L’élection de Reouven (Rubi) Rivlin au poste de 10e Président de l’Etat d’Israël est-elle une bonne nouvelle pour le camp de la paix ? De toute évidence, le candidat désigné ce mardi 10 juin 2014 par les députés de la Knesset, pour succéder à Shimon Peres n’appartient pas à la même famille idéologique que l’artisan des accords d’Oslo, par ailleurs récipiendaire du Nobel de la Paix.
Membre du Likoud, âgé de 74 ans, cet avocat de formation qui a remporté 63 voix au second tour du scrutin face au centriste Meir Sheetrit (53 voix), est en effet un partisan du « Grand Israël ». Ex-Ministre d’Ariel Sharon, il s’est opposé au désengagement israélien de la Bande de Gaza en 2005 et reste hostile à la création d’un Etat palestinien, allant jusqu’à déclarer : « Je préfère accepter les Palestiniens comme citoyens d’Israël que de diviser Israël ».
Mais Reouven Rivlin a aussi fait du rapprochement avec les Arabes israéliens sa marque de fabrique politique. En 2010, pour sa première visite officielle en tant que président de la Knesset, un poste qu’il a occupé à deux reprises, « Rubi » avait choisi la ville arabe israélienne d’Umm el Fahem, où il s’était rendu en compagnie d’un simple résident musulman. Une visite considérée comme un symbole. De fait, bien qu’appartenant à l’aile droite du Likoud, Reouven Rivlin ne peut être réduit à son appartenance au camp des faucons. Pour preuve, les Israéliens voient en lui un ardent défenseur des valeurs démocratiques. Au point que dans un éditorial daté du 9 juin 2014, le quotidien libéral Haaretz, que l’on ne peut suspecter de sympathie pour la droite dure, a appelé les députés à voter « Rivlin ou Dorner (NDLR : l’ex-juge de la Cour suprême, évincée au premier tour) ».
Il est vrai que Reouven Rivlin ne peut non plus être présenté comme le candidat du champion du Likoud, Benyamin Netanyahou, compte tenu de l’animosité notoire entre les deux hommes. Le Premier ministre israélien s’est battu jusqu’au dernier moment pour tenter de lui barrer la route… En approchant le Président de l’Agence juive, Natan Sharansky, l’ex-ministre des Affaires étrangères David Levy, et même le Nobel de la paix, Elie Wiesel, qui réside à New York et a poliment décliné. « Bibi » avait de surcroît envisagé de pousser une réforme visant à amoindrir le rôle déjà largement protocolaire du Président. Mais voilà, après plusieurs défections, dont celle de son candidat Silvan Shalom, contraint de se retirer de la course pour une affaire de harcèlement sexuel, le chef du gouvernement a dû obtempérer. Et soutenir du bout des lèvres le candidat du Likoud.
Pour autant, il y a fort à parier que dans le cadre de ses nouvelles fonctions, Reouven Rivlin, qui prêtera serment le 24 juillet prochain, ne se risquera pas à défier le chef du gouvernement. « Rivlin adoptera une ligne apolitique, il s’attachera à rassembler et se gardera bien d’aller au clash », prédit Reouven Hazan, qui dirige le département des sciences politiques de l’Université hébraïque de Jérusalem. De fait, de nombreux observateurs font valoir que le nouveau Président de l’Etat hébreu, qui ne jouit pas de l’aura internationale de Shimon Peres, concentrera son mandat sur les affaires intérieures. Pour l’éditorialiste du Yediot Aharonot, Nahum Barnea, « les Israéliens doivent réaliser que le prochain président ne sera pas un Peres. La présidence va retrouver sa fonction naturelle, de représentation et de cérémonial ».
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