Le FN en a-t-il assez de puer quand Jean-Marie Le Pen pète ?

Le « Vieux » ne peut pas s’empêcher d’en lâcher avec régularité une bien bonne et bien malodorante. Sauf qu’à présent, non seulement, ça choque (un peu) l’opinion mais ça dérange les nouveaux dirigeants du Front National

Ainsi, Jean-Marie Le Pen a à nouveau « dérapé ». Dans une vidéo visible sur le site du Front National, il s’échauffe d’abord en attaquant le 1er Ministre Manuel Valls accusé d’être devenu pro-israélien parce que sa 2ème épouse, la violoniste Anne Gravoin est juive.

Une fois lancé, il s’en prend aux ennemis de son parti: Yannick Noah, le « vieux Bidoche» (Guy Bedos) et « la vieille Maldonna»  (Madonna). A Patrick Bruel aussi, coupable de refuser de chanter dans les villes conquises par le FN aux dernières municipales.  

Sauf que son cerveau n’étant plus ce qu’il n’a jamais été, Le Pen n’est pas parvenu à en extirper une insulte supplémentaire. Il s’en est donc tiré avec un « On fera une fournée la prochaine fois », qui rappelle sa crapulerie de « Durafour-crématoire »*

Certes, Wallerand de Saint-Just un des rares dirigeants FN à encore le soutenir ouvertement, assure qu’il s’agissait d’une « formule anodine » Mais il est bien le seul : côté démocrates, on a tout à fait compris de quoi il retournait et les associations antiracistes vont porter plainte.

Tout comme les électeurs du FN qui pratiquent encore la préférence paternelle. Et comme la nouvelle génération de dirigeants. Parmi eux, l’avocat et député Gilbert Collard, proche de la Présidente.

Il se dit exaspéré, « comprend ceux qui sont blessés » et suggère à l’ancêtre de prendre sa retraite. Le ton de Louis Aliot, vice-président du FN est plus feutré, bien obligé : c’est le compagnon de Marine Le Pen. Néanmoins, tout en affirmant n’avoir pas vu la vidéo, il lance :

« S’il a bien utilisé le terme de «fournée», c’est une mauvaise phrase de plus. C’est stupide politiquement et consternant.». De même, après un long silence et, on l’imagine, quelques jurons bien sentis, la Présidente du FN a elle aussi réagi, quoique de façon entortillée :

« Je suis convaincue que le sens donné à ses propos relève d’une interprétation malveillante. Il n’en demeure pas moins que (…) ne pas avoir anticipé l’interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique dont le Front national subit les conséquences. »

Dame, c’est son père, c’est le fondateur du parti, c’est lui qui l’a faite Cheffe. Et d’ailleurs, que pourrait-elle faire de plus ? Elle ne peut pas l’exclure du FN comme le 1er nazillon qui salue à l’hitlérienne devant les caméras…  Tout juste a-t-elle fait ôter la vidéo du site du parti.  

Ceci étant, il n’y a rien de neuf dans tout cela.  Le Pen père s’est toujours laissé aller, en général sous lui. C’était déjà le cas quand il présidait son parti. Il n’a jamais su –ni voulu- se contenir.

Coincé au « stade d’expulsion » ?

Ne l’a-t-on  pas vu en juin 1990 insulter et cracher sur un parlementaire européen (José Happart, en fait) ? Frapper la députée socialiste Annette Peulvast-Bergeal (30 mai 1997) ? Et tenir d’innombrables propos racistes* à l’encontre des Noirs, des Roms et des Juifs ?

Les plus indulgents expliquent alors qu’en réalité, il agissait de la sorte parce qu’il préférait la bataille à  la victoire et qu’il aurait été bien dépourvu s’il s’était trouvé en situation de devoir agir et non plus brailler.

D’autres reprennent la phrase du Général de Gaulle sur Philippe Pétain : « la vieillesse est un naufrage ». Encore qu’il failler laisser à l’ex-Maréchal de France qu’il a su, lui, rester digne jusqu’au bout.  

Autre possibilité : Le Pen est resté coincé au stade sadique-anal, dans ce que Karl Abraham** nomme « le stade d’expulsion ». Dit autrement, dès qu’il a envie, il fait. Et, depuis qu’il n’est plus que « Président d’honneur » du FN, ses envies se sont multipliées.

D’abord parce que le vieux macho a dû souffrir de devoir céder  sa boutique à une fille, fut-ce la sienne. D’autre part, parce qu’il n’a jamais supporté qu’on prétende faire mener au parti qu’il a fondé  une autre politique que la sienne. Pire encore,  d’être en passe de réussir.

Le dernier à avoir essayé, ce fut Bruno Mégret à la fin des années 1990. Mais à l’époque, J.M. Le Pen était à la tête de son parti, Mégret avait le charisme d’un rat et il traînait comme un boulet une épouse hystérique et idiote.  La situation est bien différente aujourd’hui :

Marine Le Pen est populaire, efficace et entourée d’une équipe de gens qui jouent, eux, pour gagner. Contrairement à lui, ils veulent le pouvoir et, alors que tout leur sourit en ce moment, ils ne supportent pas que « le Vieux » cherche à saboter sa fille.

Certes, ils peuvent être sensible à cet argument qui veut que l’ancêtre « fixe » dans le parti les « purs et durs » du FN 1ère mouture. Mais que pèsent ces militants face aux innombrables électeurs tentés à présent par le FN 2.0 ? 

Pour eux comme pour cette nouvelle génération de dirigeants, les flatulences et les débordements du pépé ne font pas sens. L’occupation, la collaboration, le complot judéo-maçonnique (auquel J.M. Le Pen croit avec ferveur) sont simplement hors sujet.

Ils avancent, ils croient même être aux portes du pouvoir et tous les avantages que la République offre à ceux qui la gouvernent. Alors, ils apprécient moyen l’ex-Chef et ses radotages sur les Juifs. Un sentiment que G. Collard a bien traduit en parlant de retraite.

Sauf que le père Le Pen, malgré ses 86 ans, a encore quelques dents dont il entend user comme M. Prud’homme*** utilisait son sabre « pour défendre ses amis et, au besoin, les attaquer ». De toute façon, il ne sait rien faire d’autre et tout le reste l’ennuie.

Il est donc probable que rien ne changera et que la nouvelle direction du FN n’a pas fini d’agiter les mains, d’ouvrir les fenêtres, voire de botter le cul du chien, pour dissiper les odeurs nauséabondes que continuera à répandre leur glorieux fondateur.

Certes, quand Jean-Marie Le Pen se décidera enfin à passer l’arme à gauche, nul ne sera plus peiné qu’eux. Et plus soulagé aussi. 

 

*Parmi les propos antisémites de J.M. Le Pen, on se souvient qu’il a fait huer lors d’un meeting (mars 1986) les journalistes juifs « Jean-François Kahn, Jean Daniel, Yvan Levaï, Elkabbach » ou du « Durafour crématoire » lancé contre le ministre Michel Durafour (9/1998).

Sans oublier le : « Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu moi-même en voir. Je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale »  (Septembre 1987)

*Karl Abraham (1877-1925) : un des pionniers de la psychanalyse

*M. Prud’homme : personnage du caricaturiste Henri Monnier 1799-1877)

 

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