Education à la citoyenneté : une réponse à l’antisémitisme et au racisme

A l’occasion de la présentation à la presse du rapport d’activités 2013 de son Programme d’éducation à la citoyenneté « La Haine, je dis NON ! », le Centre communautaire laïc juif David Susskind (CCLJ) a souligné l’importance de la sensibilisation des élèves des écoles primaires et secondaires à la lutte contre les préjugés racistes et antisémites.

Bien que plus de 17.000 élèves des écoles primaires et secondaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles bénéficient depuis 2002 de la pédagogie active et participative du Programme d’éducation à la citoyenneté « La Haine, je dis NON ! » qui leur permet de construire le vivre-ensemble et de lutter contre le racisme et l’antisémitisme, l’actualité tragique de la tuerie du Musée juif de Belgique montre à quel point la haine et les préjugés antisémites peuvent conduire un jeune homme à commettre un crime aussi meurtrier.

« Au lendemain du crime antisémite perpétré au Musée juif de Belgique, suite aux nombreuses réactions politiques qui toutes misaient sur l’importance de l’éducation, nous espérons que ces réactions se traduiront par des actes concrets et qu’ils viendront soutenir notre travail auprès des jeunes, tous les jeunes », insiste Ina Van Looy, directrice du Centre d’éducation à la citoyenneté « La Haine, je dis NON ! » du CCLJ.

Car depuis plus de dix ans, Ina Van Looy et son équipe vont dans les écoles primaires et secondaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles à la rencontre des jeunes pour les sensibiliser au respect et à la tolérance.

Qu’une organisation juive s’investisse dans cette mission est essentiel. « Nous ne dissimulons pas notre identité juive », précise Ina Van Looy. « C’est d’ailleurs l’idée maîtresse de ce programme. Déconstruire les préjugés se fait avant tout par la rencontre. Notre identité interpelle ? C’est très bien ! D’une part, cela nous permet de déconstruire notre identité qui est imaginée, voire fantasmée, puisque ces jeunes n’ont, pour la plupart, jamais rencontré de Juifs. D’autre part, notre identité et notre diversité (il y a plusieurs façons d’être juif) va, évidemment, permettre à notre public d’interroger son identité et sa diversité et lui donner suffisamment confiance en soi pour trouver sa place dans la société et vivre sa relation à l’autre comme un semblable, différent, mais semblable ».

La majorité de ces rencontres se déroulent bien. « Oui, souvent et principalement dans les écoles à discrimination positive, nous sommes confrontés aux affirmations ou questionnements suivants : « Tu sais, madame, chez moi, Juif c’est une insulte » – « Et donc, madame, vous êtes israélienne » – « Les Juifs contrôlent tout » – « Juifs = assassins » – « Et le génocide des Palestiniens ? ». Quant au mythe du peuple déicide, il est le plus souvent évoqué dans les écoles catholiques. Lorsqu’on leur explique que ce sont les Romains, et non pas les Juifs, qui ont tué le Christ, des élèves ont réagi en disant que j’étais « trop juive« », se souvient Ina Van Looy.

Grâce aux outils pédagogiques performants et à la méthodologie innovante du programme « La Haine, je dis NON ! », Ina Van Looy et son équipe sont suffisamment armées pour déconstruire avec les élèves ces préjugés-là et d’autres aussi, tous clairement ancrés dans la peur de l’autre.

Mais il arrive hélas que l’antisémitisme soit exprimé par certains élèves participant au programme « La Haine, je dis NON ! ». « Lors d’une journée consacrée à la Shoah organisée en novembre 2013, nous avons été confrontés à une minorité bruyante de jeunes peu favorables au respect de l’autre et fidèles aux préjugés antisémites », explique Ina Van Looy. « Parmi eux, nombreux exprimaient leur soutien à Dieudonné et l’un des participants a dit, au cours d’un atelier de l’après-midi, sa haine du Juif. Aujourd’hui, ces expressions de haine semblent être légitimes dans le chef de ceux qui les prononcent. Cette réalité est nouvelle, non pas dans son expression, mais dans sa dimension ».

Loin de se décourager, même si ce type d’évolution ne laisse guerre indifférent, le Centre d’éducation à la citoyenneté du CCLJ est plus que jamais déterminé à développer des projets et des activités qui visent à éduquer et non pas à enfermer.

Mais ces situations difficiles dans lesquelles des élèves expriment des préjugés antisémites dont on ne peut attribuer la cause au conflit israélo-palestinien ont contraint le Centre d’éducation à la citoyenneté du CCLJ à redéfinir son travail pour les mois à venir, notamment en élaborant des ateliers plus ciblés.

« Nous souhaiterions que tous les démocrates nous rejoignent dans cette mission », conclut Ina Van Looy, « mais surtout qu’ils comprennent que ces expressions d’antisémitisme ne se nourrissent pas du conflit israélo-palestinien, elles se nourrissent « simplement » de l’antisémitisme ordinaire, toujours prégnant dans nos sociétés ».

Face à l’ampleur de la tâche, on ne peut que regretter le peu d’intérêt manifesté par la presse à l’égard de ce programme d’éducation à la citoyenneté qui constitue pourtant un antidote puissant contre la diffusion de la haine raciste et antisémite. 

]]>