‘Dancing Arabs’ ouvrira le Festival du film de Jérusalem

Proche-Orient. Malgré les tensions et le conflit, le Festival du film de Jérusalem met en vedette l’humoriste Sayed Kashua.

Le coup d’envoi du 31e festival du Film international de Jérusalem (10-19 juillet) devait avoir lieu ce soir avec la présentation en avant-première mondiale du long métrage israélien Dancing Arabs. Las, cette projection prévue dans l’enceinte de la piscine du Sultan, un amphithéâtre en plein air de 6.000 personnes, a été reportée au 17 juillet. Pour des raisons de sécurité. Alors qu’une nouvelle passe d’armes oppose Israël et Hamas (qui contrôle la bande de Gaza) et que la tension entre Juifs et Arabes est à son comble suite à l’annonce le 30 juin du triple assassinat de trois jeunes Israéliens abattus par des activistes du Hamas, suivie par celle du meurtre d’un adolescent palestinien par de jeunes extrémistes juifs, les responsables de la manifestation n’ont pas choisi la facilité. Pour autant, la programmation du film écrit par l’humoriste, scénariste et journaliste arabe israélien, Sayed Kashua, tombe à point nommé.

Réalisé par le cinéaste israélien Eran Riklis (Les Citronniers, La Fiancée syrienne, Le Directeur des ressources humaines), Dancing Arabs s’est largement inspiré des deux romans autobiographiques, signés Sayed Kashua : Les Arabes dansent aussi et La Deuxième personne. « Les qualités artistiques de cette œuvre, qui a été en partie tournée à Jérusalem, nous ont incités à le choisir comme film d’ouverture. Et non des considérations politiques », a confié Noa Regev, la directrice du festival. Pour autant, en mettant à l’affiche l’écrivain issu d’une famille musulmane, la manifestation fait bel et bien entendre une voix qui n’hésite pas à tendre un miroir peu flatteur aux Juifs comme aux Arabes de la région.

Né en 1975, à Tira, dans la région du Triangle (située près de la Ligne verte), Sayed Kashua qui publie chaque semaine un essai satirique dans le journal Haaretz se présente comme un citoyen pris entre deux mondes. Elevé dans une ville arabe israélienne, ce fils d’un Palestinien nationaliste, dont le grand-père a été tué pendant la guerre d’Indépendance de 1948, a étudié à l’âge de 15 ans dans un internat pour élèves doués de Jérusalem, fréquenté surtout par des Juifs. Après avoir étudié la sociologie et la philosophie à l’Université hébraïque de Jérusalem, Sayed Kashua a quitté le quartier arabe de Beit Safafa pour résider dans la partie occidentale (juive) de la Ville sainte.

Cette expérience de « choc culturel » a nourri la plupart de ses essais ou romans (rédigés en hébreu, sa langue de prédilection à l’écrit), sans oublier sa série TV « Travail arabe ». Ce « sitcom » diffusé en prime time (une première pour une série TV en langue arabe) met en vedette un journaliste musulman employé dans un journal israélien qui tente de se fondre parmi les Juifs israéliens, sans jamais y parvenir. Le feuilleton a toutefois provoqué des réactions mitigées auprès de l’audience arabe qui s’est offusquée de certains portraits jugés trop stéréotypés ou péjoratifs. L’actuel cycle de violence que connaît le pays a également inspiré des chroniques acerbes à Sayed Kashua comme celle du 4 juillet dans laquelle il entreprend d’annoncer à ses enfants son intention de quitter Jérusalem pour ne jamais y revenir, « puisque la coexistence entre Juifs et Arabes a échoué ».

La polémique du guet en lumière

Dancing Arabs, une coproduction israélo-franco-allemande, n’est toutefois pas le seul long métrage du Festival de Jérusalem à faire la part belle à la critique sociale. Au menu de cette édition (riche de plus de 200 films) figure également Le Procès de Vivian Amsellem, de Ronit et Shlomi Elkabetz, qui traite des problèmes soulevés par le divorce religieux (guet) dans l’Etat hébreu. Dans un pays où le mariage civil n’a pas droit cité, le guet -qui selon la loi juive, doit être accordé par le mari devant un tribunal rabbinique- peut se transformer en parcours du combattant. C’est ainsi que ce long métrage, campé sous forme de huit clos judiciaire, raconte la lutte d’une Israélienne pour obtenir le guet au travers de plusieurs audiences étalées sur cinq ans. Projeté demain soir ainsi que le samedi 12 juillet en journée (donc uniquement pendant le Shabbat), il diffusera un message qui ne pourra atteindre que le public laïque de la Ville sainte…

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