Suite à la tuerie du Musée juif de Belgique, les institutions juives ont été amenées à prendre des mesures supplémentaires pour garantir la protection de leurs bâtiments, et surtout des personnes qui y travaillent ou celles qui les fréquentent. Or, jusqu’à présent, et ce depuis de nombreuses années, la communauté juive assume seule ce fardeau financier pour payer matériels et vigiles.
C’est la raison pour laquelle le président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), Maurice Sosnowski, a demandé au Gouvernement fédéral de débloquer des fonds pour permettre aux institutions juives de prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires. Après quelques réunions de coordination, la ministre de l’Intérieur a répondu favorablement à cette demande.
Tout au long de cette crise, Maurice Sosnowski a agi de manière irréprochable en attirant l’attention du monde politique sur le caractère antisémite du crime commis. Et lorsque certains dirigeants juifs n’ont fait qu’insister sur les réponses d’ordre répressif ou sécuritaire, le Président du CCOJB a eu la clairvoyance de rappeler que l’éducation à la citoyenneté et à la tolérance constitue un rempart solide pour isoler l’antisémitisme aux marges de notre société.
Si les mesures sécuritaires ne sont pas les seules options à notre disposition contre la violence antisémite, elles sont néanmoins nécessaires pour garantir la protection des Juifs. Il est regrettable que la situation dans laquelle évolue la communauté juive au regard de la sécurité suscite parfois des réactions d’incompréhension au sein de la population belge. Pour certains, les Juifs exagéreraient en accordant trop d’importance à une menace purement hypothétique. Pour d’autres, les mesures de sécurité prises par les institutions juives (écoles, synagogues, centres communautaires, etc.) sont assimilées à de véritables agressions ! Dès qu’ils entrent dans un bâtiment juif, ils ne peuvent s’empêcher de faire un esclandre en affirmant que ce dispositif sécuritaire constitue une atteinte inacceptable à leurs droits individuels.
Ces deux types de réactions sont heureusement minoritaires, mais elles s’expriment encore aujourd’hui. Ainsi, lors de la commémoration organisée à la Grande synagogue de Bruxelles en mémoire des victimes de la tuerie, une jeune journaliste a littéralement fait un scandale parce qu’un vigile lui demandait d’ouvrir son sac pour en vérifier le contenu. Un agent de la police judiciaire lui a heureusement remis les idées en place en lui rappelant qu’une tuerie avait été commise quelques jours auparavant.
Ces réactions d’incompréhension ne relèvent pas de l’antisémitisme. Elles trouvent plutôt leur source dans une posture « hyper critique » où tout est ramené à Israël et au conflit israélo-palestinien. Selon cette grille de lecture, toute demande collective juive en matière de sécurisation de ses infrastructures communautaires est assimilée à la politique sécuritaire israélienne. Ainsi, un sas de sécurité devient un check-point en Cisjordanie, un garde posant quelques questions de routine se transforme en un militaire israélien, et les bâtiments juifs sont des colonies.
S’il est pratiquement impossible d’expliquer à ces « sceptiques » que les Juifs se passeraient volontiers de prendre des mesures de sécurité coûteuses et perturbant le fonctionnement normal de leurs institutions, on peut leur rappeler que même les paranoïaques ont des ennemis. Il suffit d’énumérer quelques épisodes tragiques de l’histoire récente des Juifs de Belgique : l’attentat à la grenade commis contre des enfants juifs d’Anvers partant en colonie en 1980, le plasticage de la synagogue portugaise d’Anvers en 1981, la fusillade contre la Grande synagogue de Bruxelles en 1982, l’assassinat en 1989 du professeur Wybran alors président du CCOJB, les cocktails Molotov lancés contre la synagogue de la rue de la Clinique, les attaques contre la synagogue de Charleroi en 2002 et la tuerie du Musée juif de Belgique en 2014. Face à la multiplication de ces actes, il est difficile d’imaginer qu’un groupe humain, quel qu’il soit, ne prenne pas des mesures pour garantir sa sécurité. Les Juifs ne sont pas paranoïaques, ils sont inquiets tout en essayant de rester optimistes quant à leur avenir en Belgique et en Europe.
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