A l’occasion de la séance inaugurale de la Conférence des médias juifs à Jérusalem, le Premier ministre israélien s’est adressé le 22 juin à plus de 100 journalistes juifs venus du monde entier pour leur indiquer les défis majeurs qu’ils vont devoir traiter. Un numéro bien rodé d’autosatisfaction, compensé auparavant par une intervention plus modeste de la part du Président sortant, Shimon Peres.
« Les Juifs sont des gens brillants qui tout au long de leur histoire se sont distingués en cherchant à changer le monde et à améliorer la vie de leurs contemporains ». Avec une telle entrée en matière, comment ne pas rester concentré pour écouter la suite de l’intervention du Premier ministre israélien.
Et l’illustration suprême du génie juif est Israël. Une économie florissante, des innovations technologiques et industrielles, une concentration exceptionnelle de start up dans les hautes technologies, etc. Israël est un pays extraordinaire et génial. « Votre mission en tant que journalistes juifs est d’en parler dans vos médias respectifs. Il faut que le monde sache qu’Israël est une réussite », poursuit Benjamin Netanyahou.
Après cette superbe démonstration d’autosatisfaction et de fanfaronnade, le Premier ministre s’est attaqué aux défis auxquels Israël et les Juifs de diaspora devraient faire face.
L’antisémitisme est évidemment le premier d’en eux. Le deuxième est l’assimilation et le troisième, le plus important aux yeux de Benjamin Netanyahou, consiste en la menace nucléaire iranienne. Cela fait des années qu’il agite cette menace de manière dramatique. Il en a profité pour condamner le dialogue américano-iranien dans la crise irakienne. On comprend vite que le Premier ministre est de plus en plus isolé sur ce dossier.
En revanche, pas un mot sur le dossier israélo-palestinien. Après avoir rappelé combien les Israéliens sont les plus beaux, les plus grands, les plus intelligents et les plus entreprenants pour améliorer le bien-être de l’humanité toute entière, il ne nous a pas expliqué pourquoi cette superbe concentration d’excellence est incapable de résoudre un problème qui l’implique directement et qui met en péril l’avenir de l’Etat juif.
Avant cette démonstration d’autosatisfaction, le Président sortant, Shimon Peres, s’est adressé aux participants de cette conférence au cours de laquelle il s’est prononcé très clairement sur le dossier israélo-palestinien. Il en a même profité pour se livrer à un exercice assez rare et plutôt périlleux en Israël : dire du bien du Président de l’Autorité palestinienne : Mahmoud Abbas. « C’est un partenaire fiable, un homme courageux, un homme qui risque sa vie », a précisé Shimon Peres. « Il a condamné très clairement l’enlèvement des trois adolescents israéliens à Jeddah à l’occasion d’une réunion de l’Organisation des Etats islamiques. Je connais peu de dirigeants palestiniens qui ont condamné en arabe un tel acte face à un parterre de ministres des Affaires étrangères de pays musulmans ».
Shimon Peres ne prend aucun risque en tenant de tels propos, d’autant plus qu’il se retire de ses fonctions présidentielles purement protocolaires. C’est vrai, mais rien ne l’oblige non plus à dire cela. Il aurait pu s’en tenir à l’évocation de sa rencontre avec le Pape François ou parler inlassablement des réussites économiques et scientifiques israéliennes.
Même si Shimon n’a rien dit de révolutionnaire, la tonalité de son propos tranche sensiblement avec les déclarations fanfaronnes de Benjamin Netanyahou.
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