Carte blanche parue dans Le Soir du 5 août 2014 dans laquelle le CCLJ se prononce en faveur de la démilitarisation de Gaza, la levée du blocus de cette zone et une initiative diplomatique visant à aboutir à la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël.
Une énième fois, l’espace compris entre mer Méditerranée et Jourdain s’est embrasé. Le Hamas a pris prétexte des recherches par Israël des tueurs des trois adolescents israéliens pour arroser de missiles le Sud et le centre du pays depuis la Bande de Gaza. Israël a encaissé plus de 2.500 tirs. Les alertes affectaient jusque la région de Tel Aviv. La vie était devenue infernale dans la zone limitrophe de la Bande côtière et au Néguev. Sous pression d’une opinion publique chauffée à blanc, le gouvernement israélien décide de frapper. L’écrasante majorité des Israéliens l’approuve. Difficile de ne pas les comprendre.
A Gaza, Israël cherche à détruire les capacités militaires du Hamas. Entreprise hasardeuse en terrain surpeuplé. La milice islamiste proclame aimer « la mort comme vous aimez la vie ». Pour le Hamas, protéger la population qu’il administre depuis 7 ans compte pour roupie de sansonnet. Il utilise les habitants comme bouclier humain. Il entrepose ses armes dans les écoles et les mosquées. Il établit ses postes de commandement dans les hôpitaux. Il véhicule ses hommes dans des ambulances. Il installe ses pas de tir à proximité des habitations. Il dissimule dans des demeures les entrées de ses tunnels d’infiltration vers Israël. Comme toujours, ce sont les civils qui trinquent et, parmi eux, des enfants par dizaines. Visions insoutenables ! Arrêtez la boucherie !
Sur un plan militaire, Israël possède sur le Hamas une écrasante supériorité. Il anéantira le réseau de tunnels destinés aux infiltrations terrestres. Il détruira les stocks de roquettes. Il liquidera un certain nombre de miliciens islamistes. Il réduira le Hamas au silence. Et ensuite ? Le Hamas peut être défait par les armes. Il ne peut être éradiqué car il bénéficie d’un soutien massif au sein de l’opinion palestinienne. C’est pourquoi, après l’option militaire, il faut revenir à la diplomatie. Au plus vite au mieux.
La crise de Gaza provient de l’échec des 9 mois de négociations conduites en 2013-2014 sous la houlette de John Kerry. La reprise à court terme d’un processus de paix global reste improbable. Par contre une initiative locale positive à partir de Gaza, si elle réussissait, pourrait peser comme mesure de confiance afin de relancer les négociations de paix. Dans un conflit comme celui qui oppose Israéliens et Palestiniens, la défiance ou la confiance réciproques constituent des facteurs décisifs.
La destruction des facultés de nuisance du Hamas offre la perspective, et de sécuriser à long terme le territoire d’Israël exposé aux missiles et aux tunnels, et d’améliorer de manière durable la vie des Gazaouis. Soulignons-le : contrairement à la Cisjordanie, il n’existe à Gaza ni litige sur les frontières ou les Lieux saints, ni implantation juive. De plus la continuité territoriale se trouve assurée sur les 40 km de la Bande. Autant d’opportunités à saisir.
C’est le projet que présente Yuval Diskin, ex directeur du Shin Beth (Sécurité intérieure israélienne), dans un article publié sur YNetNews.com / Yediot Aharonot (22.07.2014). Il avait déjà exposé son plan lors de la Conférence pour la Paix organisée le 8 juillet dernier à Tel Aviv par le quotidien Haaretz, à laquelle le CCLJ assistait. Yuval Diskin préconise d’annihiler le dispositif militaire du Hamas. Simultanément, Israël déploierait une offensive diplomatique vers l’Egypte, l’Autorité palestinienne, la Ligue arabe et la communauté internationale sous l’égide des Etats-Unis. Il s’agirait de garantir une démilitarisation effective et permanente de Gaza, abolir progressivement le blocus, élargir la zone de pêche, lever des capitaux pour reconstruire et développer la Bande, etc. Par des pressions adéquates le Hamas se verrait contraint d’abandonner sa posture de parti armé pour devenir un parti « normal. »
La sortie de crise à Gaza devrait bénéficier à une reprise des négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne, avec la volonté d’aboutir. Soulignons la responsabilité du gouvernement de Jérusalem dans leur échec actuel. Il a poursuivi sans relâche sa politique d’implantations en Cisjordanie. L’aile ultra du Cabinet Netanyahou ambitionne même d’annexer 60% de celle-ci (plan Bennett), rendant impossible toute création d’un Etat palestinien souverain et viable aux côtés d’Israël. Du reste, elle rejette le principe même d’une paix à deux peuples et à deux Etats. Elle mise sur un statu quo perpétuel. Posture suicidaire car le temps et la démographie jouent contre Israël. Rappelons-le, seuls l’établissement de frontières sûres et reconnues entre Israël et un Etat palestinien à créer ainsi qu’une solution négociée sur le statut de Jérusalem et sur les descendants des réfugiés de 1948 sont de nature à amener la paix et à garantir la pérennité d’Israël comme Etat juif et démocratique.
L’échec du dernier round des négociations de paix est aussi imputable à la timidité et à la mollesse du coaching américain. Après avoir annoncé un plan de partage, il a renoncé à le mettre sur la table. Saura-t-il se montrer demain à la hauteur ? L’Europe évanescente sortira-t-elle du bois ? La Belgique au sein de l’Europe prendra-t-elle ses responsabilités ? Nous le souhaitons pour notre part de tout cœur. Il y a urgence. Des vies humaines sont en jeu.
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