Du soutien à Israël et ses conséquences

Dans son aussi acerbe* qu’intéressant –même si on n’en est pas toujours d’accord- blog** publié sur Slate.fr, Laurent Sagalovitsch décrit avec son talent coutumier, un état de fait que nous sommes nombreux à connaître… et à ne pas plus apprécier que lui. O.W.

Etre juif n’a jamais été de tout repos.  Depuis la création de l’Etat d’Israël, c’est même devenu une activité à haut risque. Se risque-t-on à le soutenir même du bout des lèvres qu’on vous regarde comme si vous veniez d’avouer que vous aviez un faible pour les petites culottes d’écolières prépubères.

Dire son soutien à Israël, même en le minorant par la critique de la continuation imbécile et mortifère des colonies, c’est s’exposer à recevoir en retour une bordée d’injures, tir nourri de toutes les composantes de la société, venant vous expliquer à coups d’arguments cinglants que vous vous rendez complices d’un état pratiquant un apartheid infâme, un état sanguinaire sans foi ni loi, spécialisé dans l’extermination de masse, expert dans l’annihilation de peuplades sans défense.

Comment peut-on défendre un pays qui s’en prend de la sorte à de malheureux enfants, qui dégomme à escient des hôpitaux, qui détruit par plaisir des habitations, juste pour apaiser sa soif inextinguible de domination ?

Devant une telle avalanche d’accusations qui sont in-dis-cu-ta-bles puisque ont été vus et revus à la télé les cadavres d’enfants, les hurlements de douleur des mères, les pleurs des pères, on préfère prendre la tangente, sachant d’avance que se battre contre des émotions nées de la vision d’images insoutenables ne peut que renforcer ce sentiment de déshumanité prétendument inhérente à la société israélienne.

Les idées les plus censées, les raisonnements les plus fondés, les explications les plus rationnelles ne peuvent rien face à la toute-puissance de l’image. La télévision, le flux continu d’informations, la prolifération des réseaux sociaux ont rétréci d’une manière si drastique la capacité réflexive de l’être humain qu’il se comporte désormais comme un nourrisson interagissant avec son environnement au seul gré de ces instincts primaires.

J’aime/J’aime pas. C’est bien/ C’est mal. Victime/Bourreau. Coupable/Innocent. Tenter d’expliquer que le Hamas ne se sert de sa population que pour mener à bien sa mission d’islamiser la Palestine, toute la Palestine, Israël compris, afin d’établir une sorte de califat où serait appliqué avec un rigorisme implacable la charia ne pèsera d’aucun poids au regard de la photo d’un enfant enterré dans son linceul encore suintant de sang.

Redire pour la centième fois qu’on ne peut tout de même pas reprocher à Israël d’avoir pris des mesures afin que les roquettes lancées de la Bande de Gaza restent inopérantes relève de l’attentat intellectuel.

Affirmer que du point de vue de la justice humaine l’intention vaut l’action, que si demain je voulais abattre mon voisin en lui tirant une balle en plein cœur, je resterais coupable d’homicide quand bien même ma tentative aurait échoué, mon voisin averti de mes dispositions ayant eu la précaution de se vêtir auparavant d’un gilet pare-balles.

Le bonheur et la malédiction d’être né juif

Argument balayé de la main puisque ces potentielles victimes n’existent pas, d’ailleurs pour preuve on ne les voit jamais, elles n’apparaissent pas dans le hit-parade des morts à déplorer, argument imparable qui vous renvoie dans vos cordes.

Essayer de rappeler que depuis le jour de sa naissance, Israël s’est retrouvé sous le feu continu de ses voisins, qu’il a déjà dû essuyer à maintes et maintes reprises l’agression d’un conglomérat de pays arabes résolus de balancer les juifs à la mer se heurtera à la seule réalité d’aujourd’hui où domine exclusivement l’impression que c’est l’Etat hébreu qui, fort de sa supériorité militaire, cherche à en découdre avec son plus vieil ennemi.

Avancer que même des figures aussi importantes et respectables qu’Amoz Oz  ou Abraham Yehoshua, des écrivains d’une parfaite rectitude morale qui ont toujours soutenu avec force la création d’un état palestinien, en viennent à justifier dans une certaine mesure l’intervention à Gaza, ne vous sera d’aucune utilité, l’époque n’étant plus à l’écrit mais à l’image.

Alors, à nouveau, vous vous retrouvez seul. Vous contemplez la une des journaux, vous lisez ici et là les commentaires des internautes, vous écoutez le grondement de la populace et vous comprenez pourquoi vous n’avez jamais pu vraiment accorder  votre confiance à l’autre.

Que vous appartenez à un peuple qui, tant qu’il continuera à exister, ne pourra jamais prétendre à la normalité. Qu’on la lui refusera sans cesse. Que quelle que soit la suite des évènements, on trouvera encore et toujours des motifs pour le honnir.

Il n’y a pas plus grand bonheur et de plus grande malédiction que d’être né juif.

*On ne saurait trop conseiller de commencer par la lecture du texte de présentation (à droite)

**http://blog.slate.fr/sagalovitsch/

 

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