Des prédicateurs musulmans considérés à tort comme des acteurs du dialogue interreligieux diffusent ouvertement un discours de haine et s’obstinent à comparer les jeunes musulmans partis faire le djihad en Syrie aux combattants des Brigades internationales pendant la Guerre d’Espagne. Il suffit d’écouter Yacob Mahi pour prendre la mesure de ce phénomène inquiétant.
Professeur de religion islamique à Bruxelles et prédicateur musulman, Yacob Mahi participe à de nombreuses conférences interreligieuses. On peut l’entendre souvent aux facultés Saint-Louis de Bruxelles et les medias belges francophones le sollicitent souvent pour des débats sur l’islam.
Loin de condamner fermement la présence de jeunes Belges musulmans aux côtés des forces djihadistes en Syrie, ce prédicateur présenté comme le tenant d’un islam citoyen et modéré a une fâcheuse tendance à nier le problème en assimilant toute analyse critique de ce phénomène inquiétant à un discours islamophobe.
« Ces jeunes partis en Syrie sont des citoyens belges intégrés dans leurs pays. Ils ne posent aucun problème à l’intégration ni sur le plan scolaire ni sur le plan de l’emploi pour certains d’entre eux », répond Yacob Mahi à des étudiants lui posant des questions après une conférence sur le conflit syrien à laquelle il a participé à l’IHECS en juin 2013. « Je ne vois pas pourquoi on veut ramener cela à l’intégration si ce n’est pour surfer sur la vague de l’islamophobie ou entretenir la logique de la peur pour dire qu’il y a des jeunes qui ne sont pas dans le moule et qui posent problème pour notre pays surtout quand ils vont revenir de Syrie ».
Ce prédicateur musulman qu’on retrouve souvent dans les grandes messes creuses du dialogue interreligieux ne peut non plus s’empêcher de tout ramener au sionisme et à Israël qu’il accuse systématiquement de commettre le génocide des Palestiniens. Selon lui, la loi du silence régnerait sur un phénomène que les responsables politiques et les médias n’abordent jamais : l’envoi de Juifs belges dans les rangs de l’armée israélienne ! « Quand la ministre de l’Intérieur parle d’un problème d’intégration, elle ne dit pas la même chose des jeunes qui partent en Israël pour combattre en Israël aux côtés de Tsahal et entreprendre un génocide à l’égard du peuple palestinien », déplore-t-il.
Et Yacob Mahi poursuit sa dénonciation du « simplisme » des médias et des politiques qui ne se focalisent que sur les musulmans : « Excusez-moi, mais certains sont partis dans le passé pour soutenir le combat contre Franco, le massacre au Rwanda, où il y en a qui sont partis en faveur des Hutu et on n’a jamais dit de ces gens-là qu’ils allaient devenir des terroristes potentiels ». Bien que les autorités belges et françaises ont saisi la gravité et le danger que posent ces jeunes partis faire le Djihad en Syrie, et non pas pour y défendre les valeurs démocratiques, Yacob Mahi ose cette comparaison surréaliste avec les combattants des Brigades internationales en Espagne (1936-1939) et sort de son imagination débordante l’envoi de génocidaires belges au Rwanda en 1994.
Que la Belgique soit proportionnellement le pays ayant le nombre le plus élevé de combattants en Syrie ne l’ébranle pas un seul instant. « C’est du bluff et de la poudre aux yeux », affirme Yacob Mahi. « On veut apaiser l’opinion en disant qu’on a mis en prison des jeunes partis se former en Syrie et qui sont des terroristes potentiels pour la sécurité de notre nation. C’est de l’islamophobie grimpante qu’on est en train d’entretenir dans le discours médiatique à cause de nos hommes politiques qui prétendent vouloir libérer les jeunes d’une emprise dogmatique ».
Pour nous expliquer que ces jeunes partis en Syrie ne sont pas animés par une idéologie haineuse et meurtrière, Yacob Mahi puise dans l’œuvre de Roger Garaudy. Yacob Mahi considère ce négationniste de renommée mondiale comme son maître spirituel. « Il doit rester éternel dans les pensées des musulmans et dans nos prières quand on connaît le poids des lobbies de la pensée unique qui voulaient faire taire sa voix et sa résistance par le biais d’un laïcisme exacerbé, un sionisme israélien ou les lobbies internationaux », souligne Yacob Mahi.
Selon l’interprétation garaudienne de Yacob Mahi, ces djihadistes suivraient une quête spirituelle : « Comme disait le professeur Garaudy, paix à son âme, ‘dire Dieu, c’est dire que la vie a un sens’. Ces jeunes sont partis au nom de leur spiritualité en reconnaissant que leur engagement se fait pour Dieu. Quand on dit Dieu et qu’on vit intérieurement la notion de Dieu, on revient avec une aspiration à l’espérance et on prend conscience du danger qui nous guette quand on porte les armes contre autrui ».
Comment ne pas frémir à la seule idée que Yacob Mahi puisse utiliser son cours de religion islamique comme une tribune pour enseigner à ses élèves que Mehdi Nemmouche, l’auteur de la tuerie du Musée juif de Belgique, n’est qu’un pèlerin revenu du Proche-Orient pour annoncer le message de Dieu et de son prophète.
Il est temps qu’on rappelle à Yacob Mahi que Mehdi Nemmouche est un criminel ayant commis froidement un attentat meurtrier au nom d’une vision pervertie de l’islam où les Juifs constituent l’incarnation du mal sur terre.
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