essence puisqu’elle consiste en des règles normatives évolutives.

Mais depuis leur entrée dans la modernité, les Juifs sont confrontés à un problème inédit lié à la fixation de la Halakha dans un code du 16e siècle. Comment faire face à une situation nouvelle que la tradition halakhique codifiée n’avait pas du tout envisagée ? Et cette situation inédite est caractérisée par l’Etat démocratique dans lequel les Juifs bénéficient de l’égalité des droits. « Si ce n’était que l’évolution à l’intérieur des murs du ghetto comme par le passé, ce serait très simple de faire évoluer la Halakha, car le cadre de référence reste le même », souligne le rabbin David Meyer. « Or, le défi contemporain n’est pas de savoir si le ghetto juif doit évoluer, mais bien de voir comment la Halakha coexiste avec la loi civile d’une société démocratique où les Juifs sont citoyens à part entière. Nous n’avons pas beaucoup de réflexions rabbiniques sur notre situation contemporaine C’est une des raisons pour lesquelles il est difficile de faire évoluer la Halakha aujourd’hui ».

Que faire alors si la loi civile est en contradiction avec la Halakha et qu’un conflit naît entre les deux ? Le principe fondamental auquel que les Juifs se soumettent est Dina de Malkhouta Dina (la loi de l’Etat est la loi). On a ainsi vu des lois juives modifiées ou abrogées sous l’influence de lois civiles. Les règles en matière d’inhumation ou celles en matière de monogamie en sont des exemples parmi d’autres. Le problème se pose lorsqu’on touche à ce que les Juifs considèrent comme une notion immuable de la Halakha. « Si en tant que Juif j’estime que je n’ai pas le droit de transgresser la Halakha et que je ne veux pas non plus violer la loi civile, alors il ne me reste plus qu’une possibilité : l’émigration », insiste le rabbin David Meyer. « Il n’y a aucune alternative ».

C’est la raison pour laquelle les problématiques de la Cacherout et de la circoncision posent avant tout à la communauté juive la question de savoir jusqu’où ces deux traditions apparaissent comme des aspects cardinaux de son identité juive. « Si des autorités rabbiniques parviennent à faire admettre que la circoncision n’est plus cardinale pour les Juifs, alors la question du départ des Juifs sera évacuée », conclut David Meyer. « Tels sont hélas les termes du débat ». 

]]>